« Ô archer zélé qui décoches les flèches du regard,
c’est toi-même qui meurs sous tes propres traits ; ne vise donc plus !
Et toi qui envoies tes yeux en quête d’un remède,
retiens ton messager : qu’il ne te revienne pas porteur de ta perte. » (1)
Plus étonnant encore, le regard entaille le cœur ; il ajoute plaie sur plaie, et la douleur même ne l’empêche pas d’en redemander. J’ai, sur ce thème, composé ces vers :
« Tu poursuis sans cesse un regard après l’autre,
sur les traces de toute beauté, féminine ou masculine ;
Tu crois panser ainsi ta blessure, alors qu’en vérité
tu n’ajoutes qu’une meurtrissure à une meurtrissure.
Tu as mis ton œil à mort par tes regards et tes pleurs ;
quant à ton cœur, il gît immolé — quelle immolation ! » (2)
On a dit : « Il est plus facile d’emprisonner ses regards que d’endurer des regrets sans fin. » (3)
Section
Quant aux pensées furtives, leur affaire est plus délicate : elles forment l’origine du bien comme du mal, et d’elles naissent volontés, aspirations et résolutions. Qui veille sur ses pensées tient les rênes de son âme et dompte sa passion ; mais celui qu’elles dominent voit sa passion et son âme l’emporter sur lui. Et quiconque les néglige se voit inéluctablement conduit à la perdition.
Ces pensées n’en finissent pas de rôder autour du cœur jusqu’à se muer en vains désirs :