le Messager – en attestant pour lui, en lui adressant la salutation et la prière. Ces actes d’adoration, parmi d’autres, ainsi que les droits qui lui sont dus et ceux qui ne relèvent pas directement de lui, sont légiférés dans toutes les mosquées, même si sa tombe ne s’y trouve pas, et, plus largement, dans l’ensemble des lieux, sauf ce qu’a exclu la Loi.
Or, le voyage que l’on appelle « visite de sa tombe » n’est, en réalité, qu’un déplacement vers sa mosquée et non vers un autre endroit. Les actes prescrits qui y sont accomplis le sont tout autant dans cette mosquée que dans d’autres, même si la tombe n’y est pas. Rien de tout cela n’a donc été institué à cause de la tombe ni ne lui est réservé.
Quant aux innovations que certains pratiquent et qui sont propres à la tombe, elles n’ont aucun fondement légal ; elles sont au contraire interdites.
Il apparaît ainsi qu’il n’existe, dans la Sharîʿa, aucun acte appelé « visite de sa tombe », et que cette expression est dépourvue de référent. Ceux qui l’emploient, s’ils visent par là un acte légiféré, l’intention est correcte, mais ils l’ont formulée par un terme qui ne l’indique pas. C’est pour cela que d’aucuns ont réprouvé que l’on dise, à celui qui l’a salué en ces lieux : « Tu as visité la tombe du Prophète – paix et bénédictions sur lui ». S’ils entendent par là une pratique non prescrite, l’idée est clairement fautive et, de toute façon, il ne s’agit pas d’une visite. Quand bien même on imaginerait que des gens associent à Allâh dans sa mosquée en le prenant pour une divinité, se prosternent devant la tombe, tournent autour d’elle sept fois, la touchent ou l’embrassent, rien de tout cela ne saurait être qualifié de « visite de sa tombe » – même si ces actes demeurent interdits ; l’expression, ici, demeure sans réalité.
À celui qui la profère on dira plutôt :
« Ce ne sont là que des noms que vous avez inventés, vous et vos pères, sans qu’Allâh n’ait fait descendre pour eux la moindre preuve. » (an-Najm, 23).
Il en va différemment pour la tombe d’autrui : les musulmans n’ont pas, partout, envers d’autres personnes les mêmes devoirs qu’ils ont envers le Prophète – paix et bénédictions sur lui. Ils n’ont pas été enjoints de prier et de saluer qui que ce soit, où qu’ils se trouvent, comme ils l’ont été à son sujet ; or, où qu’ils prient et saluent le Prophète, leurs prières et salutations lui parviennent, sans que sa demeure y soit nécessaire, ainsi que l’enseignent les hadiths.
Pour les autres, il est recommandé de se rendre à leur tombe afin d’invoquer en leur faveur. La prière funéraire auprès de la tombe est prescrite, selon la majorité des savants, pour celui qui n’a pas prié sur le défunt lors de ses funérailles, conformément aux hadiths authentiques. Les savants divergent toutefois sur la durée pendant laquelle il est permis de prier à la tombe ; l’une des deux opinions, dans les écoles d’ash-Shâfiʿî et d’Aḥmad, autorise que l’on y prie indéfiniment.
Tous sont néanmoins unanimes pour dire qu’aucune prière ne doit être accomplie auprès de la tombe du Prophète – paix et bénédictions sur lui –, de même qu’aucun musulman ne l’a fait après son ensevelissement. Cela procède de l’élévation de son rang, non d’une diminution par rapport aux autres : en effet, il a été légiféré à son sujet que l’on prie et le salue en tout lieu, ce qui est bien plus noble que la prière à côté de la tombe ; prier auprès de celle-ci fait craindre qu’elle ne devienne une idole ou un lieu de célébration.
Le croyant doit, où qu’il se trouve, aimer le Messager – paix et bénédictions sur lui –, le vénérer, prier et saluer sur lui, et s’acquitter de tous ses droits ; aucun de ces droits n’est réservé à la tombe. Quiconque assigne à la tombe une part de ses droits et les néglige ailleurs se montre défaillant envers le Prophète – paix et bénédictions sur lui – et tend vers ce qu’il a interdit : prendre sa tombe pour une fête. Cela conduit les gens à se relâcher dans l’accomplissement de ses droits en dehors de la tombe. De même, ce qui est accompli auprès de la tombe