Il — exalté soit-Il — dit encore :
« Dis : “Invoquez ceux que vous prétendez [être divinités] en dehors d’Allah ; ils ne possèdent pas le poids d’un atome ni dans les cieux ni sur la terre ; ils n’y ont aucune part et Il n’a nul d’entre eux pour soutien.” … jusqu’à Sa parole : “… et Il est le Très-Haut, le Très-Grand.” » (Saba’, 22-23).
Au point que les anges, lorsque le Décret est prononcé, s’évanouissent ; ils ne savent pas ce qu’Il a décrété jusqu’à ce que la frayeur se dissipe de leurs cœurs — c’est-à-dire que la terreur s’en éloigne — ; alors seulement ils savent ce qu’Il a décrété et ce qu’Il a dit. Comment donc pourraient-ils, de prime abord, intercéder auprès de Lui ? Allah — Très-haut soit-Il — dit : « Ils n’intercèdent qu’en faveur de celui qu’Il agrée. » (al-Anbiyâ’, 28) ; et Il dit : « Combien d’anges dans les cieux dont l’intercession ne sert à rien… » (an-Najm, 26).
De même, celui qui s’imagine que le voyage vers leurs tombes fait partie des droits qui leur sont dus et qui s’imposent aux créatures : cette idée n’appartient à la religion d’aucun musulman. Personne n’a jamais soutenu que le voyage vers la Mosquée Prophétique ou la Mosquée al-Aqsâ fût obligatoire, alors même que le Prophète — qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix — a légiféré le voyage vers ces deux lieux et a dit :
« On ne prépare les montures que pour trois mosquées : la Mosquée sacrée, la Mosquée al-Aqsâ et cette mosquée mienne. »
Que dire alors de ce qui est moindre encore — tombes et vestiges ? Aucun savant musulman n’a affirmé que le voyage vers ceux-ci fût obligatoire, ni même recommandé. Les prédécesseurs et les anciens l’ont plutôt déclaré illicite, tandis que les postérieurs ont divergé : selon l’une des deux opinions, la chose est permise sans aucun mérite ; selon l’autre, elle est prohibée. C’est à cette dernière que renvoient la Sunna du Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix — ainsi que les paroles des Compagnons et des premières générations, car il est authentiquement rapporté de lui qu’il a dit : « On ne prépare les montures que pour trois mosquées. »
Bien que formulée sous forme affirmative, cette phrase signifie l’interdiction. Celui qui prétend qu’il ne s’agit pas d’un interdit mais seulement de la négation d’un mérite — hypothèse, fût-elle infondée — ne remettrait en cause que la narration d’Abû Hurayrah ; or, le hadith est rapporté, dans les deux Ṣaḥîḥ, aussi bien par Abû Hurayrah que par Abû Saʿîd al-Khudrî.
Voici la version d’Abû Saʿîd : d’après Quzʿa, Abû Saʿîd dit : « J’ai entendu de lui un hadith qui m’a plu. Je lui demandai : “As-tu entendu cela du Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix ?” Il répondit : “Vais-je lui attribuer ce que je n’ai pas entendu ? Je l’ai entendu dire : ‘Ne préparez les montures que pour trois mosquées : cette mosquée mienne, la Mosquée sacrée et la Mosquée al-Aqsâ.’ Et je l’ai entendu dire : ‘Qu’aucune femme ne voyage un seul jour au cours de sa vie si ce n’est accompagnée de son mari ou d’un proche qui lui est interdit au mariage.’” » Le terme rapporté par Abû Saʿîd est celui établi dans les Ṣaḥîḥ ; il est explicite quant à l’interdiction et démontre clairement que le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et lui accorde la paix — a interdit le voyage vers tout autre lieu que ces trois-là. Il en ressort que celui qui affirme que le voyage vers d’autres endroits est permis ou non répréhensible se trompe. Allah est plus savant.
Puisque cela n’est ni obligatoire ni recommandé, mais bel et bien interdit, il ne s’agit donc pas d’un droit qu’Allah aurait imposé, ni d’un appel qu’Ils auraient adressé à Ses serviteurs. Où serait alors l’inimitié ou la contradiction à l’égard de celui qui proscrit une chose qui ne fait pas partie de leurs droits, qu’ils n’ont pas imposée et à laquelle ils n’ont pas convié ? Bien au contraire, il interdit ce qu’eux-mêmes ont interdit, ordonne ce qu’ils ont ordonné, leur obéit et les suit ; son intention est de les suivre. Comment, dès lors, alors qu’il les suit dans son intention, sa parole et son acte, pourrait-il être qualifié d’adversaire ou de contredisant ? À supposer même qu’il s’agisse d’une interprétation erronée, que dire lorsqu’il a exposé les deux avis des savants musulmans — ceux qui interdisent et ceux qui permettent — ainsi que l’argument de chaque opinion ? Les prédécesseurs se sont prononcés pour l’interdiction, et les propos des savants musulmans, Mâlik et d’autres, se trouvent consignés dans de nombreux ouvrages ; que le simple fait, pour un juge mālikite, d’en ignorer l’existence suffise à montrer son ignorance