tels que les gens du Baqîʿ, les martyrs d’Uḥud et (la tombe de) sa mère. Il arrive aussi que le visiteur soit d’un rang inférieur à celui qu’il visite, comme on le lit dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, d’après Burayda : le Prophète ﷺ leur enseignait, lorsqu’ils se rendaient aux cimetières, que celui d’entre eux qui parlait dise :
« Que la paix soit sur vous, ô habitants de ces demeures, parmi les croyants et les musulmans ! Et certes, si Allah le veut, nous vous rejoindrons. Nous demandons à Allah, pour nous et pour vous, la sécurité (contre toute épreuve). » (1)
Dans le ḥadith d’ʿÂʾisha, également authentique :
« Qu’Allah fasse miséricorde aux premiers d’entre nous et d’entre vous, ainsi qu’à ceux qui viendront plus tard. » (2)
Et, dans un autre ḥadith :
« Ô Allah, ne nous prive pas de leur récompense et ne nous éprouve pas après eux. » (3)
Les invocations prescrites après le salut appartiennent donc au même registre que celles qu’on formule dans la prière funéraire. Or, dans cette prière, il peut arriver que celui qui prie soit meilleur que le défunt, comme le Prophète ﷺ l’était à l’égard de ceux sur qui il a prié. De même, les premiers Compagnons étaient supérieurs à ceux pour qui ils ont accompli la prière funéraire parmi les autres. Il se peut aussi que le défunt soit meilleur : ainsi, lorsque le Prophète ﷺ mourut, les musulmans prièrent individuellement sur lui alors qu’il est meilleur que tous ceux qui ont prié sur lui ; de même pour Abû Bakr et ʿUmar – qu’Allah les agrée –, sur qui les musulmans ont célébré la prière funéraire alors qu’ils étaient meilleurs que ceux qui la célébraient.
Quant au Messager ﷺ, sa tombe est trop noble et trop auguste pour être visitée comme le sont les tombes des autres croyants. En effet, lorsque le visiteur se tient près de la tombe d’un croyant, la vue même du tombeau suscite en lui un désir plus intense d’implorer pour le défunt la miséricorde divine, de témoigner affection et bienveillance, bien davantage que si le défunt était absent ; c’est pourquoi la prière sur la tombe a été légiférée.
Les savants ont toutefois divergé pour savoir si cette prière est prescrite, de manière absolue, sur toute tombe : deux avis sont rapportés dans les écoles d’al-Shâfiʿî et d’Aḥmad, tout en étant unanimes sur le fait qu’il n’est pas permis de prier sur la tombe du Prophète ﷺ. Cette restriction tient à la grandeur de son rang et à l’importance de ses droits, non à une quelconque diminution ; car les musulmans sont enjoints de l’aimer, de le vénérer, de rappeler les bienfaits qu’Allah lui a accordés et, par son intermédiaire, ceux qu’Il leur a octroyés, de prier et de saluer sur lui en tout lieu, sans réserver à sa tombe une intensité supérieure à celle qu’ils manifestent dans les autres contrées. Spécifier son tombeau pour des actes particuliers entraînerait en effet une diminution de ces mêmes actes ailleurs.
Il est d’ailleurs évident que nul ne peut se tenir en permanence auprès de sa tombe – à supposer même qu’elle fût accessible ; que dire lorsqu’elle est protégée ? Consacrer sa tombe à des prières, salutations, invocations ou louanges exclusives revient donc à restreindre ces actes dans les autres lieux ; la foi qu’ils nourrissent à son égard s’en trouve amoindrie, de même que le recours qu’ils tirent de leur foi en lui, et ils se privent d’une part immense de la noblesse qu’Allah leur accorde lorsqu’ils s’acquittent de ses droits. De surcroît, cela constitue une voie menant au polythéisme. Dès lors, particulariser sa tombe par ce dont on ne dote pas les autres tombeaux comporte à la fois corruption et privation d’un bien.
(1) Ḥadith rapporté par Muslim.
(2) Ḥadith rapporté par Muslim.
(3) Ḥadith rapporté par Muslim.