Un homme vint dire à ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb : « Ô Commandeur des croyants, j’ai aperçu une femme et j’en suis tombé passionnément amoureux. » Il lui répondit : « Voilà bien une chose que tu ne maîtrises pas. »
La réponse — et la réussite vient d’Allah — est qu’il faut, dans cette question, distinguer ce qui est factuel de ce qui est autorisé, et ce qui est profitable de ce qui est nuisible. On ne peut donc, d’un bloc, vouer l’amour passionnel au blâme et au rejet, pas plus qu’on ne peut l’encenser et l’agréer de façon générale. Son statut ne devient manifeste et sa réalité ne se dévoile qu’en précisant l’objet auquel il se rattache ; autrement, l’amour passionnel, en soi, n’est ni loué ni blâmé. Nous exposerons donc ce qu’il y a d’utile et ce qu’il y a de nocif dans l’amour, ce qui en est licite et ce qui en est interdit.
Sache que l’amour le plus bénéfique sans aucune restriction, le plus impératif, le plus élevé et le plus noble est l’amour de Celui que les cœurs sont naturellement disposés à aimer et que toute la création, dès son origine, est inclinée à déifier. C’est par cet amour que tiennent la terre et les cieux ; c’est selon lui que les créatures ont été façonnées. Il constitue le secret du témoignage : « Il n’est de divinité qu’Allah. » En effet, la « divinité » est Celui que les cœurs adorent par l’amour, la vénération, l’exaltation, l’humilité et la soumission, et qu’ils servent. Or l’adoration n’est valable que pour Lui seul, et l’adoration consiste en la plénitude de l’amour jointe à la plénitude de l’humilité et de l’abaissement. Associer qui que ce soit à Dieu dans cette servitude représente l’une des pires injustices — un polythéisme (shirk) qu’Allah ne pardonne pas. Allah, exalté soit-Il, est aimé pour Lui-même, sous tous rapports, tandis que tout autre être n’est aimé qu’en raison de l’amour que l’on porte à Lui.
وقال رجل لعمر بن الخطاب: يا امير المؤمنين رأيتُ امرأةً، فعشقتُها. فقال: ذاك ما لا تملك (١).
فالجواب -وبالله التوفيق- أنّ الكلام في هذا الباب لا بد فيه من التمييز بين الواقع والجائز (٢) والنافع والضارّ. ولا يُسجَل (٣) عليه بالذمّ والإنكار ولا بالمدح والقبول من حيث الجملة (٤). وإنما يتبين حكمه وينكشف أمره بذكر متعلَّقه، وإلا فالعشق من حيث هو لا يُحمَد ولا يُذَمّ. ونحن نذكر النافع من الحبّ والضارّ والجائز والحرام.
اعلم أنّ أنفع المحبة على الإطلاق وأوجَبها وأعلاها وأجلّها محبةُ مَن جُبلت القلوب على محبته، وفطرت الخليقة على تألّهه. وبها قامت الأرضَ والسماوات، وعليها فُطِرت المخلوقات. وهي سرّ شهادة أن لا إله إلا الله، فإنّ "الإله" هو الذي تألَهه القلوبُ بالمحبة والإجلال والتعظيم والذلّ والخضوع، وتعبدُه. والعبادة لا تصحّ إلا له وحده، و"العبادة" هي كمال الحبّ مع كمال الخضوع والذلّ. والشركُ في هذه العبودية من أظلم الظلم الذي لا يغفره الله. والله تعالى حيث لذاته من
جميع الوجوه، وما سواه وإنّما يُحَبّ تبعًا لمحبته.
(١) الواضح المبين (٣٠).
(٢) ف: "الواقع الجائز".
(٣) س، ل: "لا يستعجل". والمثبت من ز. وكذا في ف، ولكن يظهر أنه غُيّر.
وأسجل الحكم: أرسله. والمقصود أنه لا يحكم عليه مطلقًا بالمدح أو الذمّ.
قال المصنف في الصواعق المرسلة (٧٩١): "وأسجل عليهم بالكفر والنفاق".
(٤) انظر: روضة المحبين (٣١٠).