Section (1)
Plus l’existence d’une chose est utile au serviteur et plus il en a besoin, plus la souffrance qu’il éprouve lorsqu’il la perd est intense. À l’inverse, plus son absence lui est bénéfique (2), plus sa présence lui devient pénible (3). Or rien, absolument rien, n’est plus profitable au serviteur que de se tourner vers Allah, de se consacrer à Son dhikr (4), de savourer la douceur de Son amour et de mettre Sa satisfaction au-dessus de tout ; en vérité, il n’a de vie, ni de félicité, ni d’allégresse (5), ni de joie qu’en cela. En être privé constitue donc pour lui la plus douloureuse des épreuves et le plus grand des tourments. Si l’âme ne ressent pas cette douleur ni ce châtiment, c’est uniquement parce qu’elle se distrait par autre chose que Lui et s’y absorbe entièrement ; cet objet la détourne alors (6) de la perception de la peine qu’occasionne la perte de ce qui lui est le plus cher et le plus bénéfique.
Le cas ressemble à celui de l’ivrogne entièrement plongé dans son ébriété : sa maison, ses biens, sa famille et ses enfants ont brûlé (7), mais, en raison de son ivresse, il ne sent ni la douleur ni le regret de cette perte (8). Ce n’est que lorsqu’il dessoule, que le voile de l’ivresse se lève et qu’il s’éveille du sommeil provoqué par le vin (9), qu’il prend alors pleinement conscience de sa situation.