ʿAbd Allâh b. Aḥmad rapporte dans le Kitâb az-Zuhd (Le Livre de l’ascétisme) rédigé par son père (1), d’après Muḥammad b. Sîrîn, que, lorsqu’il fut accablé de dettes, il en ressentit une grande angoisse et déclara : « Je sais bien que ce chagrin provient d’un péché que j’ai commis il y a quarante ans ! »
Voici, à ce propos, une remarque subtile où beaucoup se méprennent à propos du péché : n’en percevant pas l’effet sur-le-champ, ils ne s’en inquiètent pas ; or son influence peut se manifester plus tard, être oubliée (2), et le serviteur s’imagine alors qu’il n’en subsistera plus la moindre trace (3), persuadé que la situation est, comme l’a dit le poète :
« Si, en s’écroulant, un mur ne soulève pas de poussière,
aucune poussière ne s’élèvera après sa chute. » (4)
Gloire à Allah ! Combien cette calamité (6) a-t-elle anéanti de créatures ! Combien de bienfaits a-t-elle fait disparaître ! Combien de fléaux a-t-elle attirés !
Et que de savants s’y sont laissé prendre, a fortiori les ignorants ! (7) L’homme trompé ne réalise pas que le péché finit toujours par le ronger, fût-ce après un long délai, tout comme le poison travaille sourdement, ou comme une blessure refermée sur du pus et de la corruption finit par se rouvrir.