…et envers l’autre ; et l’injustice qu’ils commettent déborde sur autrui, comme nous l’avons expliqué plus haut. Plus grave encore est l’association (shirk) à laquelle ils se livrent ; la passion amoureuse recèle, en vérité, toutes les formes d’injustice.
Si le bien-aimé ne craint pas Allah, il expose l’amoureux à sa perte – injustice supplémentaire de sa part – en nourrissant son espoir, en se parant pour lui et en le séduisant par tous les moyens, jusqu’à lui soutirer son argent et tout avantage. Puis il lui refuse l’accès à sa personne, de crainte que son propre intérêt ne s’évanouisse lorsque le désir aura été assouvi ; il le soumet ainsi au pire tourment. L’amoureux, de son côté, peut aller jusqu’à tuer l’objet de son amour pour se délivrer de lui, surtout si ce dernier accorde ses faveurs à un autre.
Combien la passion a-t-elle fait de victimes des deux côtés ! Combien de bienfaits a-t-elle dissipés, combien d’aisés a-t-elle appauvris, combien de statuts a-t-elle abaissés, combien de familles a-t-elle disloquées ! Combien de foyers et d’enfants d’hommes a-t-elle corrompus ! Lorsqu’une femme voit son époux épris d’une autre, elle se cherche à son tour un amant ; l’homme se retrouve alors partagé entre la ruine de son foyer par le divorce et l’infamie de la qiyâda – jouer l’entremetteur du péché de sa propre épouse. Certains optent pour la première issue, d’autres pour la seconde.
Il incombe donc au sage de ne pas laisser la passion idolâtre pour les apparences s’incruster en lui, de peur qu’elle ne le conduise à toutes ces corruptions, ou à la plupart, ou tout au moins à quelques-unes. Qui s’y abandonne se montre négligent et trompe sa propre personne ; si celle-ci vient à périr, il en sera le responsable. N’étaient ses regards répétés vers le visage convoité et l’espoir d’une union, cette passion n’aurait jamais pu s’emparer de son cœur.
La première cause de la passion est, en effet, l’attrait instinctif – qu’il naisse d’un regard ou d’une audition.