…il a encore besoin d’un autre élément : la garde vigilante, la murâbata. Elle consiste à demeurer de façon continue au poste avancé du cœur pour le protéger afin que l’ennemi n’y pénètre pas, et à surveiller également les avant-postes de l’œil, de l’oreille, de la langue, du ventre, de la main et du pied. Par ces brèches l’ennemi s’infiltre, parcourt les demeures et corrompt tout ce qu’il peut atteindre ; la murâbata revient donc à rester stationné à ces points sensibles sans jamais les déserter, de peur que l’ennemi ne trouve la brèche inoccupée et n’y pénètre.
Tels furent les Compagnons du Messager d’Allah — que la paix et la bénédiction soient sur lui —, les meilleures créatures après les prophètes et les envoyés, et les plus vigilants dans la protection contre Satan. Pourtant, le jour de Uḥud, ils abandonnèrent la position qu’on leur avait ordonné de garder ; l’ennemi s’y engouffra et il advint ce qui advint.
La synthèse de ces trois notions et la colonne qui les porte, c’est la crainte révérencielle d’Allah (taqwâ). Sans taqwâ, ni la patience, ni la rivalité dans la patience, ni la garde vigilante ne sont d’aucune utilité ; et la taqwâ elle-même ne se tient que sur le pilier de la patience.
Considère donc, en toi-même, la rencontre des deux armées, l’alignement des deux camps, et vois comment, tantôt, la victoire t’est accordée et, tantôt, c’est l’ennemi qui prend l’avantage.
Voici que le roi de l’impiété s’avance avec ses soldats et ses troupes ; il trouve le cœur retranché dans sa forteresse, assis sur le trône de son royaume ; ses ordres sont exécutés par ses auxiliaires et son armée l’entoure de tous côtés,