L’intérêt consiste en ce qui s’oppose à la corruption. Dès lors que cet intérêt est en soi licite, l’objectif est atteint et la recommandation d’une telle visite nécessite une preuve supplémentaire. Or la différence entre la visite des croyants et celle des mécréants est notoire : l’invocation pour les croyants est un droit qui leur est dû, de même que la visite de leurs malades et l’accompagnement de leurs convois funèbres. Quand bien même nous admettrions qu’il est permis de rendre visite à un malade dhimmî, cela ne constitue pas pour lui un droit comparable à celui du musulman. Quant à ses funérailles, la Sunna veut que l’on enfourche sa monture et que l’on marche devant le cortège, car on ne doit pas le suivre ; c’est ce qui a été rapporté d’‘Umar ibn al-Khattâb – qu’Allah l’agrée – et confirmé par le ḥadith d’al-Mughîra ibn Shu‘ba : « Le cavalier se tient derrière le convoi funèbre, ou à sa droite, ou à sa gauche, à proximité de celui-ci », ḥadith rapporté par al-Tirmidhî. Dans un autre ḥadith consigné dans les Sunan, le Prophète – paix et salut d’Allah sur lui – a dit : « Ne fait pas partie (du cortège) celui qui le précède ; ainsi, quiconque monte (sa monture) et le précède n’est pas son suiveur. » À supposer même que l’ordre donné après une interdiction implique, de façon générale, une obligation, les musulmans sont unanimes, à la lumière de ce ḥadith, pour reconnaître qu’il ne s’agit pas ici d’une obligation, d’autant que cet ordre fut motivé par la visite de la tombe de sa mère. Par consensus également, les musulmans ne sont pas tenus de visiter leurs proches non-musulmans. Quant à la divergence existant entre musulmans – la visite des tombes est-elle recommandée, simplement permise ou réprouvée ? – nul n’en a affirmé l’obligation. Il apparaît donc que les textes cités ne concernent pas le point en litige, à savoir la prétendue recommandation de voyager afin de visiter les tombes des Prophètes et des vertueux pour les invoquer et solliciter leur secours. Tel est bien le but de ces voyageurs ; ils ne cherchent ni à prier Allah pour ces défunts ni à implorer le pardon en leur faveur ; au contraire, certains interdisent même cela, jugeant impensable que de telles personnalités aient besoin des invocations des vivants. Il en est même parmi eux qui, lorsqu’on leur dit : « Adresse tes salutations à untel », le réprouvent et répondent : « Que la paix vienne sur nous de la part d’untel ! », les élevant ainsi au rang de divinités. Or nul ne répond aux invocations, ne dissipe les détresses, ne fait descendre la subsistance, ne guide les cœurs et ne pardonne les péchés en dehors d’Allah, l’Unique, sans associé ; comme Il a dit : « Et qui donc pardonne les péchés sinon Allah ? » (Âl ʿImrân, 135). Il dit aussi : « Dis : “Qui vous pourvoit de subsistance venant du ciel et de la terre ? Qui détient l’ouïe et la vue ? …” – jusqu’à Sa parole : “… Comment donc vous laissez-vous détourner ?” » Et Il dit encore : « Dis : “Invoquez ceux que vous prétendez (être des divinités) en dehors de Lui ; ils ne détiennent pas le pouvoir de dissiper votre malheur …” – jusqu’à Sa parole : “… redouté.” » (Al-Isrâ’, 56-57). Ces versets englobent toute créature invoquée en dehors d’Allah, fût-elle croyante parmi les anges, les humains ou les djinns ; les pieux prédécesseurs les ont interprétés dans cette acception générale. Ibn Masʿûd a dit : « Des gens parmi les humains adoraient un groupe de djinns ; les djinns embrassèrent l’Islam tandis que les autres persévérèrent dans leur adoration, si bien que ce verset fut révélé. » (1) Al-Suddî rapporte également, d’après Abû Ṣâliḥ, d’après Ibn ʿAbbâs : « Il s’agit de ʿÎsâ, de sa mère et de ʿUzayr. » Il ajouta : « Ils ont mentionné qu’ils s’étaient choisi des divinités, c’est-à-dire lorsqu’ils adorèrent les anges, le Messie – sur lui la paix – et ʿUzayr. » Allah – Exalté soit-Il – dit alors : « Ceux qu’ils invoquent recherchent eux-mêmes un moyen (d’approche) vers leur Seigneur… » (Al-Isrâ’, 57). Et Il – Exalté soit-Il – a dit encore : « Il ne vous ordonnerait pas de prendre les anges et les prophètes comme seigneurs ; vous ordonnerait-Il donc la mécréance après… »
(1) Rapporté par al-Bukharî (n° 4714, 4725) et Muslim (n° 3030).
المصلحة ما عارض المفسدة، وحينئذ فإن كانت مباحة حصل المقصود، واستحباب مثل هذه الزيارة يفتقر إلى دليل آخر، فالفرق بين زيارة المؤمنين والكفار فرق معلوم، فإن الدعاء للمؤمنين حقّ لهم؛ كعيادة مرضاهم وتشييع جنائزهم، ونحن إن جوّزنا أن يعاد المريض الذميّ فليس ذلك حقا له كالمسلم، وأما جنازته فإن السنة أن يركب ويمشي أمامها فإنه لا يكون تابعا لها، كما نقل مثل ذلك عن عمر بن الخطاب رضي الله عنه، ودلّ عليه حديث المغيرة بن شعبة؛ الراكب خلف الجنازة وعن يمينها ويسارها، وقريبا منها، رواه الترمذي. وفي الحديث الآخر الذي في السنن عن النبي صلى الله عليه وسلّم: ليس منها من تقدمها، فإذا ركب وتقدّمها لم يكن تابعا لها. ولو قدّر أن الأمر بعد الحظر يقتضي عند الإطلاق الوجوب؛ ففي هذا الحديث قد اتفق المسلمون على أنه ليس للوجوب، لا سيما وسببه زيارة قبر أمه. ولا يجب على المسلمين زيارة أقاربهم الكفار باتفاق المسلمين. وأما النزاع بين المسلمين؛ هل زيارة القبور مستحبة أو مباحة أو منهي عنها؟ لم يقل أحد بوجوبها. فتبين أن ما ذكره ليس فيه ما يدلّ على محل النزاع؛ وهو استحباب السفر إلى زيارة قبور الأنبياء والصالحين لدعائهم والرغبة إليهم، إذ هذا مقصود المسافرين، ليس مقصودهم الدعاء لهم والاستغفار لهم، بل قد ينهون عن ذلك، ويستعظمون أن مثل هؤلاء يحتاجون إلى دعاء الأحياء، ومنهم من إذا قيل له: سلّم على فلان. ينهى عن ذلك، ويقول: السلام علينا من فلان، فيتخذونهم أربابا. فإنه لا يجيب الدعوات، ويفرج الكربات، وينزّل الرزق، ويهدي القلوب، ويغفر الذنوب، إلا الله وحده لا شريك له. كما قال تعالى: وَمَنْ يَغْفِرُ الذُّنُوبَ إِلَّا اللَّهُ [آل عمران: ١٣٥] . وقال تعالى: قُلْ مَنْ يَرْزُقُكُمْ مِنَ السَّماءِ وَالْأَرْضِ أَمَّنْ يَمْلِكُ السَّمْعَ وَالْأَبْصارَ إلى قوله: فَأَنَّى تُصْرَفُونَ. وقال تعالى: قُلِ ادْعُوا الَّذِينَ زَعَمْتُمْ مِنْ دُونِهِ فَلا يَمْلِكُونَ كَشْفَ الضُّرِّ عَنْكُمْ. إلى قوله: مَحْذُوراً [الإسراء: ٥٦، ٥٧] . وهذه تتناول كل من يدعى من دون الله ممن هو مؤمن من الملائكة والإنس والجن، وقد فسّرها السلف بهذا كله. وقال ابن مسعود: «كان أناس من الإنس يعبدون قوما من الجن، فأسلم الجن وتمسّك الآخرون بعبادتهم، فنزلت هذه الآية» «١» . وقال السدي أيضا: عن أبي صالح عن ابن عباس: هو عيسى وأمه وعزير. وقال السدي أيضا: ذكروا أنهم اتخذوا الآلهة، وهو حين عبدوا الملائكة والمسيح عليه السلام وعزير. فقال الله تعالى: أُولئِكَ الَّذِينَ يَدْعُونَ يَبْتَغُونَ إِلى رَبِّهِمُ الْوَسِيلَةَ [الإسراء: ٥٧] . وقد قال تعالى: وَلا يَأْمُرَكُمْ أَنْ تَتَّخِذُوا الْمَلائِكَةَ وَالنَّبِيِّينَ أَرْباباً أَيَأْمُرُكُمْ بِالْكُفْرِ بَعْدَ
(١) أخرجه البخاري (٤٧١٤، ٤٧٢٥) ومسلم (٣٠٣٠).