Ils s’imaginent donc que les épreuves et les calamités sont écartées de ces villes et de ces villages par la seule présence, chez eux, des tombes des vertueux ou des prophètes. Or, il peut se trouver dans la même localité, parmi les tombes des Compagnons et des Successeurs, quelqu’un de plus éminent que celui qu’ils ont élevé au rang de « gardien » ; de même qu’il s’y trouve, parmi les Compagnons, les Successeurs et d’autres encore, des personnes bien supérieures à Nafîsa.
À Damas, par exemple, se trouvent des Compagnons et des Successeurs plus vertueux que certains de ceux qu’ils désignent comme gardiens ou auprès desquels ils se rendent pour invoquer Allah, tels Râbi‘a au cimetière de Bâb as-Ṣaghîr, Ruslân al-Turkumânî et d’autres. Il arriva qu’un ennemi mécréant ait investi la ville ; le Diable se présenta alors à lui sous l’apparence de ce prétendu gardien, le frappant de son bâton ou d’un objet semblable et lui disant : « Quitte ce lieu ! » Lorsque ce roi mécréant le vit, il se retira aussitôt ; les gens crurent alors que l’âme même du cheikh défunt – ou son « secret spirituel » – était venue le chasser.
Pourtant, parmi les personnes inhumées dans cette ville se trouvent beaucoup d’autres, infiniment supérieures à celui-là. Une telle croyance n’était aucunement connue à l’époque des Compagnons ni des Successeurs ; elle n’est apparue qu’après eux.
Parmi les récits les plus anciens à ce sujet figure celui rapporté par Abû ‘Abd ar-Raḥmân as-Sulamî (1). Il dit : « J’ai entendu Abû Bakr ar-Râzî dire : “J’ai entendu ‘Abd Allâh ibn Mûsâ aṭ-Ṭalḥî dire : ‘J’ai entendu Aḥmad ibn al-‘Abbâs dire : Je sortis de Bagdad en fuyard.
Un homme, portant les marques évidentes de la dévotion, vint à ma rencontre et me demanda : ‘D’où viens-tu ?’ Je répondis : ‘De Bagdad ; je l’ai quittée, voyant le mal qui y règne, et j’ai craint qu’Allah ne la fasse engloutir.’ Il me dit : ‘Retourne-y et n’aie pas peur, car elle abrite les tombes de quatre des Awliyâ’ d’Allah ; elles sont pour elle une forteresse contre tous les fléaux.’ Je demandai : ‘Lesquels ?’ Il répondit : ‘L’imâm Aḥmad ibn Ḥanbal, Ma‘rûf al-Karkhî, Bishr ibn al-Ḥârith al-Ḥâfî et Manṣûr ibn ‘Ammâr, le prédicateur.’ Je retournai donc en ville et ne repartis plus.’ »
Cet individu qui a tenu ces propos est inconnu, non identifié ; il se peut qu’il fût un djinn comme il se peut qu’il fût un homme, car les djinns prennent fréquemment l’apparence des humains. L’un d’eux dira, par exemple, à une personne esseulée dans le désert : « Je suis le Prophète Untel », ou « le cheikh Untel », ou encore « al-Khidr ». De tels récits sont légion et bien connus ; en détailler les cas un à un rallongerait outre mesure, tant ils sont innombrables.
Or, certains croient que la présence du Prophète ﷺ, enseveli parmi eux, équivaut à sa présence de son vivant. Pourtant Allah, Exalté soit-Il, dit : « Allah n’est point tel à les châtier tant que tu es parmi eux ; et Allah ne les châtiera pas tandis qu’ils implorent le pardon. » (al-Anfâl, 33). Voilà une grave méprise.
At-Tirmidhî rapporte en effet : « Sufyân ibn Wakî‘ nous a rapporté… »
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(1) Abû ‘Abd ar-Raḥmân as-Sulamî (325-412 H), auteur et transmetteur soufi réputé.