Tant que le serviteur promène ses yeux et les fait courir
vers le regard des beautés, il reste suspendu au danger.
Sa prunelle se réjouit de ce qui lèse son âme ;
malheur à une joie qui revient chargée de tort.
Parmi les fléaux du regard, il y a qu’il fait naître les regrets, les soupirs et les brûlures : l’homme se met à contempler ce qu’il n’a ni le pouvoir d’obtenir ni la force de supporter. C’est là l’un des châtiments les plus rudes : voir ce dont tu ne peux te détourner, tout en étant incapable d’en atteindre la moindre part.
Le poète a dit :
« Chaque fois que tu laisses ton œil partir en éclaireur
pour ton cœur, les images finissent par t’épuiser ;
tu verras alors ce dont tu n’es pas entièrement capable,
et dont tu ne sauras point te passer, ne fût-ce qu’en partie. »
Ce vers réclame une explication : il entend montrer que tu aperçois ce dont tu ne saurais t’abstenir en rien, tout en étant incapable d’en obtenir quoi que ce soit. En affirmant : « Tu n’es pas capable de l’ensemble », il nie ta capacité sur le tout, négation qui n’est valable que si la capacité est également refusée pour chacune des parties.