Interdire l’invocation faisait partie de l’injustice la plus grave chez les hommes, car quiconque s’y opposait était considéré comme mécréant. Allah – Exalté soit-Il – dit :
« Et quel plus grand injuste que celui qui empêche que, dans les mosquées d’Allah, Son Nom soit mentionné ? »
(Al-Baqarah, 114)
Ainsi, si l’on proscrivait le voyage vers ces tombes, comme l’ont fait le Prophète ﷺ et les imams des musulmans, en déclarant : « Celui qui a voué de s’y rendre en voyage n’est pas tenu d’accomplir son vœu », cela ne constituerait nullement un manque de respect envers les tombes. Même une interdiction absolue de leur visite ne serait pas une atteinte à leur honneur ; à plus forte raison, interdire uniquement le voyage n’implique aucune dépréciation, cela apparaît clairement à quiconque réfléchit.
[Se mettre en route pour visiter les tombes des pieux relève du même genre d’acte que celui des polythéistes]
Troisième point :
Il ne fait aucun doute que les gens de l’innovation accomplissent un « pèlerinage » vers les tombes des prophètes et des vertueux, en les visitant d’une manière qui n’est pas légiférée : ils ne visent pas à prier pour eux, comme lors de la prière funéraire, mais considèrent la visite et le voyage qui y conduit comme un geste de vénération, en raison de leur haut rang auprès d’Allah. Leur objectif est de les implorer, de solliciter par leur intermédiaire, de prier auprès d’eux ou de leur demander la réalisation de besoins – autant de demandes qui relèvent exclusivement de l’adoration d’Allah – Glorifié soit-Il.
C’est pour cela qu’ils disent : « Celui qui interdit cette pratique les dénigre. » Une telle assertion découle de cette croyance, de cette intention et de cette conjecture. De même, les chrétiens se rendent en pèlerinage dans les églises pour les statues qu’elles contiennent et pour la personne à laquelle l’édifice est dédié ; ils se rendent également au lieu qu’ils tiennent pour la tombe du Messie – l’église qui, selon leurs prétentions, fut construite sur son tombeau, à l’endroit de la crucifixion. Ils bâtissent des églises sur les tombes de ceux qu’ils vénèrent, tel Georges et d’autres, faisant des sépultures des lieux de culte.
Le Prophète ﷺ a maudit ceux qui agissent ainsi, par mise en garde envers sa communauté, et il a dit :
« Ceux qui vous ont précédés prenaient les tombes pour mosquées. Prenez garde : ne faites pas des tombes des mosquées, car je vous l’interdis. »
(Rapporté par Muslim)
Il en est ainsi de l’église construite sur le lieu de sa naissance, appelée Bethléem, et d’autres églises qu’ils nomment « Al-Qiyâmah ».
Le maître de l’Éléphant avait également bâti une église au Yémen dans le but de détourner le pèlerinage des Arabes de la Ka‘bah vers celle-ci ; un Arabe y entra et la souilla, alors il se mit en colère, rassembla ses troupes et marcha avec l’éléphant pour détruire la Ka‘bah, jusqu’à ce qu’Allah – Majestueux et Très-Haut – lui infligea ce qu’Il voulut. Pareillement, à At-Tâ’if se trouvait la divinité Al-Lât, vers laquelle ils se rendaient en pèlerinage.
Dans le récit d’Abû Sufyân au sujet d’Umayya ibn Abî Ṣalt, ce dernier rapporta qu’un moine savant lui annonça que l’époque approchait où un Prophète serait envoyé parmi les Arabes ; Umayya espéra être ce Prophète. Le moine lui dit : « Il sera issu d’une famille auprès de laquelle les Arabes accomplissent le pèlerinage. » Umayya répondit : « Nous, le clan de Thaqîf, possédons une Maison que les Arabes visitent. » Le moine rétorqua : « Il ne sortira pas de chez vous, mais de vos frères Quraysh. »
Cette maison était celle d’Al-Lât, évoquée par le Très-Haut :
« Voyez donc Al-Lât, Al-‘Uzzâ, et Manât, la troisième, l’autre ? »
(An-Najm, 19-20)
At-Tâ’if et La Mecque sont les deux cités auxquelles ils firent allusion en disant :
« Pourquoi ce Coran n’a-t-il pas été révélé à un homme important de l’une des deux cités ? »
(Az-Zukhruf, 31)
La dernière expédition combattante du Prophète ﷺ fut celle de Tâ’if, qu’il ne conquit pas, puis ses habitants