Il est encore, parmi ces dupes, ceux que trompe la doctrine de l’irjâ’ : ils soutiennent que la foi se réduit à la seule adhésion intérieure, que les œuvres n’en font pas partie et que la croyance du plus débauché des hommes équivaut à celle de Gabriel et de Mikaël.
D’autres se laissent abuser par l’amour qu’ils professent pour les pauvres, les maîtres spirituels et les hommes pieux ; ils ne cessent de fréquenter leurs tombeaux, de les implorer, de rechercher leur intercession, de se rapprocher d’Allah par leur entremise et de Le supplier « par leur droit et leur dignité auprès de Lui ».
Certains encore mettent leur confiance dans leurs pères et aïeux, persuadés que ceux-ci jouissent auprès d’Allah d’un rang et d’une droiture tels qu’ils ne manqueront pas de les sauver, à l’image de ce qui se passe dans les cours royales : le roi pardonne aux fils et aux proches de ses favoris, et si l’un d’eux se trouve mêlé à quelque affaire grave, son père ou son grand-père le tire d’affaire grâce à son crédit et à sa position.
D’autres enfin s’illusionnent en se disant qu’Allah n’a nul besoin de punir Ses créatures ; Son châtiment, pensent-ils, n’ajoute rien à Sa royauté et Sa miséricorde ne l’amoindrit en rien. Ils raisonnent ainsi : « Je suis contraint de recourir à Sa miséricorde, et Lui est le plus Riche des riches. » Imaginons qu’un indigent, réduit à l’extrémité et avide d’une simple gorgée d’eau, s’adresse à quelqu’un dont la maison est bordée d’un canal qui coule : celui-ci ne la lui refuserait pas. Allah est certes plus Généreux et plus Large encore ; Son pardon ne Lui retranche rien et Son châtiment n’ajoute rien à Sa souveraineté.