Si cet attrait instinctif n’est pas accompagné de l’espoir d’une union, mais, au contraire, d’un sentiment d’impossibilité, la passion ne voit pas le jour. Et quand cet espoir d’union existe, s’il écarte aussitôt l’idée de son esprit et n’en occupe pas son cœur, la passion ne surgit pas davantage.
S’il persiste toutefois à méditer longuement sur les charmes du bien-aimé, mais qu’à ce travail de l’imagination se joigne une crainte plus forte que le plaisir de l’union – crainte religieuse, par exemple la peur d’entrer en Enfer, de subir la colère du Tout-Puissant ou de charger son compte de péchés – et que cette crainte l’emporte sur l’espoir et la rêverie, la passion ne naît pas.
Lorsque cette crainte religieuse fait défaut, mais qu’une crainte mondaine s’y substitue – peur de perdre sa vie ou son bien, de perdre son honneur, de déchoir aux yeux des gens ou de tomber de l’estime de ceux qui lui sont chers – et que cette appréhension domine l’appel de la passion, elle l’écarte de lui.
Il en va de même s’il redoute de léser un autre être aimé qui lui est plus cher et plus profitable que l’objet convoité ; en faisant primer cette affection sur l’autre, il se préserve de la passion.