Le premier avis :
C’est celui des anciens savants qui ne permettent pas le raccourcissement de la prière lors d’un voyage de désobéissance, et qui considèrent que celui-ci en fait partie ; tels Abû ‘Abd Allâh Ibn Batta «1», Abû al-Wafâ’ Ibn ‘Aqîl «2» et de nombreux groupes «3» parmi les premiers savants. Selon eux, il n’est pas permis de raccourcir la prière dans un tel déplacement, car il s’agit d’un voyage prohibé. Les écoles d’Ash-Shâfi‘î, de Mâlik et d’Aḥmad enseignent également que, dans un voyage interdit, la prière ne se raccourcit pas.
Le second avis :
La prière y est néanmoins raccourcie. C’est l’opinion de ceux qui autorisent le raccourcissement dans un voyage illicite, tel Abû Ḥanîfa, ainsi que de certains savants tardifs affiliés aux écoles d’Ash-Shâfi‘î et d’Aḥmad qui jugent licite le voyage entrepris pour visiter les tombes des prophètes et des pieux, comme Abû Ḥâmid al-Ghazâlî, Abû Muḥammad al-Maqdisî et Abû al-Ḥasan Ibn ‘Abdûs al-Ḥarrânî.
Ces derniers soutiennent que ce voyage n’est pas interdit, en vertu du caractère général de la parole : « Visitez donc les tombes » «4» «5».
Il arrive aussi que certains, ignorant la science du ḥadith, s’appuient sur les narrations rapportées au sujet de la visite de la tombe du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, telle que sa parole : « Quiconque me visite après ma mort, c’est comme s’il m’avait visité de mon vivant », rapportée par ad-Dâraquṭnî.
Quant à la parole citée par certains : « Celui qui accomplit le pèlerinage sans me visiter m’a témoigné de la rudesse », aucun savant ne l’a transmise. Il en est de même pour le ḥadith : « Celui qui me visite ainsi que mon père [Ibrâhîm] au cours d’une même année, je lui garantis auprès d’Allah le Paradis » «6». Celui-ci aussi est apocryphe, de l’avis unanime des savants : personne ne l’a rapporté ni utilisé comme preuve ; on ne se fonde, au plus, que sur le ḥadith d’ad-Dâraquṭnî.
Le rédacteur de la réponse a ensuite ajouté une note marginale ; néanmoins, bien qu’aucun savant n’ait rapporté ce ḥadith dans les ouvrages de fiqh ou de ḥadith — ni pour s’y appuyer ni pour le corroborer —, Abû Aḥmad Ibn ‘Addiyy l’a tout de même mentionné dans son livre « al-Ḍu‘afâ’ » afin de mettre en évidence la faiblesse de son narrateur ; il le cite comme étant le ḥadith de Nu‘mân ibn Shibl al-Bâhilî al-Miṣrî.