Il est des pratiques qui peuvent être recommandées au voyageur à son retour sans l’être pour d’autres : ainsi, lorsque le Prophète ﷺ revenait de voyage, il commençait par entrer dans la Mosquée et y accomplissait deux rakʿa ; il n’est toutefois pas rapporté qu’il lui adressait une salutation d’adieu avant de partir.
De même, pour le ṭawāf de l’arrivée (ṭawāf al-qudūm) qu’effectue le pèlerin à son entrée à La Mecque, il est recommandé d’y pratiquer le ramal — démarche vive au cours des premiers tours —, parce que le Prophète ﷺ et ses Compagnons l’accomplirent lors de leur ʿumra et durant le Pèlerinage d’adieu. Cette recommandation ne concerne pas les habitants de La Mecque, car il n’y a, pour eux, point d’arrivée. Il en va de même pour l’iḍṭibāʿ, jugé recommandé par la majorité — Abû Ḥanîfa, ash-Shâfiʿî et Aḥmad. Mâlik, pour sa part, déclare : « Ce n’est pas une Sunna. »
Le fait rapporté d’Ibn ʿUmar, à savoir qu’il réservait la station devant la tombe et la salutation au moment où il revenait de voyage, s’explique — Allâh est plus savant — par le fait qu’il considérait cela comme la salutation de son arrivée, tout comme le ṭawāf de l’arrivée est appelé « ṭawāf de salutation » et comprend le ramal et l’iḍṭibāʿ ; ces pratiques ne sont pas prescrites aux habitants de La Mecque. De même, le ṭawāf d’adieu ne leur est pas prescrit, puisqu’aucun départ ne les concerne.
La distinction qu’ils établissent entre les étrangers et les résidents possède donc un parallèle dans la Loi ; toutefois, le fondement de ce qu’ils tiennent pour recommandé reste l’action d’Ibn ʿUmar. Aḥmad, entre autres, a encore argumenté par la parole du Prophète ﷺ :
« Aucun homme ne me salue sans qu’Allâh ne me rende mon âme afin que je lui réponde à son salut. »
Hadith rapporté par Abû Dâwûd et d’autres ; il remplit les conditions de Muslim. Parmi ses transmetteurs figure Abû Ṣakhr Ḥumayd ibn Ziyâd, au sujet duquel les avis divergent : Ibn Maʿîn le déclara faible, al-Nasâ’î le suivit, puis, en une autre occasion, le déclara fiable, et Aḥmad adopta également cette dernière appréciation (1).
Ainsi, Mâlik, Aḥmad et d’autres ont argumenté par la pratique d’Ibn ʿUmar ; Aḥmad, Abû Dâwûd, Ibn Ḥabîb et d’autres se sont appuyés sur ce hadith d’Abû Hurayra. Une controverse à ce sujet est exposée ailleurs.
Il s’agit ici de clarifier la position de Mâlik et d’autres savants, et de montrer qu’ils ne se contredisent pas lorsqu’ils interdisent le voyage vers un lieu autre que les trois mosquées : on ne se rend pas à Médine pour un motif différent de sa Mosquée, que ce soit pour la tombe ou autre. Voyager vers un autre endroit que ces trois mosquées est donc prohibé, même si l’on en a fait vœu.
En effet, la parole : « On ne doit seller les montures que pour trois mosquées » s’applique, par consensus, au voyage vers toute autre mosquée — bien qu’elles soient les lieux les plus aimés d’Allâh ; voyager vers les cimetières est donc, à plus forte raison, interdit ou, à tout le moins, dépourvu de mérite.
Les imams sont unanimes : si quelqu’un fait vœu de se rendre à Médine pour visiter les tombes des gens du Baqîʿ, des martyrs ou d’autres, il ne doit pas s’acquitter de son vœu. Mâlik et la majorité des savants déclarent : « Il ne lui est pas permis d’exécuter ce vœu, car il s’agirait d’une désobéissance. »
En revanche, s’il fait vœu de voyager vers la Mosquée elle-même afin d’y prier, l’exécution de ce vœu n’est pas illicite — par consensus — ; il est même recommandé de le remplir (2). Selon deux avis rapportés d’ash-Shâfiʿî, cela est même obligatoire. Cette obligation est l’avis de Mâlik et d’Aḥmad, tandis que son absence est l’opinion d’Abû Ḥanîfa.