Al-Zamakhsharî rapporte, dans son Rabiʿ (1), que Zubayda (2), alors qu’elle se rendait à La Mecque, lut sur un mur ces vers :
« N’y aurait-il donc, parmi les serviteurs d’Allah ou parmi Ses servantes,
un noble qui dissipe l’angoisse d’un esprit égaré ?
Il a bien un regard, mais des paupières enflammées ;
et dans sa poitrine un feu brûle sur des braises ardentes. »
Elle fit le vœu, si elle découvrait l’auteur de ces vers, de tout entreprendre pour l’unir à celle qu’il aimait. Or, tandis qu’elle se trouvait à Muzdalifa, elle entendit quelqu’un les déclamer. On le fit venir ; il confessa les avoir composés pour une cousine que, par serment, sa famille refusait de lui donner en mariage. Zubayda envoya aussitôt des messagers auprès du clan et, prodiguant l’argent, les persuada jusqu’à ce qu’ils consentissent à la noce. Il apparut même que la jeune femme l’aimait plus encore qu’il ne l’aimait elle. Zubayda considérait cette réussite comme l’une de ses plus belles œuvres et disait : « Rien ne m’a jamais réjouie autant que d’avoir uni ce jeune homme et cette jeune fille. »
Al-Kharâʾitî (3) rapporte également que Sulaymân b. ʿAbd al-Malik possédait un esclave et une servante qui s’aimaient. Un jour, le garçon écrivit à la jeune femme :
« Je t’ai vue en songe, comme si tu me faisais goûter
la fraîcheur de ta salive ;
Et ta main tenait la mienne, et l’on eût juré
que nous passions la nuit dans un même lit.
Tout le jour, j’ai fermé les yeux en feignant le sommeil,
espérant te revoir en rêve, sans pourtant parvenir à dormir. » (4)