…du séjour définitif (dar al-qarar) ; ainsi, les uns vivent dans la félicité, tandis que les autres sont voués au brasier. Or, qu’est-ce que le délice sinon le délice du cœur ? Et qu’est-ce que le châtiment sinon le châtiment du cœur ?
Quel supplice, en vérité, serait plus âpre que la peur, l’angoisse, la tristesse, l’oppression de la poitrine, le fait de se détourner d’Allah et de la demeure dernière, de s’attacher à autre qu’Allah, d’être coupé d’Allah, le cœur éparpillé, ayant dans chaque vallée une ramification ? Tout (1) ce à quoi l’homme s’accroche et qu’il aime en dehors d’Allah le soumettra au pire des tourments.
Ainsi, quiconque aime quelque chose (2) hors d’Allah est châtié par cette chose même (3) à trois reprises dans ce bas-monde : il en pâtit avant de l’obtenir, jusqu’à ce qu’il l’obtienne ; lorsqu’il l’a obtenu, il en pâtit encore, redoutant qu’on ne le lui retire ou qu’il ne le perde, subissant amertume, contrariétés et toutes sortes d’oppositions ; et, s’il en est finalement privé, son tourment (4) s’en trouve aggravé. Voilà donc trois formes de châtiment dans cette demeure d’ici-bas.
Dans le barzakh, le supplice s’accompagne de la douleur d’une séparation dont il ne peut plus espérer (5) le retour, de la douleur d’avoir manqué la félicité immense qu’il aurait pu goûter, occupé qu’il était à son contraire, de la douleur d’être voilé loin d’Allah et de celle du regret qui déchire les entrailles. L’inquiétude, l’affliction, la brûlure du remords et la tristesse travaillent leurs âmes comme insectes venimeux et vers travaillent leurs corps ; leur action sur les âmes est même continue et ininterrompue, jusqu’à ce qu’Allah les restitue à leurs enveloppes charnelles, moment où le châtiment bascule alors dans une forme plus redoutable et plus amère encore.