pareils à un mirage sur une plaine désertique : l’homme assoiffé le prend pour de l’eau, puis, lorsqu’il y parvient, il ne trouve rien ; toutefois il trouve Allah auprès de lui, Qui lui règle entièrement son compte. Allah est prompt à faire rendre compte. (Coran 24, 39)
Les plus viles ambitions et les âmes les plus basses sont celles qui, au lieu des réalités, se satisfont d’espérances mensongères ; elles les attirent (1) à elles, s’en parent et s’en flattent. Par Allah, ces chimères sont le capital des insolvables et la marchandise des oisifs. Elles sont la seule nourriture (2) d’une âme vide, qui se contente, pour toute union véritable, d’une simple visite de l’imagination, et, pour toute réalité, de mensonges nés de l’espérance, ainsi que l’a dit le poète :
« Les souhaits, s’ils se réalisaient, seraient les plus beaux des souhaits ;
sinon, nous avons quand même vécu grâce à eux dans une aisance durable. » (3)
Ces chimères sont ce qu’il y a de plus nocif pour l’homme : elles procèdent de l’impuissance et de la paresse, et engendrent à leur tour négligence, regrets et remords. Incapable (4) de saisir la réalité de ses sens, celui qui se laisse aller au vain désir en sculpte (5) l’image dans son cœur, l’embrasse, la serre contre lui et se contente d’une union avec une forme imaginaire et fantasmée (6) que son esprit a modelée — ce qui ne lui apporte absolument rien. Il ressemble à l’affamé et à l’assoiffé qui, dans son illusion, se figure mets et breuvages, comme s’il était réellement en train de manger et de boire.