Tels deux nourrissons abreuvés au même sein maternel, nous avons scellé, au cœur d’une nuit d’encre, un pacte qui nous interdit à jamais de nous séparer (1).
Puis le Très-Haut nous informe que Satan détourne son compagnon et protégé du sentier qui mène à Lui et à Son Paradis, tandis que ce malheureux ainsi écarté s’imagine suivre la bonne direction. Mais lorsque ces deux compagnons se présenteront, au Jour de la Résurrection, l’un dira à l’autre : « Puise entre toi et moi une distance comparable à celle qui sépare l’Orient de l’Occident ! Quel exécrable compagnon tu fus pour moi en ce bas-monde ! Tu m’as fait dévier de la guidée après qu’elle m’était parvenue, tu m’as barré l’accès à la vérité, tu m’as égaré jusqu’à ma perte ; et tu demeures aujourd’hui un bien misérable compagnon (2). »
Or, dans la vie d’ici-bas, le fait de partager une épreuve avec autrui procure d’ordinaire un certain allègement et quelque consolation. Le Très-Haut nous apprend que rien de tel n’existera pour ceux qui seront associés dans le châtiment : aucun des deux ne trouvera le moindre soulagement ni la plus petite joie à voir son compagnon subir le même supplice. Dans ce monde, les malheurs généralisés finissent parfois par devenir une source de réconfort, ainsi qu’al-Khansâ’ le déclara en pleurant son frère Sakhr :
« N’eût été la multitude des pleureurs autour de moi
pleurant leurs frères, je me serais donné la mort ;
Ils ne pleurent pas un frère égal au mien,
mais je console mon âme en partageant leur deuil. » (3)
Aussi Allah — exalté soit-Il — a-t-Il privé les hôtes de l’Enfer de ce reste de réconfort lorsqu’Il dit : « Aujourd’hui, du fait de l’injustice que vous avez commise, votre complicité dans le châtiment ne vous sera d’aucun secours. » (sourate Az-Zukhruf, 39)
رضيعَي لِبانٍ ثديَ أم تقاسما … بأسحمَ داجٍ عوضُ لا نتفرَّقُ (١)
ثم أخبر سبحانه أن الشيطان يصدّ قرينه ووليّه عن سبيله الموصل إليه وإلى جنّته، ويحسب هذا الضالُّ المصدودُ أنّه على طريق هدىً، حتى إذا جاء القرينان يوم القيامة يقول أحدهما للآخر: يا ليت بيني وبينك بعدَ المشرقين، فبئس القرين كنتَ لي في الدنيا! أضللتَني عن الهدى بعد إذ جاءني، وصددتَني عن الحقّ، وأغويتَني حتّى هلكتُ، وبئس القرين أنت لي (٢) اليوم! ولمّا كان المصابُ إذا شاركه غيرُه في مصيبته حصل بالتأسّي نوعُ تخفيفٍ وتسليةٍ = أخبر سبحانه أنّ هذا غير موجود وغير حاصل في حقّ المشتركين في العذاب، وأنّ القرين لا يجد راحةً ولا أدنى فرح (٣) بعذاب قرينه معه، وإن كانت المصائب في الدنيا إذا عمَّتْ صارت مَسْلاةً كما قالت الخنساء في أخيها صخر:
فلولا كثرةُ الباكين حولي … على إخوانهم لقتلتُ نفسي
وما يبكون مثل أخي ولكن … أعزّي النفسَ عنه بالتأسّي (٤)
فمنع الله سبحانه هذا القدرَ من الراحة عن أهل النار فقال: ﴿وَلَنْ يَنْفَعَكُمُ الْيَوْمَ إِذْ ظَلَمْتُمْ أَنَّكُمْ فِي الْعَذَابِ مُشْتَرِكُونَ (٣٩)﴾ [الزخرف: ٣٩].
(١) للأعشى في ديوانه (٢٧٥).
(٢) "لي" ساقط من ف.
(٣) س، ف: "فرج".
(٤) ديوان الخنساء (٣٢٦) وقد زيد في بعض الطبعات بيت ثالث لم يرد في النسخ التي بين أيدينا.