…la somme qu’al-Hajjâj avait exigée de ton père, et ‘Umar la lui restitua(1). Il ordonna ensuite que la jeune esclave fût remise au garçon. Puis il lui dit : « Prends garde pour toi-même et pour elle ; il se peut que ton père ait déjà eu commerce avec elle. »
Le jeune homme répondit : « Elle est à toi, ô Commandeur des croyants. »
— « Je n’en ai nul besoin. »
— « Alors achète-la de moi. »
— « Je ne serais plus, dans ce cas, de ceux qui savent retenir leur âme loin du désir. »
Lorsque le garçon s’apprêta à repartir avec l’esclave, celle-ci demanda : « Et ta passion pour moi, ô Commandeur des croyants, qu’en est-il ? » Il répondit : « Elle est restée intacte, et même elle s’est accrue ! » La jeune femme demeura ainsi le tourment secret de ‘Umar jusqu’à sa mort — qu’Allah lui fasse miséricorde.
Tel fut encore le cas d’Abû Bakr Muḥammad(3) ibn Dâwûd al-Zâhirî, ce savant(4) illustre dans les disciplines du fiqh, du hadith, de l’exégèse et de la littérature, auteur d’avis juridiques propres et compté parmi les maîtres éminents ; son histoire d’amour est elle aussi célèbre(5).
Nifṭawayh rapporte : « Je le visitai durant la maladie qui l’emporta et lui demandai : “Comment te sens-tu ?” — “L’amour de celui que tu sais m’a valu l’état où tu me vois”, répondit-il. Je lui dis : “Qu’est-ce qui t’empêche d’en jouir, puisque tu en as la possibilité ?”
Il expliqua : “La jouissance se présente sous deux formes : l’une est le regard permis, l’autre la volupté interdite. Le regard permis, voilà ce qui m’a réduit à l’état où tu me vois. Quant à la volupté interdite, je m’en suis abstenu à cause de ce que mon père m’a transmis : ‘Nous a relaté Suwayd ibn Sa‘îd, relayé par ‘Alî ibn Mushir, d’après Abû Yahyâ al-Qattât, d’après Mujâhid, d’après Ibn ‘Abbâs, attribuant ces paroles au Prophète : Quiconque tombe amoureux, dissimule son amour, demeure chaste et patiente, Allah lui pardonne et l’introduit au Paradis.’”