Ad-Dâʾ wa-ad-DawâʾIbn al-Qayyim

Section (1)

Plus l’existence d’une chose est utile au serviteur et plus il en a besoin, plus la souffrance qu’il éprouve lorsqu’il la perd est intense. À l’inverse, plus son absence lui est bénéfique (2), plus sa présence lui devient pénible (3). Or rien, absolument rien, n’est plus profitable au serviteur que de se tourner vers Allah, de se consacrer à Son dhikr (4), de savourer la douceur de Son amour et de mettre Sa satisfaction au-dessus de tout ; en vérité, il n’a de vie, ni de félicité, ni d’allégresse (5), ni de joie qu’en cela. En être privé constitue donc pour lui la plus douloureuse des épreuves et le plus grand des tourments. Si l’âme ne ressent pas cette douleur ni ce châtiment, c’est uniquement parce qu’elle se distrait par autre chose que Lui et s’y absorbe entièrement ; cet objet la détourne alors (6) de la perception de la peine qu’occasionne la perte de ce qui lui est le plus cher et le plus bénéfique.

Le cas ressemble à celui de l’ivrogne entièrement plongé dans son ébriété : sa maison, ses biens, sa famille et ses enfants ont brûlé (7), mais, en raison de son ivresse, il ne sent ni la douleur ni le regret de cette perte (8). Ce n’est que lorsqu’il dessoule, que le voile de l’ivresse se lève et qu’il s’éveille du sommeil provoqué par le vin (9), qu’il prend alors pleinement conscience de sa situation.

(1) Le mot « فصل » (*fasl*, « section ») est omis dans les éditions imprimées. (2) « له » (*lahu*, « pour lui ») est omis dans le manuscrit L. (3) Le manuscrit F porte : « أنفع وأشد » (*anfaʿ wa-ashadd*, « plus profitable et plus intense »), ce qui est une erreur. (4) « بذكره » (*bi-dhikrihi*, « par Son rappel ») est omis dans le manuscrit Z. (5) « ولا سرور » (*wa-la surur*, « ni joie ») est omis dans le manuscrit Z. F ajoute, après « نعيم » (*naʿim*, « délice ») et « سرور » (*surur*, « joie ») : « له » (*lahu*, « pour lui »). (6) Le passage « عن شهود هذا … به » (*ʿan shuhud hadha… bihi*, « de la contemplation de ceci… par lui ») est omis dans le manuscrit F. (7) Le manuscrit S porte : « أحرق » (*ahraq*, « plus brûlant »). (8) « ذلك » (*dhalik*, « cela ») est omis dans le manuscrit F. (9) S porte : « رقدته » (*ruqdatuhu*, « son sommeil ») ; la note marginale indique : « variante : رقدة الخمر » (*raqdat al-khamr*, « le sommeil de l’ivresse »).
فصل (١) وكلّما كان وجود الشيء أنفعَ للعبد وهو إليه أحوج، كان تألّمه بفقده أشدّ. وكلّما كان عدمه أنفع له (٢) كان تألّمه بوجوده أشدّ (٣). ولا شيء على الإطلاق أنفع للعبد من إقباله على الله، واشتغاله بذكره (٤)، وتنعّمه بحبه، وإيثاره لمرضاته؛ بل لا حياة له ولا نعيم ولا سرور (٥) ولا بهجة إلا بذلك. فعدمه آلَمُ شيء له، وأشدّه عذابًا عليه. وإنما يغيّب الروحَ عن شهود هذا الألم والعذاب اشتغالُها بغيره، واستغراقها في ذلك الغير، فتغيب به (٦) عن شهود ما هي فيه من ألم الفوت بفراق أحبِّ شيء إليها وأنفعه لها. وهذا بمنزلة السكران، المستغرقِ في سكره، الذي احترقت (٧) داره وأمواله وأهله وأولاده، وهو لاستغراقه في السكر لا يشعر بألم ذلك (٨) الفوت وحسرته، حتى إذا صحا وكُشِف عنه غطاءُ السكر، وانتبه من رقدة الخمر (٩)، فهو أعلم بحاله حينئذ.
(١) كلمة "فصل" ساقطة من النسخ المطبوعة. (٢) "له" ساقط من ل. (٣) ف: "أنفع وأشد"، وهو غلط. (٤) "بذكره" ساقط من ز. (٥) "ولا سرور" ساقط من ز. وزاد في ف بعد "نعيم" و"سرور": "له". (٦) "عن شهود هذا … به" ساقط من ف. (٧) س: "أحرق". (٨) "ذلك" ساقط من ف. (٩) س: "رقدته"، وفي الحاشية: "خ رقدة الخمر".

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