De même, le cœur se couvre de rouille sous l’effet des péchés, il se gâte, devient perclus de maladies ; lorsque son détenteur veut alors s’en servir pour affronter l’ennemi, il ne trouve plus en lui la moindre force. Or le serviteur ne combat, n’attaque et ne s’élance qu’avec son cœur, tandis que les membres suivent son mouvement ; si le souverain de ces membres est privé de la puissance qui repousse l’adversaire, que peut-on attendre d’eux ? Il en va de même de l’âme : elle s’amollit sous l’emprise des passions et des désobéissances et s’affaiblit – j’entends par là l’âme apaisée – tandis que l’âme incitatrice, elle, se fortifie et devient féroce. Plus l’une s’affirme, plus l’autre dépérit ; le commandement et la direction reviennent alors à l’âme incitatrice. Il peut même arriver que l’âme apaisée meure d’une mort après laquelle aucune résurrection n’est espérée : cet homme est mort dans ce monde, mort dans le barzakh, et il ne vivra pas non plus dans l’au-delà d’une vie dont il puisse tirer profit ; sa vie ne sera qu’une existence qui ne lui fera sentir que la douleur. En somme, lorsque le serviteur est saisi d’une détresse, d’une angoisse ou d’une calamité, son cœur, sa langue et ses membres le trahissent précisément dans ce qui lui serait le plus salutaire : son cœur ne se tourne pas vers le tawakkul (l’abandon confiant) en Allah, le retour vers Lui, la pleine concentration sur Lui, la supplication, l’humilité et l’abaissement devant Sa Majesté. Sa langue, elle non plus, ne se plie pas au rappel divin ; et s’il prononce malgré tout le dhikr, son cœur et sa langue ne font pas corps : le cœur ne se fixe pas sur la langue de façon que l’invocation produise son effet, et ni le cœur ni la langue ne restent attachés à Celui qui est rappelé. Quand il Le mentionne ou L’implore, il Le fait avec un cœur distrait, inattentif, insouciant. Et s’il voulait mobiliser ses membres pour une obéissance capable de le protéger, ils ne se soumettraient pas à son ordre et ne coopéreraient pas avec lui.
كذلك القلب يصدأ بالذنوب ويجرَب، ويصير مُثخَنًا بالمرض، فإذا احتاج إلى محاربة العدو به (١) لم يجد معه (٢) شيئًا. والعبد إنّما يحارب ويصاول (٣) ويُقدِم بقلبه، والجوارح تَبَعٌ للقلب، فإذا لم يكن عند ملِكها قوة يدفع بها، فما الظنّ بها! وكذلك النفس، فإنّها تتخنّث بالشهوات والمعاصي، وتضعف، أعني النفس المطمئنة، وإن كانت الأمّارة تقوى وتتأسّد. وكلّما قويت هذه ضعفت تلك، فيبقى الحكم والتصرّف للأمّارة. وربما ماتت نفسه المطمئنّة موتًا لا يرجى معه حياة، فهذا ميّت في الدنيا، ميّت في البرزخ، غير حيّ في الآخرة حياةً ينتفع بها، بل حياتُه حياةٌ يدرك بها الألم فقط. والمقصود أنّ العبد إذا وقع في شدّة أو كربة أو بلية خانه قلبُه ولسانُه وجوارحُه عمّا هو أنفع شيء له (٤)، فلا ينجذب قلبه للتوكّل على الله، والإنابة إليه، والجمعيّة عليه، والتضرّع والتذلّل والانكسار بين يديه. ولا يطاوعه لسانه لذكره، وإن ذكره بلسانه لم يجمع بين قلبه ولسانه، فينحبسَ القلب على اللسان بحيث يؤثّر (٥) الذكر، ولا ينحبسُ القلب واللسان (٦) على المذكور، بل إن ذكَرَ أو دعا ذكَرَ بقلب لاهٍ ساهٍ غافل. ولو أراد من جوارحه أن تعينه بطاعة تدفع عنه لم تنقَدْ له، ولم تطاوعه.
(١) "به" ساقط من ل. (٢) ما عدا س: "معه منه". (٣) س: "يحارب يقاتل" كذا دون واو العطف. (٤) "له" ساقط من ز. (٥) زاد بعضهم قبل "يؤثر" في ف: "لا". (٦) في ل: "القلب على اللسان"، خطأ.