Ad-Dâʾ wa-ad-DawâʾIbn al-Qayyim

« Ô archer zélé qui décoches les flèches du regard,
c’est toi-même qui meurs sous tes propres traits ; ne vise donc plus !
Et toi qui envoies tes yeux en quête d’un remède,
retiens ton messager : qu’il ne te revienne pas porteur de ta perte. » (1)

Plus étonnant encore, le regard entaille le cœur ; il ajoute plaie sur plaie, et la douleur même ne l’empêche pas d’en redemander. J’ai, sur ce thème, composé ces vers :

« Tu poursuis sans cesse un regard après l’autre,
sur les traces de toute beauté, féminine ou masculine ;
Tu crois panser ainsi ta blessure, alors qu’en vérité
tu n’ajoutes qu’une meurtrissure à une meurtrissure.
Tu as mis ton œil à mort par tes regards et tes pleurs ;
quant à ton cœur, il gît immolé — quelle immolation ! » (2)

On a dit : « Il est plus facile d’emprisonner ses regards que d’endurer des regrets sans fin. » (3)

Section

Quant aux pensées furtives, leur affaire est plus délicate : elles forment l’origine du bien comme du mal, et d’elles naissent volontés, aspirations et résolutions. Qui veille sur ses pensées tient les rênes de son âme et dompte sa passion ; mais celui qu’elles dominent voit sa passion et son âme l’emporter sur lui. Et quiconque les néglige se voit inéluctablement conduit à la perdition.

Ces pensées n’en finissent pas de rôder autour du cœur jusqu’à se muer en vains désirs :

(1) Dans le manuscrit S : « Retenez votre messager. » Ces deux vers figurent dans *al-Rawda* (p. 195), avec la variante : « Prenez-vous-en garde, car il vient à vous. » Ils sont également cités parmi d’autres vers dans *al-Bada’i* (p. 818), avec la variante : « Prenez-vous-en garde, car il revient. » (2) Dans le manuscrit S : « et tu as égorgé » ; sa marge signale cette variante. On y trouve également : « immolé, fils d’immolé ». Le manuscrit L porte : « tel un immolé, fils d’immolé » ; ces deux formulations sont des altérations. (3) Les bienfaits du fait de détourner le regard seront exposés p. 416.
يا راميًا بسهام اللحظ مجتهدًا … أنتَ القتيلُ بما تَرمي فلا تُصِبِ وباعثَ الطرْفِ يرتاد الشفاءَ له … احبِسْ رسولك لا يأتيك بالعطب (١) وأعجب من ذلك أنّ النظرة تجرح القلبَ، فيتبعُها جرحًا على جرح، ثم لا يمنعه ألمُ الجراحة من استدعاء تكرارها. وَلي أيضًا في هذا المعنى: ما زلتَ تُتبِعُ نظرةً في نظرةٍ … في إثر كلِّ مليحةٍ ومليحِ وتظنّ ذاك دواءَ جرحك وَهْو في التـ … ـحقيق تجريحٌ على تجريحِ فذبحتَ طرفَك باللِّحاظِ وبالبكا … فالقلبُ منك ذبيحٌ ايُّ ذبيحِ (٢) وقد قيل: حبسُ اللحَظاتِ أيسرُ من دوام الحسَرات (٣). فصل وأما الخطرات فشأنها أصعب، فإنّها مبدأ الخير والشرّ، ومنها تتولّد الإرادات والهمم والعزائم. فمن راعى خطراتِه ملَكَ زمامَ نفسه، وقهر هواه. ومن غلبته خطراتُه فهواه ونفسه له أغلَب، ومن استهان بالخطرات قادته قسرًا إلى الهلكات. ولا تزال الخطرات تتردّد على القلب حتى تصير مُنًى باطلة:
(١) س: "احبس بريدك". والبيتان في الروضة (١٩٥) وفيه: "توقّه إنه يأتيك"، وضمن أبيات في البدائع (٨١٨)، وفيه: "توقّه إنّه يرتدّ". (٢) س: "وذبحت" وفي حاشيتها أشير إلى هذه النسخة. وفيها أيضًا: "ذبيح ابن ذبيح". وفي ل: "مثل ذبيح بن ذبيح" وكلاهما تحريف. (٣) وسيأتي الكلام على فوائد غضّ البصر في ص (٤١٦).

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