demeure alors confiné dans l’étroitesse d’une vie oppressante ; car il n’existe de vie heureuse qu’auprès d’Allah.
Il arriva qu’un des amoureux traverse des moments d’extase et dise : « Si les habitants du Paradis goûtent ce que nous ressentons, ils vivent vraiment une existence délicieuse ! » (1)
Un autre affirmait : « Si les rois savaient dans quel état nous sommes, ils nous le disputeraient l’épée à la main. » (2)
Or, même celui dont l’amour est illusoire – un amour qui n’est pour son cœur qu’un supplice (3) – en vient à s’écrier :
« Les hommes ne sont, en vérité, que des passionnés épris de désir ;
il n’est aucun bien en celui qui n’aime ni ne s’enflamme d’amour. » (4)
Un autre encore a dit (5) :
« Fi de ce monde, si jamais
son possesseur n’est ni aimant ni aimé ! » (6)(7)
(1) Déjà mentionné p. 186.
(2) Également mentionné p. 186.
(3) Dans le manuscrit F : « l’amour était… le tourment du cœur et de l’amant ». Dans le manuscrit L : « selon la parole de l’amant ».
(4) Ce vers est d’al-Abbas ibn al-Ahnaf, dans son Diwan, p. 222. L’auteur le lui a attribué dans Rawdat al-muhibbin, p. 282. Voir également Manazil al-ahbab, p. 50, et Madarij al-salikin, vol. 3, p. 212.
(5) Il s’agit plutôt du même poète que pour le vers précédent, comme l’indique Manazil al-ahbab, p. 50. Voir également le Diwan d’al-Abbas, p. 58.
(6) Le manuscrit Z porte : « lorsque cela n’est pas ». Il en va de même dans Manazil al-ahbab et dans le Diwan. Le manuscrit L porte : « tant que cela n’est pas », ce qui est erroné.
(7) Le vers est ainsi rapporté dans le manuscrit S et dans Manazil al-ahbab. Il s’agit d’une variante remaniée : les vers dont celui-ci fait partie relèvent du troisième type du mètre ramal, et le second hémistiche est donné ainsi dans le Diwan, p. 58 : « sahib al-dunya habiban aw muhibb » — « que celui qui possède ce monde soit aimé ou amant ». La version du manuscrit S et de Manazil al-ahbab relève, quant à elle, du premier type. Dans le manuscrit Khā : « muhibban aw habib » ; dans les autres manuscrits : « muhibb aw habib » ; ces deux dernières versions relèvent du deuxième type.