…maîtriser son âme et sa volonté ; il les emploie pour ce qui lui est profitable et les retient loin de ce qui lui nuit. C’est à ce niveau que divergent les connaissances, les aspirations et les positions des hommes : le plus savant est celui qui connaît en détail les causes du bonheur et de la misère, le plus clairvoyant est celui qui préfère les premières aux secondes, tandis que le plus insensé est celui qui fait l’inverse.
Les désobéissances trahissent le serviteur précisément lorsqu’il a le plus besoin de lui-même pour acquérir ce savoir et privilégier la part la plus noble, la plus élevée et la plus durable, plutôt que la part vile, inférieure et passagère. Ses fautes le voilent alors de la perfection de cette science et l’écartent de ce qui devrait primer et lui être le plus utile dans les deux demeures.
Ainsi, lorsqu’il tombe dans une situation détestable et qu’il doit s’en dégager, son cœur, son âme et ses membres le trahissent. Il ressemble à un homme muni d’une épée rongée par la rouille, collée à son fourreau de sorte qu’elle ne se dégage pas quand il la tire ; un ennemi survient pour le tuer, il saisit la poignée de l’épée et s’efforce de la dégainer, mais elle ne vient pas. L’adversaire fond alors sur lui et s’empare de lui.