Ad-Dâʾ wa-ad-DawâʾIbn al-Qayyim

Si cet attrait instinctif n’est pas accompagné de l’espoir d’une union, mais, au contraire, d’un sentiment d’impossibilité, la passion ne voit pas le jour. Et quand cet espoir d’union existe, s’il écarte aussitôt l’idée de son esprit et n’en occupe pas son cœur, la passion ne surgit pas davantage.

S’il persiste toutefois à méditer longuement sur les charmes du bien-aimé, mais qu’à ce travail de l’imagination se joigne une crainte plus forte que le plaisir de l’union – crainte religieuse, par exemple la peur d’entrer en Enfer, de subir la colère du Tout-Puissant ou de charger son compte de péchés – et que cette crainte l’emporte sur l’espoir et la rêverie, la passion ne naît pas.

Lorsque cette crainte religieuse fait défaut, mais qu’une crainte mondaine s’y substitue – peur de perdre sa vie ou son bien, de perdre son honneur, de déchoir aux yeux des gens ou de tomber de l’estime de ceux qui lui sont chers – et que cette appréhension domine l’appel de la passion, elle l’écarte de lui.

Il en va de même s’il redoute de léser un autre être aimé qui lui est plus cher et plus profitable que l’objet convoité ; en faisant primer cette affection sur l’autre, il se préserve de la passion.

(1) Dans F : « et sa réflexion l’en détourna ». (2) Dans Z : « et ne l’occupa pas… » ; l’expression « par lui » est omise dans L. (3) *Talif* est le nom verbal de *talifa* (« périr »), tandis que la forme attestée dans les ouvrages de langue est *talaf*. Cette première forme apparaît toutefois dans les écrits de poètes et d’auteurs postérieurs, notamment dans un vers d’Ibn Zilaq al-Mawsili, écrivain et poète, mort en 660 de l’hégire : « En toi se sont rassemblées, pour les hommes, des épreuves qui concourent à la perte des âmes. » Voir *Fawat al-wafayat*, 4/388. Abu al-Ala a réuni les deux noms verbaux dans ce vers de ses *Luzumiyyat*, 2/105 : « Répare ton affaire avant que sa ruine ne l’atteigne ; car le terme des hommes, en ce monde, est la perte. » Les éditions imprimées portent *itlaf* (« destruction »), ce qui est probablement une altération due à certains copistes ou éditeurs.
فإن لم يقارنه طمع في الوصال، وقارنه الإياس من ذلك؛ لم يحدث له العشق. فإن اقترن به الطمع، فصرفه عن فكره (١) ولم يشتغل قلبه به (٢)؛ لم يحدث له ذلك. فإن أطال مع ذلك الفكر في محاسن المعشوق، وقارنه خوف ما هو أكبر عنده من لذة وصاله: إما خوف ديني كدخول النار، وغضب الجبار، واحتقاب الأوزار؛ وغلب هذا الخوف على ذلك الطمع والفكر، لم يحدث له العشق. فإن فاته هذا الخوف، فقارنه خوف دنيوي، كخوف تَلافِ (٣) نفسه وماله، وذَهاب جاهه وسقوطِ مرتبته عند الناسِ، وسقوطِه من عين من يعزّ عليه؛ وغلب هذا الخوف لداعي العشق = دَفعَه. وكذلك إذا خاف من ذوات محبوبٍ هو أحبّ إليه وأنفع له من ذلك المعشوق، وقدّم محبتَه على محبة المعشوق؛ اندفع عنه العشق.
(١) ف: "فصرفه فكره". (٢) ز: "ولم يشغل … ". و"به" ساقط من ل. (٣) مصدر تلِف، والمذكور في كتب اللغة: التلَف. وقد ورد في كلام الشعراء والكتاب المتأخرين، ومن ذلك قول ابن زيلاق الموصلي الكاتب الشاعر (٦٦٠ هـ) من قصيدة: تجمعتْ فيك للورى فِتنٌ … على تَلافِ النفوس تتّفقُ انظر: فوات الوفيات (٤/ ٣٨٨). وقد جمع أبو العلاء بين المصدرين في قوله من لزومية (٢/ ١٠٥): تلافَ أمرَك من قبل التَلافِ به … فغايةُ الناس في دنياهم التلَفُ وفي النسخ المطبوعة: "إتلاف"، ولعله تغيير من بعض الناسخين أو الناشرين.

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