Ainsi, l’interdiction de voyager pour un acte qui n’est pas légiféré – et que l’on présente comme une « visite » de sa tombe alors qu’il ne s’agit pas réellement d’une visite – est, à plus forte raison, encore plus digne d’être proscrite.
Imâm Mâlik, de même que d’autres savants, ont évoqué ce point : ils ont affirmé qu’il n’est pas recommandé, mais bien réprouvé, pour les résidents de Médine de se tenir auprès de la tombe afin de saluer ou pour tout autre motif. En effet, les pieux prédécesseurs parmi les Compagnons n’agissaient pas ainsi lorsqu’ils entraient dans la mosquée pour les cinq prières et pour d’autres actes, à l’époque des califes bien guidés – Abû Bakr, ‘Umar, ‘Uthmân et ‘Alî (qu’Allah les agrée). Ces derniers dirigeaient la prière des fidèles dans la mosquée : Abû Bakr et ‘Umar le firent jusqu’à leur décès, ‘Uthmân jusqu’à ce qu’il fût assiégé, et ‘Alî durant son séjour à Médine, jusqu’à son départ pour l’Irak. Des gens des différentes contrées venaient alors prier avec eux. Il est évident que, si le fait de se placer face à la tombe pour saluer, invoquer ou accomplir quelque autre acte avait été recommandé, ils l’auraient pratiqué ; et, s’ils l’avaient fait, la chose se serait multipliée, répandue et serait devenue notoire. Toutefois, Mâlik et d’autres ont limité la prescription de ce geste au cas du retour de voyage, conformément au récit rapporté d’Ibn ‘Umar.
Qâdî ‘Iyâd rapporte :
Mâlik a dit dans « al-Mabsût » : « Il n’incombe pas aux habitants de Médine qui entrent ou sortent de la mosquée de s’arrêter à la tombe ; cela concerne uniquement les étrangers. »
Il y dit également : « Il n’y a aucun mal, pour celui qui arrive d’un voyage ou s’apprête à voyager, à se tenir auprès de la tombe du Prophète ﷺ, à prier pour lui et à invoquer en sa faveur ainsi qu’en faveur d’Abû Bakr et de ‘Umar. »
On lui objecta : « Certaines personnes parmi les habitants de Médine, qui ne reviennent pas de voyage et n’en projettent pas, font cela une fois ou plus dans la journée ; parfois ils se tiennent à la tombe le vendredi, ou les autres jours, une ou deux fois, voire davantage, adressant le salut et invoquant un moment. »
Il répondit : « Je n’ai reçu aucun rapport à ce sujet de la part des gens de science de notre cité, et le fait de délaisser cet acte est tout à fait permis. La fin de cette communauté ne sera réformée que par ce qui a réformé son début ; or rien ne m’est parvenu indiquant que les premières générations de cette communauté l’aient fait. Cet acte est donc réprouvé, sauf pour celui qui revient d’un voyage ou s’y prépare. »
On ne connaît, en réalité, que la pratique d’Ibn ‘Umar : lorsqu’il revenait de voyage, il se rendait à la tombe et disait : « Que la paix soit sur toi, ô Messager d’Allah ! Que la paix soit sur toi, ô Abû Bakr ! Que la paix soit sur toi, ô mon père ! »
Parmi ceux qui ont rapporté ce récit figure Qâdî Ismâ‘îl ibn Isḥâq, dans son ouvrage « as-Ṣalât ‘alâ an-Nabî ﷺ ». Il dit : « Sulaimân ibn Ḥarb nous a rapporté ; Ḥammâd ibn Zayd nous a rapporté, d’après Ayyûb, d’après Nâfi‘, d’après Ibn ‘Umar ; lorsque celui-ci revenait de voyage, il entrait d’abord dans la mosquée, puis se rendait à la tombe et disait :
« Que la paix soit sur toi, ô Messager d’Allah ! Que la paix soit sur toi, ô Abû Bakr ! Que la paix soit sur toi, ô mon père ! » (1)
Si l’on objecte : « Mâlik et d’autres ont recommandé aux étrangers, chaque fois qu’ils entrent dans la mosquée, de se rendre à la tombe ; cela contredit donc leur interdiction de voyager en vue de la tombe, puisqu’ils ont justement réservé l’intention de la tombe à ces étrangers voyageurs ; il y aurait ainsi deux opinions contraires. »
La réponse est que la question n’est pas ainsi : ils ont simplement recommandé aux étrangers venus pour prier dans la mosquée de s’arrêter à la tombe et d’adresser le salut, tout comme ils leur ont conseillé de se rendre à la mosquée de Qubâ’ et de visiter