En généralisant, la plupart des docteurs de la Loi ont déclaré :
« Si la signification (la cause) est connue et que la cause demeure, le jugement demeure ; si la cause disparaît, le jugement disparaît avec elle. Et si la signification n’est pas connue, l’obligation de suivre (la Sunna) subsiste. »
Mais la majorité a ajouté :
« Le jugement subsiste même si la cause disparaît, par simple conformité (au Prophète) – ainsi l’ont rapporté ar-Ramlî et d’autres. »
La question a fait l’objet de nombreuses interprétations ; j’en ai moi-même réuni plus de vingt, que j’ai résumées en signalant celles qui sont faibles.
Le qâḍî ʿAbd al-Wahhâb al-Mâlikî dit : « On en a tiré diverses leçons ; quelques-unes sont acceptables, la plupart ne sont que de vaines assertions. » Fin de citation.
Parmi ces explications :
– Il l’aurait fait pour que les deux chemins témoignent en sa faveur.
– D’autres disent : afin que leurs habitants, parmi les djinns et les humains, témoignent pour lui.
– Ou pour mettre les deux voies à égalité quant à l’honneur de son passage, à la bénédiction qui en découle, ou pour humer l’odeur de musc laissée sur la route qu’il empruntait, car il était connu pour cela.
– On a dit encore : son chemin vers la musallâ se trouvait à droite ; s’il était revenu par la même voie, il aurait alors marché du côté gauche, c’est pourquoi il prit un autre itinéraire – mais cela exige une preuve.
– Certains avancent qu’il voulait manifester les emblèmes de l’islam sur les deux routes.
– Ou faire retentir le rappel d’Allâh.
– Ou irriter les hypocrites ou les juifs.
– Ou les intimider par le grand nombre de ses compagnons ; cette opinion est préférée par Ibn Baṭṭâl.
– D’autres pensent qu’il craignait un complot de ces deux groupes ou de l’un d’eux ; Ibn at-Tîn objecte que, si tel était le motif, il ne l’aurait pas répété. On répondit que le fait de changer de route n’implique pas qu’il s’en tienne chaque fois à l’une d’elles précisément.
Ainsi, dans la version d’aš-Šâfiʿî, rapportée en mursal par al-Muṭṭalib b. ʿAbd Allâh b. Ḥanṭab, il est dit que le Prophète ﷺ sortait le jour de la fête par la grande route et rentrait par l’autre. Si cela était avéré, cela appuierait l’analyse d’Ibn at-Tîn.
D’autres explications :
– Il voulait que tous puissent se réjouir de sa présence, bénéficier des bénédictions de son passage et le consulter pour leurs besoins : fatwâ, apprentissage, imitation, orientation, aumône, salutation, etc.
– Pour visiter ses proches, vivants ou morts.
– Pour maintenir les liens de parenté.
– Comme présage d’un changement d’état vers le pardon et l’agrément divins.
– Certains prétendent qu’il faisait l’aumône à l’aller ; ne lui restant plus rien au retour, il changeait de route afin de ne repousser aucun demandeur. Cette explication est très faible et nécessite une preuve.
– Il l’aurait fait pour alléger l’encombrement ; cette opinion est choisie par Šaykh Abû Ḥâmid et renforcée par al-Muḥibb aṭ-Ṭabarî, se fondant sur un hadith d’Ibn ʿUmar rapporté par al-Bayhaqî où il est dit : « Afin que les gens aient de la place. » On objecta que la chaîne est faible et que l’expression « afin que les gens aient de la place » peut se comprendre comme la bénédiction et la largesse qu’il répandait ; c’est ce qu’a retenu Ibn at-Tîn.
– Peut-être son chemin aller était-il plus long ; il désirait multiplier les pas et donc la récompense, tandis qu’au retour il hâtait son arrivée chez lui. C’est le choix d’ar-Râfiʿî, mais on lui reproche l’absence de preuve et le fait que la récompense des pas est également enregistrée au retour, conformément au hadith d’Ubayy b. Kaʿb chez at-Tirmidhî. S’il avait inversé l’argument, il aurait été plus recevable : la route la plus proche servirait alors à se hâter vers l’obéissance et à saisir le mérite du début du temps prescrit.
– Parce que les anges se tiennent dans les chemins ; il voulut que deux groupes d’anges témoignent pour lui.
– Ibn Abî Jamrah note que cela rejoint la parole de Yaʿqûb à ses fils : « N’entrez pas par une seule porte », indiquant qu’il craignait le mauvais œil.
– L’auteur du « Hidâya » signale qu’il a pu agir ainsi pour l’ensemble des motifs plausibles évoqués. Allâh sait mieux.
Puis vient la phrase :
« Yûnus b. Muḥammad suit (Abû Tumayla) de la part de Fulayḥ, et le hadith de Jâbir est le plus authentique. »
Tel est le texte chez la majorité des rapporteurs d’al-Bukhârî par la voie d’al-Firabrî. Cela pose problème : dire « il l’a suivi » implique l’égalité, alors que l’expression « plus authentique » indique une différence de valeur.
Abû ʿAlî al-Jayânî rapporte que la mention « … et le hadith de Jâbir est le plus authentique » est absente dans la recension d’Ibrâhîm b. Maʿqil an-Nasafî d’al-Bukhârî ; il n’y a donc pas de difficulté.
Il dit aussi : dans la version d’Ibn as-Sakan on lit : « Yûnus b. Muḥammad, d’après Fulayḥ, d’après Saʿîd, d’après Abû Hurayra » ; cela justifie l’expression « plus authentique », mais le problème subsiste pour « il l’a suivi », car en réalité il l’a contredit.
Abû Nuʿaym, dans son Mustakhraj, lève la difficulté : « Al-Bukhârî le rapporta de Muḥammad, d’après Abû Tumayla ; puis dit : ‘Yûnus b. Muḥammad l’a corroboré, d’après Fulayḥ.’ Et Muḥammad b. aṣ-Ṣalt dit : ‘… d’après Fulayḥ, d’après Saʿîd, d’après Abû Hurayra’, tandis que le hadith de Jâbir est plus authentique. »
C’est ce qu’a confirmé Abû Masʿûd dans son « Aṭrâf », ainsi que l’a indiqué al-Barqânî.
Et al-Bayhaqî a dit :
وَبِالتَّعْمِيمِ قَالَ أَكْثَرُ أَهْلِ الْعِلْمِ،
وَمِنْهُمْ مَنْ قَالَ:
إِنْ عُلِمَ الْمَعْنَى وَبَقِيَتِ الْعِلَّةُ بَقِيَ الْحُكْمُ وَإِلَّا انْتَفَى بِانْتِفَائِهَا، وَإِنْ لَمْ يُعْلَمِ الْمَعْنَى بَقِيَ الِاقْتِدَاءُ.
وَقَالَ الْأَكْثَرُ:
يَبْقَى الْحُكْمُ وَلَوِ انْتَفَتِ الْعِلَّةُ لِلِاقْتِدَاءِ كَمَا فِي الرَّمْلِيِّ وَغَيْرِهِ، وَقَدِ اخْتُلِفَ فِي مَعْنَى ذَلِكَ عَلَى أَقْوَالٍ كَثِيرَةٍ اجْتَمَعَ لِي مِنْهَا أَكْثَرُ مِنْ عِشْرِينَ، وَقَدْ لَخَّصْتُهَا وَبَيَّنْتُ الْوَاهِيَ مِنْهَا،
قَالَ الْقَاضِي عَبْدُ الْوَهَّابِ الْمَالِكِيُّ:
ذُكِرَ فِي ذَلِكَ فَوَائِدُ بَعْضُهَا قَرِيبٌ وَأَكْثَرُهَا دَعَاوَى فَارِغَةٌ. انْتَهَى.
فَمِنْ ذَلِكَ أَنَّهُ فَعَلَ ذَلِكَ لِيَشْهَدَ لَهُ الطَّرِيقَانِ،
وَقِيلَ:
سُكَّانُهُمَا مِنَ الْجِنِّ وَالْإِنْسِ،
وَقِيلَ:
لِيُسَوَّى بَيْنِهِمَا فِي مَزِيَّةِ الْفَضْلِ بِمُرُورِهِ أَوْ فِي التَّبَرُّكِ بِهِ أَوْ لِيَشُمَّ رَائِحَةَ الْمِسْكِ مِنَ الطَّرِيقِ الَّتِي يَمُرُّ بِهَا؛ لِأَنَّهُ كَانَ مَعْرُوفًا بِذَلِكَ،
وَقِيلَ:
لِأَنَّ طَرِيقَهُ لِلْمُصَلَّى كَانَتْ عَلَى الْيَمِينِ فَلَوْ رَجَعَ مِنْهَا لَرَجَعَ عَلَى جِهَةِ الشِّمَالِ، فَرَجَعَ مِنْ غَيْرِهَا وَهَذَا يَحْتَاجُ إِلَى دَلِيلٍ،
وَقِيلَ:
لِإِظْهَارِ شِعَارِ الْإِسْلَامِ فِيهِمَا،
وَقِيلَ:
لِإِظْهَارِ ذِكْرِ اللَّهِ،
وَقِيلَ:
لِيَغِيظَ الْمُنَافِقِينَ أَوِ الْيَهُودَ،
وَقِيلَ:
لِيُرْهِبَهُمْ بِكَثْرَةِ مَنْ مَعَهُ وَرَجَّحَهُ ابْنُ بَطَّالٍ،
وَقِيلَ:
حَذَرًا مِنْ كَيْدِ الطَّائِفَتَيْنِ أَوْ إِحْدَاهُمَا، وَفِيهِ نَظَرٌ؛ لِأَنَّهُ لَوْ كَانَ كَذَلِكَ لَمْ يُكَرِّرْهُ قَالَهُ ابْنُ التِّينِ، وَتُعُقِّبَ بِأَنَّهُ لَا يَلْزَمُ مِنْ مُوَاظَبَتِهِ عَلَى مُخَالَفَةِ الطَّرِيقِ الْمُوَاظَبَةُ عَلَى طَرِيقٍ مِنْهَا مُعَيَّنٍ، لَكِنْ فِي رِوَايَةِ الشَّافِعِيِّ مِنْ طَرِيقِ الْمُطَّلِبِ بْنِ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ حَنْطَبِ مُرْسَلًا أَنَّهُ
ﷺ
كَانَ يَغْدُو يَوْمَ الْعِيدِ إِلَى الْمُصَلَّى مِنَ الطَّرِيقِ الْأَعْظَمِ، وَيَرْجِعُ مِنَ الطَّرِيقِ الْأُخْرَى.
وَهَذَا لَوْ ثَبَتَ لَقَوَّى بَحْثَ ابْنِ التِّينِ،
وَقِيلَ:
فَعَلَ ذَلِكَ لِيَعُمَّهُمْ فِي السُّرُورِ بِهِ أَوِ التَّبَرُّكِ بِمُرُورِهِ وَبِرُؤْيَتِهِ وَالِانْتِفَاعِ بِهِ فِي قَضَاءِ حَوَائِجِهِمْ فِي الِاسْتِفْتَاءِ أَوِ التَّعَلُّمِ وَالِاقْتِدَاءِ وَالِاسْتِرْشَادِ أَوِ الصَّدَقَةِ أَوِ السَّلَامِ عَلَيْهِمْ وَغَيْرِ ذَلِكَ،
وَقِيلَ:
لِيَزُورَ أَقَارِبَهُ الْأَحْيَاءَ وَالْأَمْوَاتَ،
وَقِيلَ:
لِيَصِلْ رَحِمَهُ،
وَقِيلَ:
لِيَتَفَاءَلَ بِتَغَيُّرِ الْحَالِ إِلَى الْمَغْفِرَةِ وَالرِّضَا،
وَقِيلَ:
كَانَ فِي ذَهَابِهِ يَتَصَدَّقُ فَإِذَا رَجَعَ لَمْ يَبْقَ مَعَهُ شَيْءٌ فَيَرْجِعُ فِي طَرِيقٍ أُخْرَى لِئَلَّا يَرُدَّ مَنْ يَسْأَلهُ وَهَذَا ضَعِيفٌ جِدًّا مَعَ احْتِيَاجِهِ إِلَى الدَّلِيلِ،
وَقِيلَ:
فَعَلَ ذَلِكَ لِتَخْفِيفِ الزِّحَامِ وَهَذَا رَجَّحَهُ الشَّيْخُ أَبُو حَامِدٍ وَأَيَّدَهُ الْمُحِبُّ الطَّبَرِيُّ بِمَا رَوَاهُ الْبَيْهَقِيُّ فِي حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ،
فَقَالَ فِيهِ:
لِيَسَعَ النَّاسَ،
وَتُعُقِّبَ بِأَنَّهُ ضَعِيفٌ وَبِأَنَّ قَوْلَهُ:
لِيَسَعَ النَّاسَ يَحْتَمِلُ أَنْ يُفَسَّرَ بِبَرَكَتِهِ وَفَضْلِهِ، وَهَذَا الَّذِي رَجَّحَهُ ابْنُ التِّينِ.
وَقِيلَ:
كَانَ طَرِيقُهُ الَّتِي يَتَوَجَّهُ مِنْهَا أَبْعَدَ مِنَ الَّتِي فِيهَا، فَأَرَادَ تَكْثِيرَ الْأَجْرِ بِتَكْثِيرِ الخطا فِي الذَّهَابِ، وَأَمَّا فِي الرُّجُوعِ فَلْيُسْرِعْ إِلَى مَنْزِلِهِ وَهَذَا اخْتِيَارُ الرَّافِعِيِّ، وَتُعُقِّبَ بِأَنَّهُ يَحْتَاجُ إِلَى دَلِيلٍ وَبِأَنَّ أَجْرَ الْخُطَا يُكْتَبُ فِي الرُّجُوعِ أَيْضًا كَمَا ثَبَتَ فِي حَدِيثِ أُبَيِّ بْنِ كَعْبٍ عِنْدَ التِّرْمِذِيِّ وَغَيْرِهِ، فَلَوْ عُكِسَ مَا قَالَ لَكَانَ لَهُ اتِّجَاهٌ وَيَكُونُ سُلُوكُ الطَّرِيقِ الْقَرِيبِ لِلْمُبَادَرَةِ إِلَى فِعْلِ الطَّاعَةِ وَإِدْرَاكِ فَضِيلَةِ أَوَّلِ الْوَقْتِ،
وَقِيلَ:
لِأَنَّ الْمَلَائِكَةَ تَقِفُ فِي الطُّرُقَاتِ فَأَرَادَ أَنْ يَشْهَدَ لَهُ فَرِيقَانِ مِنْهُمْ،
وَقَالَ ابْنُ أَبِي جَمْرَةَ:
هُوَ فِي مَعْنَى قَوْلِ يَعْقُوبَ لِبَنِيهِ: ﴿لا تَدْخُلُوا مِنْ بَابٍ وَاحِدٍ﴾ فَأَشَارَ إِلَى أَنَّهُ فَعَلَ ذَلِكَ حَذَرَ إِصَابَةِ الْعَيْنِ، وَأَشَارَ صَاحِبُ الْهُدَى إِلَى أَنَّهُ فَعَلَ ذَلِكَ لِجَمِيعِ مَا ذُكِرَ مِنَ الْأَشْيَاءِ الْمُحْتَمَلَةِ الْقَرِيبَةِ وَاللَّهُ أَعْلَمُ.
قَوْلُهُ:
(تَابَعَهُ يُونُسُ بْنُ مُحَمَّدٍ، عَنْ فُلَيْحٍ وَحَدِيثُ جَابِرٍ أَصَحُّ)
. كَذَا عِنْدَ جُمْهُورِ رُوَاةِ الْبُخَارِيِّ من طَرِيقِ الْفَرَبْرِيِّ،
وَهُوَ مُشْكِلٌ لِأَنَّ قَوْلَهُ:
أَصَحُّ يُبَايِنُ قَوْلَهُ: تَابَعَهُ إِذْ لَوْ تَابَعَهُ لَسَاوَاهُ فَكَيْفَ تَتَّجِهُ الْأَصَحِّيَّةُ الدَّالَّةُ عَلَى عَدَمِ الْمُسَاوَاةِ.
وَذَكَرَ أَبُو عَلِيٍّ الْجَيَّانِيُّ أَنَّهُ سَقَطَ قَوْلُهُ:
وَحَدِيثُ جَابِرٍ أَصَحُّ مِنْ رِوَايَةِ إِبْرَاهِيمَ بْنِ مَعْقِلٍ النَّسَفِيِّ، عَنِ الْبُخَارِيِّ،
فَلَا إِشْكَالَ فِيهَا قَالَ:
وَوَقَعَ فِي رِوَايَةِ ابْنِ السَّكَنِ: تَابَعَهُ يُونُسُ بْنُ مُحَمَّدٍ، عَنْ فُلَيْحٍ، عَنْ سَعِيدٍ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ وَفِي هَذَا تَوْجِيهُ قَوْلِهِ أَصَحُّ، وَيَبْقَى الْإِشْكَالُ فِي قَوْلِهِ تَابَعَهُ فَإِنَّهُ لَمْ يُتَابِعْهُ بَلْ خَالَفَهُ،
وَقَدْ أَزَالَ هَذَا الْإِشْكَالَ أَبُو نُعَيْمٍ فِي الْمُسْتَخْرَجِ فَقَالَ:
أَخْرَجَهُ الْبُخَارِيُّ، عَنْ مُحَمَّدٍ،
عَنْ أَبِي تُمَيْلَةَ وَقَالَ:
تَابَعَهُ يُونُسُ بْنُ مُحَمَّدٍ، عَنْ فُلَيْحٍ،
وَقَالَ مُحَمَّدُ بْنُ الصَّلْتِ:
عَنْ فُلَيْحٍ، عَنْ سَعِيدٍ، عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ، وَحَدِيثُ جَابِرٍ أَصَحُّ. وَبِهَذَا جَزَمَ أَبُو مَسْعُودٍ فِي الْأَطْرَافِ، وَكَذَا أَشَارَ إِلَيْهِ الْبَرْقَانِيُّ،
وَقَالَ الْبَيْهَقِيُّ: