…une dot à la mesure de son rang (1) ; qui donc s’en portera garant ? » ʿAbd Allâh b. Muʿammar répondit : « Moi. Dis ce qu’il te plaira ! » Il déclara : « Mille mithqâl d’or, cent habits d’étoffes précieuses et cinq outres d’ambre gris (2). » ʿAbd Allâh dit : « C’est accordé. Consens-tu maintenant ? » — « Oui », répondit-il.
ʿAbd Allâh dépêcha alors quelques Anṣâr à Médine, et ils revinrent avec tout ce qui avait été demandé. Puis l’on prépara le banquet nuptial (walîma) et nous demeurâmes ainsi plusieurs jours. Ensuite il dit : « Prenez votre jeune fille et repartez sous bonne escorte. »
ʿUtba la fit monter dans un houdaj, la pourvut de trente montures chargées de biens et de présents, nous prit congé et nous nous mîmes en route. Lorsqu’il ne resta plus qu’une étape entre nous et Médine, des cavaliers — je les crois de la tribu de Sulaym — surgirent pour nous attaquer. ʿUtba b. al-Ḥabbâb se lança contre eux, tua plusieurs hommes et en renversa d’autres. Il revint cependant, la poitrine transpercée d’un coup dont le sang jaillissait, et s’effondra au sol. Un détachement de secours (3) survint et dispersa les assaillants. ʿUtba venait d’expirer ; nous nous écriâmes : « Hélas, ʿUtba ! » En nous entendant (4), la jeune femme se jeta de son chameau, se mit à crier avec désespoir et déclama (5) :
« Je me suis contrainte à patienter — non que je sois vraiment patiente,
mais je console mon âme en me disant qu’elle te rejoindra.
Si mon esprit était équitable, il se serait hâté vers la mort,
te précédant, avant toute autre créature. »