Il apparaît donc clairement que les paroles des imâms des musulmans s’accordent avec ce qu’enseigne la Sunna quant à la distinction entre le voyage entrepris vers Médine en raison de la Mosquée du Messager — afin d’y prier — et le voyage entrepris vers cette ville pour un autre motif que sa Mosquée, tel que se rendre à la Mosquée de Qubâ’ ou visiter les tombes qui s’y trouvent : la tombe du Prophète ﷺ ainsi que celles des premiers devanciers et de tous les autres, qu’Allâh les agrée tous. Il ressort également que si le voyage est interdit vers des lieux qu’il est pourtant recommandé aux habitants de Médine de fréquenter sans se déplacer — comme la Mosquée de Qubâ’, les Martyrs d’Uḥud et le Baqîʿ —, l’interdiction de voyager vers des endroits qu’il est répréhensible aux Médinois de fréquenter est, à plus forte raison, plus appuyée et plus évidente. Allâh, exalté soit-Il, a honoré Son Messager par des privilèges particuliers pour le distinguer, en raison des droits qui lui sont dus par chaque musulman, en tout lieu. Allâh a en effet rendu obligatoire, pour chacun et partout, la foi en lui, l’amour pour lui, l’alliance avec lui, le soutien, l’obéissance et le suivi ; Il a prescrit d’implorer pour lui la bénédiction et la paix en tout endroit, de demander pour lui la wasîla à chaque adhân, de rappeler ses vertus et ses mérites afin de mesurer l’immense bienfait qu’Allâh a accordé aux habitants de la terre par son intermédiaire. En vérité, Allâh n’a gratifié les gens d’aucune faveur plus grande que l’envoi de Muḥammad ﷺ ; il a sur les croyants plus de droit qu’eux-mêmes, et nul serviteur ne croit véritablement tant qu’il ne l’aime pas plus que son enfant, son père et l’ensemble des hommes (1), voire plus que sa propre personne (2). D’autres droits encore, exposés ailleurs, viennent s’y ajouter (3). Tout cela est prescrit dans toutes les contrées ; rien de ces obligations n’est réservé à la tombe ni à ce qui l’environne. Il n’a pas été légiféré que l’accomplissement de ces droits auprès de la tombe soit supérieur à leur accomplissement dans la patrie d’origine ; ce qui est légiféré est de les observer en tout lieu. Quant à celui qui s’en acquitte auprès de la tombe, mais se relâche dans son pays — comme on le constate chez certains : leur amour, leur vénération, leurs louanges et leurs invocations en faveur du Messager, auprès de sa tombe, dépassent ceux qu’ils manifestent chez eux ou en chemin —, cet état est déficient et blâmable : son auteur est malheureux, de maigre part ; il est déficient dans sa religion et dans sa foi, soit pour avoir délaissé une obligation — ce qui le rend pécheur —, soit pour avoir abandonné une recommandation — ce qui diminue son rang. À l’inverse, celui à qui Allâh fait grâce de sorte que son amour, ses louanges, sa vénération et ses invocations pour le Messager, dans son pays, soient semblables à ceux qu’il exprime à Médine auprès de sa tombe, voire plus intenses, celui-là se trouve dans l’état louable et légiféré : c’est la condition des Compagnons et de ceux qui les suivent avec excellence jusqu’au Jour de la Résurrection. On ne connaît de personne parmi eux qu’il ait accru son amour et sa vénération
(1) Comme dans Sahîh al-Bukhari (n° 15) et Muslim (n° 44), d’après le hadith d’Anas ibn Malik (qu’Allah l’agrée). (2) Comme dans al-Bukhari (n° 6632), d’après Abdallah ibn Hisham, qui rapporte : « Nous étions avec le Prophète (paix et salut d’Allah sur lui) lorsqu’il tenait la main d’Omar ibn al-Khattab. Omar dit : “Ô Messager d’Allah, tu m’es plus cher que toute chose, à l’exception de moi-même.” Le Prophète répondit : “Par Celui en la main duquel est mon âme, je ne serai pas plus cher à tes yeux que toi-même.” Omar reprit : “Par Allah, désormais tu m’es plus cher que moi-même.” Le Prophète dit alors : “Maintenant, ô Omar.” » Le hafiz commente dans Fath al-Bari (t. 11, p. 536) : « Autrement dit, maintenant tu as compris et prononcé ce qu’il fallait. » (3) Voir à ce sujet Les droits du Prophète (paix et salut d’Allah sur lui) envers sa communauté, Dr Muhammad ibn Khalifa at-Tamimi, Dar Adwa’ as-Salaf, Riyad.
فظهر أن أقوال أئمة المسلمين موافقة لما دلّت عليه السنة من الفرق بين السفر إلى المدينة لأجل مسجد الرسول والصلاة فيه، والسفر إليها لغير مسجده؛ كالسفر لأجل مسجد قباء، أو لزيارة القبور التي فيها؛ قبر الرسول صلى الله عليه وسلّم وقبور من فيها من السابقين الأوّلين وغيرهم رضوان الله عليهم أجمعين. وظهر أنه إذا نهي عن السفر إلى ما يستحبّ لأهل المدينة إتيانه بلا سفر كزيارة مسجد قباء وشهداء أحد والبقيع؛ فالنهي عما يكره لأهل المدينة إتيانه أولى وأحرى. والله سبحانه خصّ رسوله بما خصّه به تفضيلا له وتكريما لما يجب من حقّه على كل مسلم في كل موضع، فإن الله أوجب الإيمان به ومحبته وموالاته ونصره وطاعته واتباعه على كل أحد في كل مكان، وأمر من الصلاة عليه والسلام عليه في كل مكان، ومن سؤال الوسيلة له عند كل أذان، ومن ذكر فضائله ومناقبه وما يعرف به قدر نعمة الله به على أهل الأرض، وأن الله لم ينعم على أهل الأرض نعمة أعظم من إرسال محمد صلى الله عليه وسلّم إليهم، وأنه هو أولى بالمؤمنين من أنفسهم، وأنه لا يؤمن العبد حتى يكون أحب إليه من ولده ووالده والناس أجمعين «١» ، بل حتى يكون أحب إليه من نفسه «٢» . إلى غير ذلك من حقوقه المبسوطة في غير هذا الموضع «٣» . وكل هذه مشروعة في جميع البقاع ليس منها شيء يختصّ بالقبر ولا بما هو قريب من القبر. ولا شرع للناس أن يكون قيامهم بهذه الحقوق عند القبر أفضل من قيامهم بها في بلادهم، بل المشروع أن يقوموا بها في كل مكان. ومن قام بها عند القبر وفتر عن القيام بها في بلده، كما يوجد في بعض الناس يوجد من محبته وتعظيمه وثنائه ودعائه للرسول عند قبره أعظم مما يوجد في بلده وطريقه. وهذه حالة منقوصة غير محمودة، وصاحبها منحوس الحظ، ناقص النصيب، وهو ناقص الدين والإيمان؛ إما بترك واجب يأثم بتركه، وإما بترك مستحبّ تنقص درجته بتركه، بخلاف من منّ الله عليه فجعل محبته وثناءه وتعظيمه ودعاءه للرسول في بلده مثل ما إذا كان بالمدينة عند قبره أو أعظم. فهذه هي الحالة المحمودة المشروعة وهي حال الصحابة والتابعين لهم بإحسان إلى يوم القيامة، ولا يعرف عن أحد منهم أنه كان يزيد حبه وتعظيمه
(١) كما في «صحيح البخاري» (١٥) ومسلم (٤٤) من حديث أنس بن مالك رضي الله عنه. (٢) كما في «البخاري» (٦٦٣٢) من حديث عبد الله بن هشام، قال: كنا مع النبي صلى الله عليه وسلّم وهو آخذ بيد عمر بن الخطاب، فقال له عمر: يا رسول الله؛ لأنت أحبّ إليّ من كل شيء إلا نفسي. فقال النبي صلى الله عليه وسلّم: «لا والذي نفسي بيده؛ حتى أكون أحبّ إليك من نفسك». فقال له عمر: فإنه الآن والله لأنت أحبّ إليّ من نفسي. فقال النبي صلى الله عليه وسلّم: «الآن يا عمر». قال الحافظ في «فتح الباري» (١١/ ٥٣٦): «أي الآن عرفت فنطقت بما يجب». (٣) انظر في ذلك «حقوق النبي صلى الله عليه وسلّم على أمته» للدكتور محمد بن خليفة التميمي. طبع دار أضواء السلف بالرياض.