Puis viennent les œuvres surérogatoires ; et l’amoureux ne cesse de les multiplier jusqu’à devenir aimé d’Allah. Lorsqu’il parvient à cet état, l’amour qu’Allah lui porte fait naître en retour, de sa part, un amour supplémentaire pour Allah, supérieur au premier (1). Cet amour occupe alors son cœur, le détourne de toute pensée et de tout souci pour quiconque autre que son Bien-Aimé, s’empare de son âme, et il ne subsiste plus en lui la moindre place pour un autre. Le rappel de son Bien-Aimé, l’amour qu’il Lui voue et l’idéale perfection qu’il Lui reconnaît tiennent désormais les rênes de son cœur, dominent son âme, de la même façon que le Bien-Aimé s’impose à l’amant (2) sincère, chez qui (3) toutes les forces de l’amour se sont rassemblées pour Lui (4).
Il ne fait aucun doute que cet amant, s’il entend, il entend par Son Bien-Aimé ; s’il voit, il voit par Lui ; s’il agit, il agit par Lui ; s’il marche, il marche par Lui. Le Bien-Aimé est alors dans son cœur (5), avec lui, son confident et son compagnon. Ici, la particule bāʾ est la bāʾ de la compagnie (6) ; il s’agit d’une compagnie sans pareille, qu’on ne saurait saisir par la seule information ni par la connaissance théorique : c’est un état vécu, non un simple savoir abstrait.
Or, si la créature ressent déjà cela dans l’amour qu’elle porte à une autre créature (7) — amour pour lequel elle n’a pourtant pas été créée ni façonnée par nature —, comme l’a chanté l’un des amoureux :
« Ton image emplit mes yeux, ton souvenir mes lèvres ;
Et ta demeure est dans mon cœur : où donc pourrais-tu disparaître ? » (8)