Les savants enseignent que, si quelqu’un fait vœu de se rendre à la Mosquée du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ou à la Mosquée al-Aqṣā pour y accomplir une prière ou y pratiquer la retraite spirituelle (iʿtikāf), il lui incombe d’honorer ce vœu selon Mālik, ash-Shāfiʿī dans l’une de ses deux opinions, et Aḥmad. D’après Abū Ḥanīfa, en revanche, cette obligation ne s’impose pas, car, selon lui, seul devient obligatoire par le vœu ce qui l’est déjà, dans son genre, selon la Loi révélée.
Quant à la majorité (al-jumhūr), ils rendent obligatoire l’accomplissement de tout vœu portant sur une obéissance, en se fondant sur le hadith authentifié dans le Ṣaḥīḥ de al-Bukhārī, rapporté par ʿĀʾisha — qu’Allah l’agrée — où le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :
« Celui qui fait vœu d’obéir à Allah, qu’il Lui obéisse ; et celui qui fait vœu de désobéir à Allah, qu’il ne Lui désobéisse pas »(1).
Or, le voyage vers ces deux mosquées relève de l’obéissance ; il est donc obligatoire de s’en acquitter.
En revanche, pour un déplacement voué à un lieu autre que les trois mosquées, aucun savant n’a jugé obligatoire d’effectuer ce voyage lorsqu’il a fait l’objet d’un vœu. Les juristes ont même expressément déclaré qu’on ne voyage pas jusqu’à la mosquée de Qubāʾ, parce qu’elle ne fait pas partie des trois, bien que sa visite soit recommandée à celui qui se trouve déjà à Médine. En effet, il ne s’agit alors pas d’un « shadd ar-raḥl » (voyage impliquant l’attachement de la monture), comme l’atteste le hadith authentique :
« Celui qui se purifie chez lui, puis se rend à la mosquée de Qubāʾ avec pour seule intention d’y prier, obtient une récompense équivalente à celle d’une ʿumra »(2).
Ce hadith a été rapporté par les auteurs des Sunan, tels an-Nasaʾī, Ibn Mājah et at-Tirmidhī(3), qui l’ont jugé bon (ḥasan).
Ils ont ajouté : « Voyager pour se rendre auprès des tombes des prophètes et des vertueux est une innovation (bidʿa) ; aucun des Compagnons ni des Successeurs ne l’a pratiquée, le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ne l’a pas ordonnée, et nul des imams des musulmans ne l’a jugée recommandable. Quiconque considère cela comme un acte d’adoration et l’accomplit contredit la Sunna et le consensus des imams. » C’est ce qu’a rapporté Abū ʿAbd Allāh Ibn Baṭṭa dans son ouvrage « al-Ibāna aṣ-ṣughrā », parmi les innovations contraires à la Sunna.
Il apparaît ainsi la faiblesse de l’argument d’Abū Muḥammad al-Maqdisī : la visite que le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — faisait à la mosquée de Qubāʾ ne s’accompagnait pas d’un voyage impliquant un attachement de monture, et se déplacer jusque-là ne devient pas obligatoire du fait d’un vœu.
Quant à son interprétation de la parole du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — : « On ne dresse les montures » (lā tushaddu ar-riḥāl), qu’il entend comme une simple négation de la recommandation, deux réponses s’imposent.
La première : il reconnaît ainsi que ce voyage n’est ni une œuvre vertueuse, ni un moyen de rapprochement, ni une bonne action. Partant, quiconque croit que voyager pour visiter les tombes des prophètes et des pieux constitue une proximité, une adoration et une obéissance, s’oppose au consensus ; et s’il entreprend ce voyage sur cette base, celui-ci est interdit, d’après le consensus unanime des savants.
(1) Rapporté par al-Bukhari (6696), Ahmad (6/36/41, 224), Abû Dâwûd (3289), an-Nasâ’î dans al-Kubrâ (3/134/4748-4749-4750), at-Tirmidhî (1526), Ibn Mâjah (2126) et d’autres.
(2) Rapporté littéralement ainsi par Ibn Mâjah (1412) de Souhail ibn Ḥanîf. On le trouve aussi chez al-Bukhârî dans at-Târîkh al-Kabîr (1/96), chez Ahmad (3/487), chez an-Nasâ’î (2/37) et dans al-Kubrâ (1/258/778), chez al-Ḥâkim (3/12) et chez al-Ṭabarânî dans al-Kabîr (6/75/5561-5562), par la voie de Muḥammad ibn Sulaymân al-Karmânî, qui rapporte qu’il a entendu Abû Umâma Souhail ibn Ḥanîf dire : « Mon père a dit… », présentant le hadith selon cette formulation. Muḥammad ibn Sulaymân al-Karmânî est jugé « accepté » d’après at-Taqrîb. Il est confirmé par Yûsuf ibn Tuhmân comme le relate le Musnad d’‘Abd ibn Ḥumayd (469). Le hadith est donc authentique, selon Cheikh al-Albânî dans Ṣaḥîḥ Sunan Ibn Mâjah (1160).
(3) Je ne l’ai pas trouvé dans l’édition imprimée des Sunan d’al-Tirmidhî ; il pourrait figurer dans une autre version, Dieu seul le sait.
العلماء، ولو نذر أن يأتي مسجد النبي صلى الله عليه وسلّم أو المسجد الأقصى لصلاة أو اعتكاف وجب عليه الوفاء بهذا النذر عند مالك والشافعي في أحد قوليه وأحمد، ولم يجب عليه عند أبي حنيفة لأنه لا يجب عنده بالنذر إلا ما كان من جنسه واجب بالشرع.
وأما الجمهور فيوجبون الوفاء بكل طاعة لما ثبت في صحيح البخاري عن عائشة أن النبي صلى الله عليه وسلّم قال:
«من نذر أن يطيع الله فليطعه ومن نذر أن يعصي الله فلا يعصه»
«١»
. والسفر إلى المسجدين طاعة فلهذا وجب الوفاء به.
وأما السفر إلى بقعة غير المساجد الثلاثة فلم يوجب أحد من العلماء السفر إليها إذا نذره، حتى نص العلماء على أنه لا يسافر إلى مسجد قباء لأنه ليس من الثلاثة، مع أن مسجد قباء تستحب زيارته لمن كان بالمدينة،
لأن ذلك ليس بشد رحل كما في الحديث الصحيح:
«من تطهر في بيته ثم أتى مسجد قباء لا يريد إلا الصلاة فيه كان كعمرة»
«٢»
. وهذا الحديث رواه أهل السنن كالنسائي وابن ماجه والترمذي
«٣»
وحسنه،
وقالوا:
لأن السفر إلى قبور الأنبياء والصالحين بدعة لم يفعلها أحد من الصحابة ولا التابعين ولا أمر بها رسول الله صلى الله عليه وسلّم ولا استحب ذلك أحد من أئمة المسلمين فمن اعتقد ذلك عبادة وفعلها فهو مخالف للسنة ولإجماع الأئمة، وهذا مما ذكره أبو عبد الله بن بطة في
«الإبانة الصغرى»
من البدع المخالفة للسنة.
وبهذا يظهر ضعف حجة أبي محمد المقدسي لأن زيارة النبي صلى الله عليه وسلّم لمسجد قباء لم تكن بشدّ رحل، والسفر إليه لا يجب بالنذر.
وقوله في قول النبي صلى الله عليه وسلّم:
«لا تشد الرحال»
، محمول على نفي الاستحباب عنه؛
جوابان:
أحدهما: أن هذا تسليم منه أن هذا السفر ليس بعمل صالح ولا قربة ولا هو من الحسنات. فإذن من اعتقد السفر لزيارة قبور الأنبياء والصالحين أنه قربة وعبادة وطاعة فقد خالف الإجماع وإذا سافر لاعتقاده أنها طاعة كان ذلك محرما بإجماع
(١) أخرجه البخاري (٦٦٩٦) وأحمد (٦/ ٣٦/ ٤١، ٢٢٤) وأبو داود (٣٢٨٩) والنسائي في «الكبرى» (٣/ ١٣٤/ ٤٧٤٨ - ٤٧٤٩ - ٤٧٥٠)، والترمذي (١٥٢٦) وابن ماجه (٢١٢٦) وغيرهم.
(٢) أخرجه بهذا اللفظ: ابن ماجه (١٤١٢) من حديث سهيل بن حنيف. وأخرجه البخاري في «التاريخ الكبير» (١/ ٩٦) وأحمد (٣/ ٤٨٧) والنسائي (٢/ ٣٧) وفي «الكبرى» (١/ ٢٥٨/ ٧٧٨) والحاكم (٣/ ١٢) والطبراني في «الكبير» (٦/ ٧٥/ ٥٥٦١ - ٥٥٦٢).
من طريق: محمد بن سليمان الكرماني، قال سمعت أبا أمامة سهل بن حنيف قال: قال أبي: فذكره مرفوعا، بنحو من هذا اللفظ.
ومحمد بن سليمان الكرماني «مقبول» كما في «التقريب».
وقد تابعه عليه يوسف بن طهمان كما في «مسند عبد بن حميد» (٤٦٩).
فالحديث صحيح كما قال الشيخ الألباني في «صحيح سنن ابن ماجه» (١١٦٠).
(٣) لم أجده في «سنن الترمذي» المطبوع، فلعله في نسخة أخرى، والله أعلم.