Abû Bakr ibn al-Mundhir a dit :
« Il n’y a aucun inconvénient à visiter les tombes ; l’on implore alors le pardon pour le défunt, le cœur du visiteur s’attendrit et il se rappelle l’au-delà. Telle est la pratique que le Messager – paix et salut d’Allah sur lui – a instituée pour sa communauté, tant par sa parole que par son acte, à l’égard des morts parmi les musulmans.
Quant à lui-même, son tombeau relève d’un autre statut : les tombes des croyants sont apparentes et accessibles, tandis que lui fut enterré dans sa chambre et l’on empêcha les gens d’accéder à sa tombe.
Il a dit :
« Ne prenez pas ma tombe pour un lieu de fête, et priez sur moi où que vous soyez, car votre prière m’est transmise. »
Il a tenu le même propos au sujet du salut.
Il a dit également :
« Certes, Allah a des anges parcourant (la terre) qui me transmettent les salutations de ma communauté. »
Et il a dit :
« Ô Allah, ne fais pas de ma tombe une idole que l’on adore ; la colère d’Allah s’est fortement accrue contre des gens qui prirent les tombes de leurs prophètes pour des mosquées. »
De ce fait, nul n’a jamais prié sur sa tombe, et il n’a jamais été prescrit par aucun savant de prier auprès d’elle. L’une des deux opinions rapportées dans les écoles d’ash-Shâfi‘î et d’Ahmad est que l’on peut prier en permanence sur les tombes des croyants ; quant à lui, il est unanimement établi qu’on ne prie pas sur sa tombe. En effet, la finalité de la prière funèbre et de la visite des tombes est l’invocation (du bien) pour le défunt, or le Messager nous a déjà ordonné, en tout lieu, d’accomplir la prière et le salut sur lui, de demander pour lui la wasîlah et autres mérites ; et cela est bien plus éminent que ce que l’on fait sur la tombe d’un autre.
Il a prescrit aux gens que leur amour, leur vénération et les sentiments qu’ils nourrissent à son égard demeurent avec eux partout où ils se trouvent, de sorte que l’amour, la vénération, la prière et le salut qu’il mérite ne diminuent pas ailleurs par rapport à ce qui est accompli dans sa demeure ou auprès de sa tombe. C’est pour cela qu’il a interdit de prendre sa maison – et, dans une autre version, sa tombe – pour lieu de fête. Il n’est donc pas permis de distinguer sa demeure ou son tombeau par quoi que ce soit de la sorte, sous peine que les autres endroits soient déficients par rapport à ce qui est accompli auprès de la tombe ; cela impliquerait en effet une diminution de son droit et un amoindrissement à son égard, chose qui est prohibée. Les ignorants s’imaginent que cette interdiction porte atteinte à son rang ; ils ne savent pas qu’elle est, sous de multiples aspects, plus grande pour magnifier sa valeur et son droit.
En outre, cela comporte la corruption que représente le fait de transformer sa tombe en fête, en idole ou en mosquée ; il – paix et salut sur lui – l’a donc proscrit parce qu’il n’y a là que préjudice et nulle utilité. Il possède, paix et salut sur lui, une prééminence et un droit qui lui sont propres, qu’aucun autre ne partage ; quant à la visite qu’il a légiférée, elle concerne l’ensemble des croyants. Ce qu’il redoutait, c’est que sa tombe soit érigée en idole et en lieu de fête, ce qui n’est pas le cas pour les tombes du commun des croyants. Néanmoins, toute tombe qui est exaltée au point de devenir une idole et un lieu de fête doit être interdite, et l’on doit supprimer ce qui l’a rendue telle ; il est même illicite d’y bâtir une mosquée (1).
[La différence entre la visite légiférée et la visite innovée]
L’objet de la discussion est le suivant : ce qu’il – paix et salut sur lui – a institué pour sa communauté est d’une nature tout autre que celle visée par les gens d’innovation lorsqu’ils voyagent pour visiter les tombes des prophètes et des hommes pieux. Ceux-ci ne voyagent pas afin de prier pour eux et de demander pour eux le pardon, comme cela a été prescrit, mais plutôt pour les invoquer, invoquer par leur intermédiaire et solliciter leur intercession ; ils transforment ainsi leurs tombes en mosquées, en idoles et en lieux de fête où ils se rassemblent.