…un mal d’autant plus grand : il s’inflige la souffrance au moment même où il s’imagine en tirer du plaisir, et il prétend apaiser son cœur par ce qui, en vérité, ne lui vaudra que la maladie la plus aiguë.
Tel est l’état de celui qui limite son regard à l’instant présent sans considérer les conséquences. Or la marque distinctive de l’intelligence est justement de tenir compte de l’issue finale ; le plus sensé des hommes est donc celui qui préfère le plaisir et le repos futurs, durables, aux jouissances immédiates, fugitives et passagères. À l’inverse, la créature la plus déplorable est celle qui a vendu la félicité éternelle, la douceur d’une vie sans fin et la plus grande jouissance – sans aucun trouble ni aucune diminution – pour un plaisir entaché de peines et de craintes, prompt à s’évanouir et rapide à disparaître.
Un savant a dit : « J’ai médité sur ce vers quoi s’efforcent les gens raisonnables, et j’ai vu que tous convergent vers une seule et même quête, bien que leurs voies pour l’atteindre diffèrent : je les ai trouvés cherchant tous à dissiper le souci et l’affliction de leurs âmes. L’un y parvient par la nourriture et la boisson, l’autre par le commerce et le gain, un autre encore par le mariage, tel autre par l’écoute du chant et des mélodies enivrantes, tel autre enfin par le divertissement et le jeu.
« J’ai alors conclu que cette quête est bien celle des esprits avisés, mais qu’aucune de ces voies n’y mène ; la plupart conduisent même à son contraire. Je n’ai trouvé, parmi toutes ces routes, aucune qui y conduise… »