Al-Bukhârî – Ibn Maʿîn l’a déclaré fiable. Abû Hâtim a toutefois dit : « Il se trompe beaucoup et l’on ne peut pas se fonder sur ses traditions », et An-Nasa’î l’a jugé faible. Ibn Ḥibbân a ajouté : « Il commettait des erreurs au sujet de rapporteurs dignes de confiance. » Al-Ḥâkim, pour sa part, a affirmé : « On a reproché à Muslim de l’avoir cité. » C’est donc, semble-t-il, parce que ce ḥadith ne remplissait pas les conditions de rigueur imposées par al-Bukhârî, que celui-ci s’est borné à le signaler dans l’intitulé du chapitre. Ibn Baṭṭâl dit : « Les exégètes n’ont pas divergé au sujet de la parole du Très-Haut : ﴿Ô vous qui croyez, ne déclarez pas illicites les bonnes choses qu’Allâh vous a rendues licites﴾, laquelle fut révélée à propos de ceux qui s’interdisaient à eux-mêmes les mets savoureux et les jouissances permises. » Le compilateur a ensuite rapporté trois traditions ayant trait à la faim et à la satiété. La première est le ḥadith d’Abû Mûsâ. Ses paroles : « Nourrissez l’affamé et rendez visite au malade ». Ce ḥadith est déjà paru, dans le chapitre de la Walîmah (Livre du Mariage), avec la formulation : « Répondez à l’invitation » à la place de « Nourrissez l’affamé » ; les deux versions proviennent pourtant d’une même chaîne, si bien que l’un des transmetteurs a retenu ce qu’un autre n’avait pas mémorisé. Al-Kirmânî commente : « L’injonction ici indique la recommandation, mais elle peut devenir obligatoire dans certaines situations. » On déduit de l’ordre de nourrir l’affamé la licéité de la satiété ; en effet, tant que l’homme n’est pas rassasié, l’état de faim subsiste et l’ordre de le nourrir demeure. Ses paroles : « Délivrez le captif (al-ʿânî) », c’est-à-dire libérez le prisonnier, du verbe fakkaka (« détacher »). Ses paroles : « Sufyân a dit : le terme al-ʿânî désigne le captif ». L’explication de celui qui a inséré cette précision dans le chapitre du mariage a déjà été donnée. On appelle le prisonnier ʿânî, du verbe ʿanâ yaʿnû, lorsqu’il s’humilie. Le deuxième ḥadith est celui d’Abû Hurayrah : Ses paroles : « La famille de Muḥammad ne s’est jamais rassasiée de nourriture trois jours durant jusqu’à ce qu’il (ﷺ) fut rappelé à Dieu. » Dans la version de Muslim, transmise par Yazîd b. Kaysân d’après Abû Ḥâzim, on lit : « Muḥammad et les siens ne se sont pas rassasiés trois jours de suite », c’est-à-dire consécutivement. Il sera rapporté plus loin, dans un ḥadith de ʿÂ’ishah, la même restriction à trois, mais en précisant : « de pain de froment ». Chez Muslim on trouve : « trois nuits » ; on en déduit que, dans ce contexte, le terme « jours » englobe aussi les nuits, comme « nuits » englobe les jours, et que la satiété niée l’est sous la condition de continuité, non de façon absolue. Muslim et at-Tirmidhî rapportent également, par la voie d’al-Aswad, d’après ʿÂ’ishah : « Il ne s’est pas rassasié de pain d’orge deux jours consécutifs. » Il ressort de ces textes, par compréhension implicite, que la satiété est permise en soi. Ce qui apparaît, c’est que leur manque de satiété provenait le plus souvent de la pénurie, bien qu’il leur arrivât de posséder quelque chose tout en préférant autrui à eux-mêmes ; cela sera développé plus loin. De même, dans le Livre des Riqqaq, par une autre voie d’Abû Hurayrah, il est dit : « Le Prophète (ﷺ) quitta ce monde sans avoir jamais été rassasié de pain d’orge. » L’explication détaillée viendra, si Allâh le veut, dans le commentaire du Livre des Riqqaq. Le troisième ḥadith : Ses paroles : « Et d’après Abû Ḥâzim, d’après Abû Hurayrah, qui dit : “J’ai été touché par une extrême peine.” » Ce ḥadith se rattache, par sa chaîne, au précédent. Le muhaddith de la région d’Alep, Burhân ad-Dîn, rapporte que notre maître, ash-Shaykh Sirâj ad-Dîn al-Bulqînî, a trouvé cette construction problématique et a dit : « L’expression “et d’après Abû Ḥâzim” ne peut se coordonner à “d’après son père”, car il en résulterait l’omission de (Muḥammad) b. Fuḍayl, rendant la chaîne discontinue ; on obtiendrait en effet : “… d’après son père ET d’après Abû Ḥâzim”. De même, on ne peut la coordonner à “et d’après Abû Ḥāzim”, car le muhaddith non nommé est Muḥammad b. Fuḍayl : la rupture demeurerait. Il eût été plus approprié de dire : “et, par cette chaîne, jusqu’à Abû Ḥāzim”. » Il semble qu’il ait recueilli cela de notre shaykh lors d’une séance d’audition du Ṣaḥîḥ de Bukhârî ; autrement, rien n’indique que le shaykh ait lui-même commenté ce passage. La première objection est recevable, mais la seconde est rejetée : rien n’empêche en effet qu’un même transmetteur soit coordonné à un autre, pour un ḥadith distinct. C’est comme si Yûsuf avait dit : « Muḥammad b. Fuḍayl nous a rapporté, de son père, d’Abû Ḥāzim, telle chose, ET d’Abû Ḥāzim telle autre. » La tournure suggérée est correcte mais non indispensable ; on aurait pu dire également : « Et, par cette chaîne, de son père, d’Abû Ḥāzim… » ou bien supprimer « d’après son père » et dire : « et, par elle, d’Abû Ḥāzim… », le verbe « nous a rapporté » étant alors sous-entendu, l’implicite tenant lieu de l’explicite. Plus clair encore, la mention « et d’après Abû Ḥāzim » se coordonne à « Muḥammad b. Fuḍayl nous a rapporté… », le maillon intermédiaire étant omis parce qu’il est connu. Certains commentateurs ont prétendu qu’il s’agissait d’une chaîne suspendue ; il n’en est rien, car Abû Yaʿlâ l’a rapportée, d’après ʿAbd Allâh b. ʿUmar b. Abân, d’après Muḥammad b. Fuḍayl, avec la même chaîne que chez al-Bukhârî. Il apparaît donc qu’elle se coordonne bien au sanad déjà cité, comme je l’ai affirmé d’abord ; louange à Allâh. Ses paroles : « J’ai été touché par une extrême peine » : c’est-à-dire la faim. Le terme jahd (peine extrême) s’emploie avec ḍamma ou fatḥa initiales, et les deux formes ont le même sens.
الْبُخَارِيِّ، وَقَدْ وَثَّقَهُ ابْنُ مَعِينٍ، وَقَالَ أَبُو حَاتِمٍ: يَهِمُ كَثِيرًا وَلَا يُحْتَجُّ بِهِ، وَضَعَّفَهُ النَّسَائِيُّ، وَقَالَ ابْنُ حِبَّانَ: كَانَ يُخْطِئُ عَلَى الثِّقَاتِ، وَقَالَ الْحَاكِمُ: عِيبَ عَلَى مُسْلِمٍ إِخْرَاجُهُ. فَكَأَنَّ الْحَدِيثَ لَمَّا لَمْ يَكُنْ عَلَى شَرْطِ الْبُخَارِيِّ اقْتَصَرَ عَلَى إِيرَادِهِ فِي التَّرْجَمَةِ. قَالَ ابْنُ بَطَّالٍ: لَمْ يَخْتَلِفْ أَهْلُ التَّأْوِيلِ فِي قَوْلِهِ تَعَالَى: ﴿يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا لا تُحَرِّمُوا طَيِّبَاتِ مَا أَحَلَّ اللَّهُ لَكُمْ﴾ وَأَنَّهَا نَزَلَتْ فِيمَنْ حَرَّمَ عَلَى نَفْسِهِ لَذِيذَ الطَّعَامِ وَاللَّذَّاتِ الْمُبَاحَةَ. ثُمَّ ذَكَرَ الْمُصَنِّفُ ثَلَاثَةَ أَحَادِيثَ تَتَعَلَّقُ بِالْجُوعِ وَالشِّبَعِ. الْأَوَّلُ حَدِيثُ أَبِي مُوسَى. قَوْلُهُ: (أَطْعِمُوا الْجَائِعَ، وَعُودُوا الْمَرِيضَ) الْحَدِيثَ تَقَدَّمَ فِي الْوَلِيمَةِ مِنْ كِتَابِ النِّكَاحِ بِلَفْظِ: أَجِيبُوا الدَّاعِيَ بَدَلَ: أَطْعِمُوا الْجَائِعَ وَمَخْرَجُهُمَا وَاحِدٌ، وَكَأَنَّ بَعْضَ الرُّوَاةِ حَفِظَ مَا لَمْ يَحْفَظِ الْآخَرُ، قَالَ الْكِرْمَانِيُّ: الْأَمْرُ هُنَا لِلنَّدَبِ، وَقَدْ يَكُونُ وَاجِبًا فِي بَعْضِ الْأَحْوَالِ. اهـ. وَيُؤْخَذُ مِنَ الْأَمْرِ بِإِطْعَامِ الْجَائِعِ جَوَازُ الشِّبَعِ؛ لِأَنَّهُ مَا دَامَ قَبْلَ الشِّبَعِ فَصِفَةُ الْجُوعِ قَائِمَةٌ بِهِ، وَالْأَمْرُ بِإِطْعَامِهِ مُسْتَمِرٌّ. قَوْلُهُ: (وَفُكُّوا الْعَانِيَ) أَيْ: خَلِّصُوا الْأَسِيرَ، مِنْ فَكَكْتُ الشَّيْءَ فَانْفَكَّ. قَوْلُهُ: (قَالَ سُفْيَانُ: وَالْعَانِي: الْأَسِيرُ) تَقَدَّمَ بَيَانُ مَنْ أَدْرَجَهُ فِي النِّكَاحِ، وَقِيلَ لِلْأَسِيرِ: عَانٍ مَنْ عَنَا يَعْنُو إِذَا خَضَعَ. الْحَدِيثُ الثَّانِي حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ: قَوْلُهُ: (مَا شَبِعَ آلُ مُحَمَّدٍ مِنْ طَعَامٍ ثَلَاثَةِ أَيَّامٍ حَتَّى قُبِضَ) فِي رِوَايَةِ مُسْلِمٍ مِنْ طَرِيقِ يَزِيدَ بْنِ كَيْسَانَ، عَنْ أَبِي حَازِمٍ بِلَفْظِ: مَا شَبِعَ مُحَمَّدٌ وَأَهْلُهُ ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ تِبَاعًا أَيْ: مُتَوَالِيَةً، وَسَيَأْتِي بَعْدَ هَذَا مِنْ حَدِيثِ عَائِشَةَ التَّقْيِيدُ أَيْضًا بِثَلَاثٍ، لَكِنَّ فِيهِ: مِنْ خُبْزِ الْبُرِّ وَعِنْدَ مُسْلِمٍ: ثَلَاثَ لَيَالٍ وَيُؤْخَذُ مِنْهَا أَنَّ الْمُرَادَ بِالْأَيَّامِ هُنَا بِلَيَاليِهَا، كَمَا أَنَّ الْمُرَادَ بِاللَّيَالِي هُنَاكَ بِأَيَّامِهَا، وَأَنَّ الشِّبَعَ الْمَنْفِيَّ بِقَيْدِ التَّوَالِي لَا مُطْلَقًا. وَلِمُسْلِمٍ، وَالتِّرْمِذِيِّ مِنْ طَرِيقِ الْأَسْوَدِ عَنْ عَائِشَةَ: مَا شَبِعَ مِنْ خُبْزِ شَعِيرٍ يَوْمَيْنِ مُتَتَابِعَيْنِ وَيُؤْخَذُ مَقْصُودُهُ مِنْ جَوَازِ الشِّبَعِ فِي الْجُمْلَةِ مِنَ الْمَفْهُومِ، وَالَّذِي يَظْهَرُ أَنَّ سَبَبَ عَدَمِ شِبَعِهِمْ غَالِبًا كَانَ بِسَبَبِ قِلَّةِ الشَّيْءِ عِنْدَهُمْ، عَلَى أَنَّهُمْ كَانُوا قَدْ يَجِدُونَ وَلَكِنْ يُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ، وَسَيَأْتِي بَعْدَ هَذَا، وَفِي الرِّقَاقِ أَيْضًا مِنْ وَجْهٍ آخَرَ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ: خَرَجَ النَّبِيُّ ﷺ مِنَ الدُّنْيَا وَلَمْ يَشْبَعْ مِنْ خُبْزِ الشَّعِيرِ، وَيَأْتِي بَسْطُ الْقَوْلِ فِي شَرْحِهِ فِي كِتَابِ الرِّقَاقِ، إِنْ شَاءَ اللَّهُ تَعَالَى. الْحَدِيثُ الثَّالِثُ: قَوْلُهُ: (وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ قَالَ: أَصَابَنِي جَهْدٌ شَدِيدٌ) هُوَ مَوْصُولٌ بِالْإِسْنَادِ الَّذِي قَبْلَهُ. وَذَكَرَ مُحَدِّثُ الدِّيَارِ الْحَلَبِيَّةِ بُرْهَانُ الدِّينِ أَنَّ شَيْخَنَا الشَّيْخَ سِرَاجَ الدِّينِ الْبُلْقِينِيَّ اسْتَشْكَلَ هَذَا التَّرْكِيبَ، وَقَالَ: قَوْلُهُ: وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ لَا يَصِحُّ عَطْفُهُ عَلَى قَوْلِهِ: عَنْ أَبِيهِ؛ لِأَنَّهُ يَلْزَمُ مِنْهُ إِسْقَاطُ فُضَيْلٍ، فَيَكُونُ مُنْقَطِعًا؛ إِذْ يَصِيرُ التَّقْدِيرُ عَنْ أَبِيهِ وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ، قَالَ: وَلَا يَصِحُّ عَطْفُهُ عَلَى قَوْلِهِ: وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ؛ لِأَنَّ الْمُحَدِّثَ الَّذِي لَمْ يُعَيَّنْ هُوَ مُحَمَّدُ بْنُ فُضَيْلٍ فَيَلْزَمُ الِانْقِطَاعُ أَيْضًا. قَالَ: وَكَانَ اللَّائِقُ أَنْ يَقُولَ: وَبِهِ إِلَى أَبِي حَازِمٍ انْتَهَى. وَكَأَنَّهُ تَلَقَّفَهُ مِنْ شَيْخِنَا فِي مَجْلِسٍ بِسَمَاعِهِ لِلْبُخَارِيِّ، وَإِلَّا فَلَمْ يُسْمَعْ بِأَنَّ الشَّيْخَ شَرَحَ هَذَا الْمَوْضِعَ، وَالْأَوَّلُ مُسَلَّمٌ، وَالثَّانِي مَرْدُودٌ؛ لِأَنَّهُ لَا مَانِعَ مِنْ عَطْفِ الرَّاوِي لِحَدِيثٍ عَلَى الرَّاوِي بِعَيْنِهِ لِحَدِيثٍ آخَرَ، فَكَأَنَّ يُوسُفَ قَالَ: حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ فُضَيْلٍ عَنْ أَبِيهِ عَنْ أَبِي حَازِمٍ بِكَذَا، وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ بِكَذَا، وَاللَّائِقُ الَّذِي ذَكَرَهُ صَحِيحٌ لَكِنَّهُ لَا يَتَعَيَّنُ، بَلْ لَوْ قَالَ: وَبِهِ إِلَى أَبِيهِ عَنْ أَبِي حَازِمٍ لَصَحَّ، أَوْ حَذَفَ قَوْلَهُ: عَنْ أَبِيهِ فَقَالَ: وَبِهِ عَنْ أَبِي حَازِمٍ لَصَحَّ، وَحَدَّثَنَا تَكُونُ بِهِ مُقَدَّرَةً وَالْمُقَدَّرَةُ فِي حُكْمِ الْمَلْفُوظِ. وَأَوْضَحُ مِنْهُ أَنَّ قَوْلَهُ: وَعَنْ أَبِي حَازِمٍ مَعْطُوفٌ عَلَى قَوْلِهِ: حَدَّثَنَا مُحَمَّدُ بْنُ فُضَيْلٍ إِلَخْ فَحَذَفَ مَا بَيْنَهُمَا لِلْعِلْمِ بِهِ، وَزَعَمَ بَعْضُ الشُّرَّاحِ أَنَّ هَذَا مُعَلَّقٌ، وَلَيْسَ كَمَا قَالَ، فَقَدْ أَخْرَجَهُ أَبُو يَعْلَى، عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عُمَرَ بْنِ أَبَانٍ عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ فُضَيْلٍ بِسَنَدٍ الْبُخَارِيِّ فِيهِ، فَظَهَرَ أَنَّهُ مَعْطُوفٌ عَلَى السَّنَدِ الْمَذْكُورِ كَمَا قُلْتُهُ أَوَّلًا، وَلِلَّهِ الْحَمْدُ. قَوْلُهُ: (أَصَابَنِي جَهْدٌ شَدِيدٌ) أَيْ: مِنَ الْجُوعِ، وَالْجَهْدُ تَقَدَّمَ أَنَّهُ بِالضَّمِّ وَبِالْفَتْحِ بِمَعْنًى،