Dans la variante rapportée par al-Kushmihânî : « mimmâ taraka ».
Cette affaire constitue une réfutation de celui qui lit l’énoncé : « lâ yûrathu » – au passif, avec la lettre yâ’ initiale – et « ṣadaqatan » à l’accusatif en fonction de ḥâl ; prétention émise par certains Râfiḍites qui soutiennent que telle serait la lecture correcte de ce ḥadith.
Or, la formulation sur laquelle se sont accordés les maîtres du ḥadith, anciens et contemporains, est : « lâ nûrathu » – avec la lettre nûn – et « ṣadaqatun » au nominatif. L’énoncé se compose alors de deux propositions : « mâ taraknā » tient la place du mubtada’, tandis que « ṣadaqatun » en est le khabar. Cette explication est corroborée par la version authentique rapportée dans certaines chaînes : « mâ taraknā fa-huwa ṣadaqatun ».
Certains traditionnistes ont opposé cet argument à des partisans de l’imâmiyya : Abû Bakr, en effet, se fonda sur cette parole lorsqu’il répondit à Fâṭimah – qu’Allâh l’agrée – au sujet des terres laissées par le Messager d’Allâh ﷺ. Tous deux comptent parmi les plus grands maîtres de l’éloquence et les plus versés dans la signification des mots ; si la lecture revendiquée par le Râfiḍite avait été exacte, l’argument d’Abû Bakr n’aurait comporté aucune force probante, ni sa réponse n’aurait correspondu à la requête. Cela est manifeste pour qui fait preuve d’impartialité.
Sa parole : « mimmâ afâ’a-llâhu ʿalayhi » – son explication viendra sous peu.
Sa parole : « inna Rasûla-llâh ﷺ… ». Dans la version de Maʿmar : « J’ai entendu le Messager d’Allâh ﷺ… », ce qui réfute l’interprétation d’ad-Dâwûdî, le commentateur, selon laquelle Fâṭimah aurait compris qu’Abû Bakr ne tenait pas cette parole directement du Prophète ﷺ, mais d’un tiers ; d’où sa colère. L’explication précédemment exposée est préférable.
Sa parole : « Elle se mit en colère, rompit avec Abû Bakr et persista à s’en éloigner… ». Dans le récit de Maʿmar : « Elle cessa de lui parler jusqu’à sa mort. » Chez ʿUmar b. Shabba, par une autre voie : « Elle ne lui parla plus au sujet de ce bien. » At-Tirmidhî rapporte encore, d’après certains de ses maîtres, que le sens de la parole de Fâṭimah à Abû Bakr et ʿUmar : « Je ne vous parlerai plus » signifie : « concernant cet héritage ». Ash-Shâshî objecta que l’indice fourni par le mot « se mit en colère » montre qu’elle s’abstint de toute conversation, ce qui constitue un véritable boycott.
Quant au ḥadith rapporté par Aḥmad et Abû Dâwûd, par la voie d’Abî Ṭufayl :- Fâṭimah envoya dire à Abû Bakr : « As-tu hérité du Messager d’Allâh ﷺ ou bien sa famille ? » – Il répondit : « Non, plutôt sa famille. » – Elle poursuivit : « Où est alors la part du Messager d’Allâh ﷺ ? » – Il dit : « J’ai entendu le Messager d’Allâh ﷺ déclarer : “Lorsque Dieu attribue une propriété à un Prophète puis qu’Il le rappelle à Lui, celle-ci revient à celui qui lui succède.” J’ai donc jugé bon de la restituer aux musulmans. » – Elle conclut : « C’est à toi et à ce que tu as entendu. » – ce récit ne contredit pas l’énoncé explicite du Ṣaḥîḥ concernant la rupture, ni n’implique son agrément.
Il recèle d’ailleurs une expression problématique – la parole d’Abû Bakr : « Plutôt sa famille » – puisqu’elle s’oppose au ḥadith authentique affirmant que les Prophètes ne laissent pas d’héritage.
Al-Bayhaqî rapporte, par la voie d’ash-Shaʿbî, qu’Abû Bakr demanda à rendre visite à Fâṭimah. ʿAlî lui dit : « Voici Abû Bakr qui sollicite la permission d’entrer chez toi. » Elle répondit : « Souhaites-tu que je la lui accorde ? » Il dit : « Oui. » Elle le laissa entrer ; il se concilia alors avec elle jusqu’à ce qu’elle fût apaisée. Bien que mursal, la chaîne menant à ash-Shaʿbî est authentique, levant ainsi la difficulté quant à la possibilité que Fâṭimah – qu’Allâh l’agrée – soit demeurée dans son boycott.
Certains maîtres ont expliqué que son abstention consistait seulement à éviter de le rencontrer ou de s’asseoir avec lui, chose qui ne relève pas du boycott interdit, dont la condition est la rencontre suivie d’un détournement mutuel. Il semble que Fâṭimah, sortie fâchée de chez Abû Bakr, se soit absorbée dans sa peine puis dans sa maladie.
Quant à la raison de son mécontentement, bien qu’Abû Bakr se soit appuyé sur le ḥadith mentionné, c’est qu’elle interpréta différemment sa portée : elle estima que l’expression générale « lâ nûrathu » devait être restreinte et que l’usufruit des terres et biens fonciers pouvait être transmis. Abû Bakr, lui, s’en tint au sens général. Ils divergeaient donc sur un point ouvert à l’interprétation ; lorsqu’il demeura ferme sur sa position, elle cessa de se rassembler avec lui. Si le ḥadith d’ash-Shaʿbî s’avère authentique, il dissipe l’objection ; cela est d’ailleurs plus conforme à l’intelligence et à la piété reconnues de Fâṭimah – qu’Allâh l’agrée. Un complément à ce récit viendra, si Allâh – Exalté soit-Il – le veut, dans le chapitre des successions.
Dans le ḥadith d’Abû Salamah rapporté d’Abû Hurayrah chez at-Tirmidhî, il est dit : « Fâṭimah se présenta à Abû Bakr et lui demanda : “Qui t’héritera ?” Il répondit : “Ma famille et mes enfants.” Elle répliqua : “Pourquoi ne puis-je hériter de mon père ?” Abû Bakr dit : “J’ai entendu le Messager d’Allâh ﷺ dire : ‘Nous, les Prophètes, nous ne laissons pas d’héritage.’ J’assumerai toutefois l’entretien de ceux que le Messager d’Allâh ﷺ entretenait.” »
Sa parole : « Et Fâṭimah demandait à Abâ… » (le texte se termine ici).
وَفِي رِوَايَةِ الْكُشْمِيهَنِيِّ:
مِمَّا تَرَكَ وَفِي هَذِهِ الْقِصَّةِ رَدٌّ عَلَى مَنْ قَرَأَ قَوْلَهُ: لَا يُورَثُ بِالتَّحْتَانِيَّةِ أَوَّلَهُ وَصَدَقَةً بِالنَّصْبِ عَلَى الْحَالِ، وَهِيَ دَعْوَى مِنْ بَعْضِ الرَّافِضَةِ، فَادَّعَى أَنَّ الصَّوَابَ فِي قِرَاءَةِ هَذَا الْحَدِيثِ هَكَذَا،
وَالَّذِي تَوَارَدَ عَلَيْهِ أَهْلُ الْحَدِيثِ فِي الْقَدِيمِ وَالْحَدِيثِ:
لَا نُورَثُ بِالنُّونِ،
وَ:
صَدَقَةٌ بِالرَّفْعِ،
وَأَنَّ الْكَلَامَ جُمْلَتانِ وَ:
مَا تَرَكْنَا فِي مَوْضِعِ الرَّفْعِ بِالِابْتِدَاءِ،
وَ:
صَدَقَةٌ خَبَرُهُ، وَيُؤَيِّدُهُ وُرُودُهُ فِي بَعْضِ طُرُقِ الصَّحِيحِ مَا تَرَكْنَا فَهُوَ صَدَقَةٌ وَقَدِ احْتَجَّ بَعْضُ الْمُحَدِّثِينَ عَلَى بَعْضِ الْإِمَامِيَّةِ بِأَنَّ أَبَا بَكْرٍ احْتَجَّ بِهَذَا الْكَلَامِ عَلَى فَاطِمَةَ
(عليه السلام)
فِيمَا الْتَمَسَتْ مِنْهُ مِنَ الَّذِي خَلَّفَهُ رَسُولُ اللَّهِ
ﷺ
مِنَ الْأَرَاضِي، وَهُمَا مِنْ أَفْصَحِ الْفُصَحَاءِ وَأَعْلَمِهِمْ بِمَدْلُولَاتِ الْأَلْفَاظِ، وَلَوْ كَانَ الْأَمْرُ كَمَا يَقْرَؤُهُ الرَّافِضِيُّ لَمْ يَكُنْ فِيمَا احْتَجَّ بِهِ أَبُو بَكْرٍ حُجَّةٌ وَلَا كَانَ جَوَابُهُ مُطَابِقًا لِسُؤَالِهَا، وَهَذَا وَاضِحٌ لِمَنْ أَنْصَفَ.
قَوْلُهُ:
(مِمَّا أَفَاءَ اللَّهُ عَلَيْهِ)
سَيَأْتِي بَيَانُهُ قَرِيبًا.
قَوْلُهُ:
(إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ
ﷺ
فِي رِوَايَةِ مَعْمَرٍ: سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ
ﷺ
وَهُوَ يَرُدُّ تَأْوِيلَ الدَّاوُدِيِّ الشَّارِحِ فِي قَوْلِهِ: إِنَّ فَاطِمَةَ حَمَلَتْ كَلَامَ أَبِي بَكْرٍ عَلَى أَنَّهُ لَمْ يَسْمَعْ ذَلِكَ مِنْ رَسُولِ اللَّهِ
ﷺ
، وَإِنَّمَا سَمِعَهُ مِنْ غَيْرِهِ، وَلِذَلِكَ غَضِبَتْ، وَمَا قَدَّمْتُهُ مِنَ التَّأْوِيلِ أَوْلَى.
قَوْلُهُ:
(فَغَضِبَتْ فَاطِمَةُ فَهَجَرَتْ أَبَا بَكْرٍ فَلَمْ تَزَلْ مُهَاجِرَتَهُ) فِي رِوَايَةِ مَعْمَرٍ: فَهَجَرَتْهُ فَاطِمَةُ، فَلَمْ تُكَلِّمْهُ حَتَّى مَاتَ،
وَوَقَعَ عِنْدَ عُمَرَ بْنِ شَبَّةَ مِنْ وَجْهٍ آخَرَ عَنْ مَعْمَرٍ:
فَلَمْ تُكَلِّمْهُ فِي ذَلِكَ الْمَالِ، وَكَذَا نَقَلَ التِّرْمِذِيُّ عَنْ بَعْضِ مَشَايِخِهِ أَنَّ مَعْنَى قَوْلِ فَاطِمَةَ لِأَبِي بَكْرٍ،
وَعُمَرَ:
لَا أُكَلِّمُكُمَا،
أَيْ:
فِي هَذَا الْمِيرَاثِ،
وَتَعَقَّبَهُ الشَّاشِيُّ بِأَنَّ قَرِينَةَ قَوْلِهِ:
غَضِبَتْ تَدُلُّ عَلَى أَنَّهَا امْتَنَعَتْ مِنَ الْكَلَامِ جُمْلَةً وَهَذَا صَرِيحُ الْهَجْرِ، وَأَمَّا مَا أَخْرَجَهُ أَحْمَدُ، وَأَبُو دَاوُدَ مِنْ طَرِيقِ أَبِي الطُّفَيْلِ،
قَالَ:
أَرْسَلَتْ فَاطِمَةُ إِلَى أَبِي بَكْرٍ: أَنْتَ وَرِثْتَ رَسُولَ اللَّهِ
ﷺ
أَمْ أَهْلُهُ؟
قَالَ:
لَا بَلْ أَهْلُهُ،
قَالَتْ:
فَأَيْنَ سَهْمُ رَسُولِ اللَّهِ
ﷺ
؟
قَالَ:
سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ
ﷺ
يَقُولُ: إِنَّ اللَّهَ إِذَا أَطْعَمَ نَبِيًّا طُعْمَةً ثُمَّ قَبَضَهُ جَعَلَهَا لِلَّذِي يَقُومُ مِنْ بَعْدِهِ، فَرَأَيْتُ أَنْ أَرُدَّهُ عَلَى الْمُسْلِمِينَ،
قَالَتْ:
فَأَنْتَ وَمَا سَمِعْتَهُ. فَلَا يُعَارِضُ مَا فِي الصَّحِيحِ مِنْ صَرِيحِ الْهُجْرَانِ، وَلَا يَدُلُّ عَلَى الرِّضَا بِذَلِكَ.
ثُمَّ مَعَ ذَلِكَ فَفِيهِ لَفْظَةٌ مُنْكَرَةٌ،
وَهِيَ قَوْلُ أَبِي بَكْرٍ:
بَلْ أَهْلُهُ؛
فَإِنَّهُ مُعَارِضٌ لِلْحَدِيثِ الصَّحِيحِ:
أَنَّ النَّبِيَّ لَا يُورَثُ، نَعَمْ،
رَوَى الْبَيْهَقِيُّ مِنْ طَرِيقِ الشَّعْبِيِّ:
أَنَّ أَبَا بَكْرٍ عَادَ فَاطِمَةَ،
فَقَالَ لَهَا عَلِيٌّ:
هَذَا أَبُو بَكْرٍ يَسْتَأْذِنُ عَلَيْكِ،
قَالَتْ:
أَتُحِبُّ أَنْ آذَنَ لَهُ؟
قَالَ:
نَعَمْ، فَأَذِنَتْ لَهُ، فَدَخَلَ عَلَيْهَا فَتَرَضَّاهَا حَتَّى رَضِيَتْ، وَهُوَ وَإِنْ كَانَ مُرْسَلًا فَإِسْنَادُهُ إِلَى الشَّعْبِيِّ صَحِيحٌ، وَبِهِ يَزُولُ الْإِشْكَالُ فِي جَوَازِ تَمَادِي فَاطِمَةَ
(رضي الله عنها)
عَلَى هَجْرِ أَبِي بَكْرٍ.
وَقَدْ قَالَ بَعْضُ الْأَئِمَّةِ:
إِنَّمَا كَانَتْ هِجْرَتُهَا انْقِبَاضًا عَنْ لِقَائِهِ وَالِاجْتِمَاعِ بِهِ، وَلَيْسَ ذَلِكَ مِنَ الْهُجْرَانِ الْمُحَرَّمِ؛ لِأَنَّ شَرْطَهُ أَنْ يَلْتَقِيَا فَيُعْرِضُ هَذَا وَهَذَا، وَكَأَنَّ فَاطِمَةَ
(رضي الله عنها)
لَمَّا خَرَجَتْ غَضْبَى مِنْ عِنْدِ أَبِي بَكْرٍ تَمَادَتْ فِي اشْتِغَالِهَا بِحُزْنِهَا، ثُمَّ بِمَرَضِهَا.
وَأَمَّا سَبَبُ غَضَبِهَا مَعَ احْتِجَاجِ أَبِي بَكْرٍ بِالْحَدِيثِ الْمَذْكُورِ فَلِاعْتِقَادِهَا تَأْوِيلَ الْحَدِيثِ عَلَى خِلَافِ مَا تَمَسَّكَ بِهِ أَبُو بَكْرٍ،
وَكَأَنَّهَا اعْتَقَدَتْ تَخْصِيصَ الْعُمُومِ فِي قَوْلِهِ:
لَا نُورَثُ، وَرَأَتْ أَنَّ مَنَافِعَ مَا خَلَّفَهُ مِنْ أَرْضٍ وَعَقَارٍ لَا يَمْتَنِعُ أَنْ تُورَثَ عَنْهُ، وَتَمَسَّكَ أَبُو بَكْرٍ بِالْعُمُومِ، وَاخْتَلَفَا فِي أَمْرٍ مُحْتَمِلٍ لِلتَّأْوِيلِ، فَلَمَّا صَمَّمَ عَلَى ذَلِكَ انْقَطَعَتْ عَنْ الِاجْتِمَاعِ بِهِ لِذَلِكَ، فَإِنْ ثَبَتَ حَدِيثُ الشَّعْبِيِّ أَزَالَ الْإِشْكَالَ، وَأَخْلَقُ بِالْأَمْرِ أَنْ يَكُونَ كَذَلِكَ لِمَا عُلِمَ مِنْ وُفُورِ عَقْلِهَا وَدِينِهَا
(رضي الله عنها)
، وَسَيَأْتِي فِي الْفَرَائِضِ زِيَادَةٌ فِي هَذِهِ الْقِصَّةِ، وَيَأْتِي الْكَلَامُ فِيهَا إِنْ شَاءَ اللَّهُ تَعَالَى.
وَقَدْ وَقَعَ فِي حَدِيثِ أَبِي سَلَمَةَ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ عِنْدَ التِّرْمِذِيِّ:
جَاءَتْ فَاطِمَةُ إِلَى أَبِي بَكْرٍ،
فَقَالَتْ:
مَنْ يَرِثُكَ؟
قَالَ:
أَهْلِي وَوَلَدِي،
قَالَتْ:
فَمَا لِي لَا أَرِثُ أَبِي؟
قَالَ أَبُو بَكْرٍ:
سَمِعْتُ رَسُولَ اللَّهِ
ﷺ
يَقُولُ: لَا نُورَثُ، وَلَكِنِّي أَعُولُ مَنْ كَانَ رَسُولُ اللَّهِ
ﷺ
يَعُولُهُ.
قَوْلُهُ:
(وَكَانَتْ فَاطِمَةُ تَسْأَلُ أَبَا