Ils embrassèrent donc l’islam, puis sollicitèrent du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — qu’il leur laissât Al-Lât durant une année ; il s’y refusa, la démolit, ordonna qu’une mosquée fût édifiée sur son emplacement et nomma ‘Uthmân ibn Abî l-‘Âs ath-Thaqafî gouverneur sur eux. Cette affaire est connue des gens de science.
Le propos est qu’ils appelaient le voyage vers ce genre de sanctuaire un « ḥajj ». Ils disaient : « La Maison d’Al-Lât se pèlerine comme se pèlerine la Ka‘bah. » De même, ils faisaient le ḥajj à Al-‘Uzzâ, qui se trouvait près de ‘Arafât, et au troisième idole, Manât l’autre, située vis-à-vis de Qudayd. Ainsi, chaque cité du Ḥijâz possédait son idole vers laquelle on accomplissait le pèlerinage : Al-Lât à Ṭâ’if, Al-‘Uzzâ près de La Mecque, et Manât pour les habitants de Médine auprès de laquelle ils prononçaient la talbiyah.
Or ceux qui se rendent en pèlerinage aux tombes recherchent le même objectif que les polythéistes : ils poursuivent, à travers l’adoration d’une créature, ce que les adorateurs d’Allah recherchent auprès de Lui. Parmi eux, certains visent l’accomplissement de leurs besoins et l’exaucement de leurs requêtes. L’un d’eux dira : « Ces gens sont plus proches d’Allah que moi ; je me sers d’eux comme intermédiaires afin qu’ils intercèdent pour satisfaire ma demande, tout comme les privilégiés du roi intercèdent pour ceux qui en sont éloignés. » Il peut alors leur faire un vœu, ou présenter une offrande sans vœu préalable ; il se rapproche d’eux par les dons et les offrandes qu’il destine à leurs tombes, à l’instar de la manière dont les musulmans se rapprochent d’Allah par les aumônes et les sacrifices, ou encore des présents divers qu’ils conduisent à La Mecque.
D’autres attribuent au propriétaire de la tombe une part de leurs biens, voire tout ou partie de leur fortune ; certains vont jusqu’à consacrer leur enfant à la tombe, comme les polythéistes le faisaient pour leurs divinités. D’autres encore déclarent intouchables certains animaux (saïba) pour la tombe : on n’en égorge ni ne monte les bœufs ou autres bêtes ainsi consacrés, exactement comme les polythéistes affranchissaient des bêtes pour leurs faux dieux. Tel est un premier groupe.
Un second groupe effectue le pèlerinage aux tombes par amour pour le défunt, par nostalgie, par vénération ou par soumission envers lui ; ils considèrent que se rendre à son tombeau — ou à son effigie — équivaut à voyager vers lui s’il était vivant. Cela leur procure réconfort, sérénité et apaisement, comme il arrive à nombre d’amoureux lorsqu’ils voient la tombe de leur bien-aimé, ou à un proche lorsque ses yeux se posent sur la tombe d’un parent ou d’un ami. Cependant, cet amour et cette vénération sont de nature religieuse ; leur impact sur l’âme en est donc plus profond. C’est pourquoi chaque peuple éprouve, auprès de la tombe de celui qu’il aime et qu’il magnifie, des sensations qu’il ne ressent pas auprès d’une autre tombe — fût-elle supérieure.
Beaucoup d’adeptes de maîtres spirituels ou d’imâms ressentent, auprès de la tombe de leur shaykh ou de leur imâm, ce qu’ils ne ressentent pas auprès des tombes des prophètes — ni auprès de celle de notre Prophète ﷺ ni auprès d’autres. Le frisson qu’ils éprouvent ne découle pas du mérite intrinsèque du défunt visité ; il provient de l’attachement et de la vénération qu’ils portent dans leurs propres cœurs, même si le défunt ne mérite pas pareille considération, voire s’il est mécréant, polythéiste ou appartenant aux Gens du Livre. Ceux qui l’aiment et le magnifient éprouvent néanmoins ces mêmes sentiments.
Il en va de même pour les adorateurs d’idoles qui ont érigé ces dernières en rivales d’Allah : ils les aiment d’un amour égal à l’amour voué à Allah et ressentent auprès d’elles des émotions similaires. Ainsi en fut-il des adorateurs du veau ; Allah — Très-haut — dit :
« Et l’amour du veau s’abreuva à leurs cœurs pour leur mécréance. » (Al-Baqarah, 93)
C’est-à-dire : l’amour du veau — telle est l’opinion de la majorité des exégètes. Moïse le brûla ensuite et en dispersa les cendres, car il était devenu
أسلموا وطلبوا من النبي صلى الله عليه وسلّم أن يمتعهم باللات حولا، فامتنع من ذلك وهدمها، وأمر ببناء المسجد موضعها، واستعمل عليهم عثمان بن أبي العاص الثقفي، وهذا معروف عند أهل العلم.
والمقصود أنهم كانوا يسمّون السفر إلى مثل ذلك حجّا،
ويقولون:
إن بيت اللات يحج كما تحج الكعبة، وكانوا يحجّون إلى العزّى وكانت عند عرفات، ويحجّون إلى مناة الثالثة الأخرى، وهي حذو قديد، فكان لكل مدينة من مدائن الحجاز وثن يحجون إليه، فاللات بالطائف، والعزّى عند مكة، ومناة لأهل المدينة، كانوا يهلون لها، وهؤلاء الذين يحجّون إلى القبور يقصدون ما يقصده المشركون، الذين يقصدون بعبادة المخلوق ما يقصد العابدون لله. منهم من قصده قضاء حاجته وإجابة سؤاله.
يقول:
هؤلاء أقرب إلى الله مني؛ فأنا أتوسّل بهم، فهم يتوسطون لي في قضاء حاجتي، كما يتوسط خواص الملك لمن يكون بعيدا عنهم، وقد ينذر لهم، أو يأتي بقربان بلا نذر، ويتقربون إليهم بما ينذرونه ويهدونه إلى قبورهم، كما يتقرب المسلمون بما يتقربون به إلى الله من الصدقات والضحايا، وكما يهدون إلى مكة أنواع الهدي. ومنهم من يجعل لصاحب القبر نصيبا من ماله أو بعض ماله، أو يجعل ولده له كما كان المشركون يفعلون بآلهتهم. ومنهم من يسيب لهم السوائب، فلا يذبح ولا يركب ما يسيب لهم من بقر وغيرها، كما كان المشركون يسيبون لطواغيتهم، فهذا صنف.
وصنف ثان يحجّون إلى قبورهم لما عندهم من المحبة للميت والشوق إليه، أو التعظيم والخضوع له، فيجعلون السفر إلى قبره أو إلى صورته الممثّلة تقوم مقام السفر إلى نفسه لو كان حيا، ويجدون بذلك أنسا في قلوبهم وطمأنينة وراحة، كما يحصل لكثير من المحبين إذا رأى قبر محبوبه، وكما يحصل للقريب والصديق إذا رأى قبر قريبه وصديقه، لكن ذاك حبّ وتعظيم ديني، فهو أعظم تأثيرا في النفوس، ولهذا يجد كل قوم عند قبر من يحبّونه ويعظّمونه ما لا يجدونه عند قبر غيره، وإن كان أفضل. وكثير من أتباع المشايخ والأئمة يجدون عند قبر شيخه وإمامه ما لا يجده عند قبور الأنبياء؛ لا نبينا ولا غيره. وذلك لأن الوجد الذي يجدونه ليس سببه نفس فضيلة المزور، بل سببه ما قام بنفوسهم من حبّه وتعظيمه، وإن كان هو لا يستحقّ ذلك، بل قد يكون المزور كافرا مشركا، أو كتابيا، والمحبّون له المعظّمون يجدون مثل ذلك. وهذا كما أن عبّاد الأوثان الذين جعلوهم أندادا لله يحبونهم كحبّ الله؛ يجدون عند الأوثان مثل ذلك. وكذلك عبّاد العجل؛
قال الله تعالى:
وَأُشْرِبُوا فِي قُلُوبِهِمُ الْعِجْلَ بِكُفْرِهِمْ
[البقرة: ٩٣]
أي: حبّ العجل، هذا قول الأكثرين. وموسى حرّقه ثم نسفه، فإنه كان قد صار