des vies est celle des esseulés, tenaillés par la peur, tandis que la plus douce est celle des cœurs qui jouissent de l’intimité. Si l’homme doué de raison examinait et mettait en balance la volupté du péché avec la crainte et la désolation qu’il engendre, il reconnaîtrait la déchéance de son état et l’ampleur de sa perte : il a troqué l’intimité, la sécurité et la douceur de l’obéissance contre la solitude du péché et la peur qu’elle suscite.
Si donc tes fautes t’ont rendu farouche…, délaisse-les quand bon te semblera et retrouve la compagnie !
Le secret de toute cette affaire est que l’obéissance rapproche du Seigneur ; plus ce rapprochement s’intensifie, plus l’intimité se renforce. À l’inverse, la désobéissance éloigne du Seigneur ; plus l’éloignement grandit, plus la solitude s’aggrave. C’est ainsi que le serviteur ressent un malaise intérieur vis-à-vis de son ennemi, en raison de la distance qui les sépare, fût-il physiquement à ses côtés, tandis qu’il éprouve affection et proximité envers celui qu’il aime, quand bien même un long intervalle les tienne éloignés.
La solitude provient du voile qui s’interpose ; plus ce voile s’épaissit, plus la solitude grandit. L’insouciance la provoque, plus forte encore est celle qui naît du péché, et plus terrible encore celle qui découle du polythéisme (shirk) et de la mécréance. Quiconque s’adonne à l’un de ces états voit la solitude l’envahir à proportion de son implication ; elle se lit sur son visage, envahit son cœur : il se sent isolé et autrui se sent mal en sa présence.