Deuxième réponse :
Il les a donc interpellés selon la visite qu’ils connaissaient déjà. Or, ils ne concevaient la visite des cimetières que comme ils concevaient l’accompagnement des cortèges funèbres : on accompagne le défunt de la maison jusqu’au cimetière ; de même, l’un d’eux sortait de chez lui jusqu’au cimetière pour visiter les tombes, ou bien il passait auprès d’une tombe au hasard de son chemin. Tel est le sens qu’ils attribuaient aux propos du Prophète.
Aḥmad ibn al-Qāsim rapporte :
On questionna Aḥmad ibn Ḥanbal – qu’Allâh lui fasse miséricorde – au sujet d’un homme qui se rend, de propos délibéré, sur la tombe de son frère vertueux. Il répondit :
« Qu’y a-t-il de répréhensible en cela ? Les gens ont bel et bien visité les tombes. »
Il ajouta : « Nous-mêmes nous sommes allés sur la tombe de ʿAbd Allâh ibn al-Mubārak. »
Ḥanbal rapporte encore : on interrogea Abū ʿAbd Allâh au sujet de la visite des tombes ; il dit :
« Le Messager d’Allâh – que la prière et le salut d’Allâh soient sur lui – l’a autorisée puis légalisée ; il n’y a donc aucun mal à ce qu’un homme se rende sur la tombe de son père, de sa mère ou d’un proche, afin d’invoquer en leur faveur et de demander pardon pour eux, puis il s’en retourne. »
ʿAlī ibn Saʿd dit : j’interrogeai Aḥmad ; je lui dis : « À tes yeux, vaut-il mieux délaisser la visite des tombes ou l’accomplir ? » Il répondit : « Il vaut mieux l’accomplir. »
C’est pourquoi le Prophète – paix et salut sur lui – ne visita la tombe de sa mère que lorsqu’il se rendit pour la conquête de La Mecque ; il la visita en chemin, sans avoir entrepris le voyage à cet effet. À l’époque d’Abū Bakr, ʿUmar, ʿUthmān et ʿAlī – qu’Allâh les agrée – ni durant l’ère des Compagnons, des Successeurs et de leurs élèves, personne n’entreprit de voyage pour visiter une tombe : ni celle d’un Prophète, ni d’un vertueux, ni d’aucun autre ; ni la tombe de notre Prophète – paix et salut sur lui –, ni celle d’Ibrâhîm – sur lui la paix – ou de quiconque. Cela n’est apparu qu’ultérieurement. Il n’existait pas, dans l’Islam des premières générations, de mausolée bâti sur une tombe ou sur une relique de Prophète ou de pieux personnage vers lequel on se mettrait en voyage ; on n’y allait pas non plus pour y prier ou y invoquer Allâh ; tout cela est une innovation.
Ils ne visitaient pas davantage les tombes pour se bénir du mort, l’invoquer ou implorer Allâh par son intermédiaire. On ne s’y rendait, si le défunt était croyant, que pour prier pour lui et demander pardon en sa faveur, comme on prie sur sa dépouille ; et si le défunt n’était pas musulman, on le visitait par compassion, ainsi que le fit le Prophète – paix et salut sur lui – lorsqu’il visita la tombe de sa mère et versa des larmes, faisant pleurer ceux qui l’accompagnaient.
Il dit, dans le ḥadith authentique rapporté par Muslim d’après Abū Hurayrah – qu’Allâh l’agrée :
« J’ai demandé la permission à mon Seigneur de visiter la tombe de ma mère ; Il me l’a accordée. Je L’ai ensuite sollicité pour implorer Son pardon en sa faveur ; Il ne me l’a point accordé » (1).
Dʼoù découle la troisième réponse : la visite quʼil a autorisée, recommandée ou quʼil a lui-même accomplie a pour objectif de profiter au défunt, de lui faire du bien par l’invocation et la demande de pardon, ainsi que de rappeler la mort ou d’attendrir le cœur à son égard. Elle n’a pas pour but que la bénédiction du mort revienne sur le vivant, ni que celui-ci l’invoque, le sollicite ou l’implore comme intercesseur. Quand le Prophète – paix et salut sur lui – visita les tombes des habitants d’al-Baqīʿ et celles des martyrs, telle n’était nullement son intention. Quiconque prétend le contraire commet une grave imposture envers le Messager d’Allâh en le présentant comme quelqu’un qui chercherait l’intercession de ses compagnons décédés, qui les invoquerait, demanderait leur secours ou leur protection ; chose qui
(1) Rapporté par Muslim (nᵒ 976).
الجواب الثاني:
وهو أنه خاطبهم بما كانوا يعرفونه من الزيارة، وهم لم يكونوا يعرفون زيارة القبور إلا كما يعرفون اتّباع الجنائز، يتّبعون الجنازة من البيت إلى المقبرة، وكذلك يخرج أحدهم لزيارة القبور من البيت إلى المقبرة، أو يمرّ بالقبر مرورا، فهذا هو الذي كانوا يعرفونه ويفهمونه من قوله.
قال أحمد بن القاسم:
سئل أحمد بن حنبل رضي الله عنه عن الرجل يزور قبر أخيه الصالح ويتعمّد إتيانه؟
قال:
وما بأس بذلك؟ قد زار الناس القبور.
قال:
وقد ذهبنا نحن إلى قبر عبد الله بن المبارك،
وقال حنبل:
سئل أبو عبد الله عن زيارة القبور،
فقال:
قد رخّص فيها رسول الله صلى الله عليه وسلّم وأذن فيها بعد، فلا بأس أن يأتي الرجل قبر أبيه أو أمه أو ذي قرابته؛ فيدعو له ويستغفر له فينصرف.
قال علي بن سعد:
سألت أحمد؛
قلت:
زيارة القبور تركها أفضل عندك أم زيارتها؟
قال:
زيارتها.
ولهذا إنما زار النبي صلى الله عليه وسلّم قبر أمه لما سافر لفتح مكة، فزارها في الطريق، لم يسافر لذلك، ولا كان أحد على عهد أبي بكر وعمر وعثمان وعلي رضي الله عنهم ولا عهد الصحابة والتابعين وتابعيهم يسافر لزيارة قبر، لا قبر نبيّ ولا صالح ولا غيرهما، لا قبر نبينا صلى الله عليه وسلّم ولا إبراهيم عليه السلام، ولا غيره، بل هذا إنما حدث بعد ذلك، ولا كان في الإسلام مشهد على قبر أو أثر نبي أو رجل صالح يسافر إليه، بل ولا يزار للصلاة والدعاء عنده، بل هذا كله محدث. بل ولا كانوا يزورون القبور للتبرّك بالميت ودعائه والدعاء به، وإنما كانوا يزورونه إن كان مؤمنا للدعاء له والاستغفار، كما يصلّون على جنازته، وإن كان غير مسلم زاروه رقّة عليه، كما زار النبي صلى الله عليه وسلّم قبر أمه فبكى وأبكى من حوله،
وقال في الحديث الصحيح:
الذي رواه مسلم عن أبي هريرة رضي الله عنه:
«استأذنت ربي في أن أزور قبر أمي، فأذن لي، واستأذنته في أن أستغفر لها فلم يأذن لي»
«١»
.
ومن هنا يظهر الجواب الثالث:
وهو أن الزيارة التي أذن فيها الرسول أو ندب إليها أو فعلها مقصودها نفع الميت والإحسان إليه بالدعاء له والاستغفار، ومقصودها تذكّر الموت أو الرقة على الميت، لم يكن مقصودها أن تعود بركة الميت المزور على الحيّ الزائر، ولا أن يدعوه ويسأله ويستشفع به، فإن النبي صلى الله عليه وسلّم لما زار قبور أهل البقيع وقبور الشهداء لم يكن هذا مقصوده. ومن قال هذا؛ فقد أعظم الفرية على الرسول صلى الله عليه وسلّم وجعله مستشفعا بأصحابه الموتى داعيا مستغيثا مستجيرا بهم، وهذا لا
(١) أخرجه مسلم (٩٧٦).