— ce qu’aucun musulman ne saurait proférer ; bien au contraire, une telle allégation reviendrait à présenter le Prophète — paix et salut d’Allah sur lui — comme quelqu’un qui implore secours et refuge auprès de sa mère, alors même qu’il lui fut interdit de demander pardon pour elle, à la différence du croyant. Ainsi, dans la visite que le Prophète — paix et salut sur lui — a légiférée pour sa communauté, par sa parole et par son acte, il n’y a nulle requête adressée au mort, ni intention de le magnifier, de l’adorer, de se recommander à lui ou de l’invoquer ; l’objectif est uniquement de lui être utile, exactement comme on prie sur sa dépouille ou sur sa tombe lorsque la Loi le permet.
De même, ce qu’il enseigna à ses Compagnons de dire lorsqu’ils visitent les tombes se limite au salut, à la supplication et à la demande de pardon en leur faveur, tout comme dans la prière funéraire.
Ainsi, il est rapporté dans le Ṣaḥîḥ de Muslim et ailleurs, d’après Burayda b. al-Ḥuṣayb — qu’Allah l’agrée — qu’il disait : le Messager d’Allah — paix et salut sur lui — leur apprenait, lorsqu’ils sortaient vers les cimetières, qu’ils disent : « As-salâmu ‘alâ ahl ad-diyâr » — et, dans une autre version : « As-salâmu ‘alaykum ahl ad-diyâr mina l-mu’minîn wa-l-muslimîn, wa innâ in shâ’a-Llâhu bikum lâḥiqûn, nas’alullâha lanâ wa lakum al-‘âfiyah » (1).
Il est également rapporté, d’après Abû Hurayra — qu’Allah l’agrée — que le Messager d’Allah — paix et salut sur lui — se rendit au cimetière et dit : « As-salâmu ‘alaykum dâra qawmin mu’minîn, wa innâ in shâ’a-Llâhu bikum lâḥiqûn » (2).
Il est encore relaté, dans un long ḥadith d’après ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée : « Jibrîl vint à moi et dit : “Ton Seigneur t’ordonne de te rendre auprès des gens d’al-Baqî‘ et de demander pardon pour eux.” » Je demandai : « Ô Messager d’Allah, que dois-je dire ? » Il répondit : « Dis : As-salâmu ‘alaykum ahl ad-diyâr mina l-muslimîn wa-l-mu’minîn, yarḥamu-Llâhu al-mustaqdimîn minnâ wa minkum wa-l-musta’khirîn, wa innâ in shâ’a-Llâhu bikum lâḥiqûn » (3).
Dans les Sunan d’Ibn Mâjah, concernant ce même ḥadith, ‘Â’isha — qu’Allah l’agrée — rapporte : « Je le cherchai et le trouvai à al-Baqî‘ ; il disait : “As-salâmu ‘alaykum dâra qawmin mu’minîn, antum lanâ faraṭ wa naḥnu bikum lâḥiqûn. Allâhumma lâ taḥrimnâ ajrahum wa lâ taftinnâ ba‘dahum, waghfir lanâ wa lahum.” » (4).
Dans le Musnad et chez at-Tirmidhî, Ibn ‘Abbâs — qu’Allah l’agrée, lui et son père — rapporte : « Le Messager d’Allah — paix et salut sur lui — passa devant les tombes de Médine, se tourna vers elles et dit : “As-salâmu ‘alaykum yâ ahl al-qubûr, yaghfiru-Llâhu lanâ wa lakum, antum salafunâ wa naḥnu bil-athar.” » (5) At-Tirmidhî juge ce ḥadith ḥasan gharîb.
La visite des tombes qui est prescrite appartient donc à la même catégorie que la prière funéraire sur le défunt : on prie sur lui tant que son corps est visible, ou bien sur sa tombe. Or la prière funéraire est une ṣalâh comportant le takbîr d’entrée qui rend les actes profanes interdits, le taslîm qui les rend à nouveau permis, la formation des rangs et plusieurs takbîrs, tandis que la visite simple n’est qu’une invocation en leur faveur.
Il est rapporté dans les deux Ṣaḥîḥs qu’il — paix et salut sur lui — pria sur les martyrs de Uḥud huit ans plus tard, de la même manière qu’il prie sur tout défunt (6).