Que ce soit pour l’une ou l’autre de ces raisons, quand bien même il connaîtrait tout cela, son unique dessein n’est que de voyager vers la tombe, à l’instar de celui qui se rend sur la tombe d’un pieux qu’il révère – ou d’un autre –, tandis qu’à ses yeux le voyage vers la mosquée ne possède aucune sacralité ; il n’en reconnaît pas le mérite, ni n’a l’intention de s’y rendre, alors même qu’il sait que le Messager — paix et bénédictions sur lui — y a fortement incité et a mis en évidence l’excellence de sa Mosquée. Un tel homme n’est rien d’autre qu’un mécréant vis-à-vis du Messager.
C’est précisément ce que l’on observe chez les polythéistes : ils estiment que se diriger vers les tombes vénérées prime sur le fait de se rendre dans les mosquées ; que pèleriner auprès d’elles vaut mieux que pèleriner à La Mecque ; que l’invocation de la créature surpasse l’invocation du Créateur ; et que la supplication auprès de ces tombes est supérieure à celle que l’on élève dans les mosquées et les lieux sacrés.
Certains vont jusqu’à juger que se tourner vers ces tombes dans la prière est préférable à l’orientation vers la Ka‘ba et disent : « Voici la qibla des particuliers, tandis que la Ka‘ba est la qibla du commun. »
Il est évident que tout cela relève de la mécréance envers le Messager, de la négation de ce qu’il a apporté et de l’association au Seigneur des mondes. Jamais n’agirait ainsi celui qui sait que le Messager est venu avec le contraire de cela, avec la vérité qu’il n’est permis à personne de contredire. Seul s’y adonne celui qui ignore la Sunna du Messager, ou qui prétend disposer d’une voie vers Allah autre que le suivi du Messager : tel celui qui estime que le Messager a été envoyé pour la masse, tandis que lui-même — ou son shaykh — appartiendrait à une élite dispensée de suivre le Messager, ou qu’ils possèdent un chemin meilleur que celui du Messager, et autres prétentions du même ordre.
Tous ceux-là sont des mécréants, même s’ils magnifient la tombe du Messager comme ils magnifient les tombes de leurs shuyûkh. Parmi eux, certains considèrent la tombe de leur shaykh plus vénérable que celle du Messager ; d’autres tiennent la tombe du Messager pour plus éminente, mais ils exaltent les occupants des tombes parce qu’ils les adorent afin qu’ils les rapprochent d’Allah, et non parce qu’il est le Messager d’Allah, Celui qui a rendu obligatoire pour toutes les créatures de le suivre, de lui obéir, d’emprunter sa voie et de se conformer à ce qu’il a apporté — tel est pourtant le propre de celui qui croit véritablement en lui.
Quant aux croyants, jamais ils ne se détournent de l’intention de voyager vers sa Mosquée, sachant qu’ils y parviendront nécessairement, si ce n’est par ignorance de sa Sunna ; dès qu’ils la connaissent, leur foi en lui les conduit à le suivre — paix et bénédictions sur lui — avec entière soumission.
Le répondant n’a abordé la divergence qu’à propos du voyage entrepris pour la seule visite des tombes ; il n’a donc pas inclus dans ses propos le voyage vers la Mosquée du Messager — paix et bénédictions sur lui —, lequel est bien ce que l’on vise lorsqu’on parle de voyage pour visiter sa tombe.
Dès lors, cet objecteur peut-il citer un seul imam parmi les imams des musulmans ayant dit : « Il est recommandé de voyager pour la simple visite des tombes » ? Ou qu’il serait recommandé de voyager pour visiter sa tombe sans prier dans sa Mosquée, ni même y entrer ? Quelqu’un a-t-il jamais affirmé cela ?
Aurait-on dit qu’il est recommandé de voyager vers la tombe sans viser la Mosquée — alors qu’on ne peut qu’aboutir à la Mosquée, que le voyage vers elle est recommandé par le texte explicite et par le consensus, et que la prière qui y est accomplie est préférable ? Un musulman aurait-il soutenu que cette œuvre, recommandée par texte et consensus, reste recommandée lorsque l’homme ne l’a pas du tout visée, n’ayant eu pour but que la seule tombe ? L’un des imams reconnus pour leur autorité religieuse l’a-t-il jamais proclamé, en l’absence de tout texte et de tout consensus ?
Et qui donc délaisserait l’intention de voyager vers sa Mosquée afin d’y prier, sachant pourtant qu’il finira immanquablement par y parvenir, sinon quelqu’un qui est ignorant de sa religion ou un mécréant à l’égard de ce qu’il a apporté ? Cette intention, en effet, ne lui impose aucun effort particulier.