Il ajoute : « À cette brèche se présentent pour vous deux affaires (1) d’une importance capitale, et peu vous importe laquelle vous remportez. La première : amener l’homme à prononcer le faux ; car celui qui parle avec fausseté est l’un de vos frères, l’un de vos plus grands soldats et auxiliaires.
Quant à la seconde (2) : le faire taire lorsqu’il s’agit de vérité ; celui qui se tait sur la vérité est votre frère muet, comme le premier est votre frère qui s’exprime, et il se peut que ce frère muet soit pour vous le plus profitable. N’avez-vous pas entendu la parole du conseiller : “Celui qui parle avec fausseté est un diable qui s’exprime, et celui qui se tait sur la vérité est un diable muet” (3) ?
Veillez donc, veillez donc à cette brèche : qu’il parle selon la vérité ou qu’il retienne sa langue du faux (4). Embellissez-lui la parole mensongère par tous les moyens, et effrayez-le, par tous les moyens, de prononcer la vérité.
Sachez, ô mes fils, que la brèche de la langue est celle par laquelle je fais périr les fils d’Adam ; c’est par elle que je les précipite, la face la première (5), dans le Feu. Combien de tués, de prisonniers et de blessés ai-je capturés par cette brèche !
Je vous fais (6) maintenant une recommandation, retenez-la : qu’un de vous inspire un mot à la langue de son frère humain, tandis qu’un autre se place sur la langue de l’auditeur, afin que celui-ci le répète en l’approuvant. »