Par jalousie pour lui, pour sa beauté et pour l’agrément de sa conversation,
je préserve mes regards, ne les posant que sur la rose de ses joues.
Mais lorsque la hampe de l’aurore se dresse,
il s’en va, emportant le sceau de son Seigneur et sa quittance.
Abû Bakr déclara alors : « Que le vizir consigne l’aveu qu’il vient de faire ; qu’il ne l’en libère qu’une fois qu’il aura produit deux témoins attestant qu’il est bien parti muni du sceau de son Seigneur et de sa décharge. »
Ibn Surayj répliqua : « Il m’incombe ici ce qu’il t’incombe à toi-même au sujet de tes propres vers :
Je promène chastement mon regard dans le jardin des charmes,
et j’empêche mon âme d’atteindre ce qui est illicite. »
Le vizir éclata de rire et dit : « Vous avez réuni finesse et esprit. »
Abû Bakr al-Khatîb a rapporté cette anecdote dans son Histoire.
Un jour, il reçut une consultation juridique ainsi rédigée :
Ô Ibn Dâwûd, ô juriste de l’Irak,
donne-nous ton avis au sujet des meurtrières que sont les prunelles ;
Doivent-elles répondre du crime qu’elles commettent,
ou le sang des amants leur est-il licite ?
Il écrivit de sa propre main, au bas des deux vers :
Je détiens la réponse aux questions des amants ;
écoute-la d’un cœur ulcéré, consumé de désir.