Ainsi, Aḥmad – qu’Allah lui fasse miséricorde – ne condamna pas l’emploi du terme « autre » au sujet du Coran avant d’avoir d’abord (1) interrogé son auteur sur l’intention qu’il y mettait. En effet, le mot « autre » est équivoque (2) : il peut signifier ce qui se sépare et se distingue de l’entité concernée – d’où leur parole : « il est créé » –, ou simplement ce qui n’est pas strictement identique à elle. Cela montre que le fait d’affirmer, sans préciser, qu’un attribut « est » l’Essence même ou qu’il Lui est « autre » constitue un propos ambigu : il peut être accepté dans un certain sens et rejeté dans un autre. Chaque fois que l’on entend par « autre » une séparation d’avec le Seigneur, le sens est corrompu. Il a évoqué ce point parce que les gens de l’innovation, tels qu’il les a décrits, s’attachent aux formulations ambiguës, et le terme « autre » relève précisément de ces ambiguïtés. Ainsi, lorsqu’il dit : « Il est autre que Lui. »
(1) Dans l’édition : « استفسره ». (2) Cheikh al-Islâm – qu’Allâh lui fasse miséricorde – dans son ouvrage Bayan talbīs al-jahmiyya fī taʾsīs bidʿihim al-kalāmiyya (tome 1, p. 508), explique la terminologie employée par les théologiens (mutakallimûn) pour le mot « al-ghayr » et souligne que les Salaf – qu’Allâh leur fasse miséricorde – évitaient de l’utiliser de façon ambiguë, tant pour la négation que pour l’affirmation. Il dit : « Le terme al-ghayr, lorsqu’il est employé de façon générale, désigne ce qui est dissemblable. Dans ce sens, les deux éléments peuvent se séparer l’un de l’autre dans le temps, l’espace ou l’existence ; telle est la définition des asharites et de leurs juristes parmi les imâms des quatre écoles. En revanche, al-ghayrayn désigne ce qui n’est pas l’un l’autre, ou ce dont on peut connaître l’un tout en ignorant l’autre ; tel est le sens adopté par des groupes de muʿtazilites, de karramites et d’autres. Quant aux Salaf, tels l’imam Ahmad et d’autres, ils n’emploient al-ghayr que dans le second sens, et ils n’ont donc jamais dit que la science de Dieu est « autre » que Lui, ni qu’elle n’est pas « autre » que Lui ; ils ne déclarent pas « Il est Lui-même » ni « Il est autre que Lui », car ils refusent cette ambiguïté, source de confusion. En effet, selon les jahmites, tout ce qui est hors de Dieu est créature et Son discours devient « autre », donc créé. Les imams de la Sunnah ont donc établi que si l’on entend par al-ghayr ou as-sawā ce qui est dissemblable, la science et le discours de Dieu n’entrent pas dans ces termes, de même qu’ils ne figurent pas dans la parole du Prophète (ṣ) : « Quiconque jure par autre que Dieu a associé. » La Sunna autorise en effet de jurer par Ses attributs, tels que Sa puissance ou Sa grandeur, car on reconnaît qu’ils ne tombent pas sous la désignation d’« autre » dans un sens général. Si l’on entend par « autre » qu’il n’est pas identique à Lui, nul doute que la science n’est pas le Savant, et que la parole n’est pas celui qui parle. »
فأحمد -رحمه الله تعالى- لم ينكر عليه إطلاق لفظ الغير على القرآن حتَّى يستفسره (١) ما أراد به، إذ لفظ (الغير) مجمل (٢) يراد به الَّذي يفارق الآخر، وهو قولهم: إنه مخلوق، ويراد به ما لا يكون هو إياه، وهذا يبين أن إطلاق القول على الصفة بأنها هي الموصوف أو غيره كلام مجمل، يقبل بوجه ويرد بوجه، فمتى أريد بالغير المباينة للرب كان المعنى فاسدًا، وإنما ذكر هذا لأن أهل البدع كما وصفهم به يتمسكون بالمتشابه من الكلام، ولفظ الغير من المتشابه، فإذا قال: هو غيره.
(١) في ط: استفسره. (٢) شيخ الإسلام -رحمه الله- في كتابه "بيان تلبيس الجهمية في تأسيس بدعهم الكلامية" ١/ ٥٠٨، أوضح اصطلاح المتكلمين في لفظ "الغير" وبين أن السلف -رحمهم الله - يمتنعون عن إطلاق اللفظ المجمل نفيًا وإثباتًا، فقال: "فلفظ الغير مجمل يراد بالغير المباين، فالغيران ما جاز مفارقة أحدهما الآخر بزمان أو مكان أو وجود، وهذا اصطلاح الأشعرية ومن وافقهم من الفقهاء أتباع الأئمة الأربعة. ويراد بالغيرين ما ليس أحدهما الآخر، أو ما جاز العلم بأحدهما مع الجهل بالآخر، وهذا اصطلاح طوائف من المعتزلة والكرامية وغيرهم. أما السلف كالإمام أحمد وغيره فلفظ الغير عندهم يراد به هذا، ويراد به هذا، ولهذا لم يطلقوا القول بأن علم الله غيره، ولا أطلقوا القول بأنه ليس غيره، ولا يقولون هو هو، ولا هو غيره، بل يمتنعون عن إطلاق المجمل نفيًا وإثباتًا لما فيه من التلبيس، فإن الجهمية يقولون: ما سوى الله مخلوق وكلامه غيره فيكون مخلوقًا. فقال أئمة السنة: إذا أريد بالغير والسوى ما هو مباين له فلا يدخل علمه وكلامه في لفظ "الغير" و"السوى" كما لم يدخل في قول النبي - صلى الله عليه وسلم - "من حلف بغير الله فقد أشرك". وقد ثبت في السنة جواز الحلف بصفاته، كعزته، وعظمته، فعلم أنها لا تدخل في مسمى "الغير" عند الإطلاق. وإذا أريد بـ "الغير" أنَّه ليس هو إياه، فلا ريب أن العلم ليس هو العالم والكلام ليس هو المتكلم".