Ô nuit, tu t’es faite bien longue pour un amoureux que nul, hormis l’aurore, n’assiste ni ne soutient.
Elle me répondit : « Meurs donc de ta propre mort, et sache que la passion n’est que l’humiliation immédiate. »
Il reprit : « Je m’étais levé dès qu’il avait commencé ces vers, et il ne s’arrêta que lorsque j’arrivai auprès de lui. Je vis un jeune homme dans toute la fraîcheur de l’âge ; les larmes avaient creusé deux sillons sur ses joues. Je le saluai. Il dit : “Assieds-toi. Qui es-tu ?” — “ʿAbd Allâh ibn Muʿammar al-Qaysî”, répondis-je.
— “As-tu quelque besoin ?” demanda-t-il.
— “Oui. J’étais assis dans la Rawda lorsque ta voix soudain m’a bouleversé. Par ma vie, je te sacrifierais pour toi ; qu’as-tu donc ?”
Il dit : “Je suis ʿUtba ibn al-Hubâb ibn al-Mundhir ibn al-Jamûḥ al-Anṣârî. Un jour, je me rendis à la mosquée des Coalisés ; j’y accomplis la prière, puis je me retirai un peu à l’écart. Soudain parurent des femmes qui avançaient, légères comme des outardes, et, parmi elles, une jeune fille d’une beauté éblouissante, d’une perfection achevée. Elle s’arrêta devant moi et dit : ‘Ô ʿUtba, que penses-tu de l’union que sollicite celle qui recherche ton union ?’ Puis elle me quitta et s’en alla. Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles, ni pu suivre sa trace, et me voilà égaré, allant d’un lieu à l’autre.”
Sur ces mots, il poussa un cri, s’effondra, évanoui. Lorsqu’il reprit connaissance, ses joues semblaient teintées de carthame ; puis il se mit à réciter :