« On ne scelle les montures que pour trois mosquées. »
Ainsi, cet interrogateur sait que l’expression « visiter la tombe du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui » englobe aussi bien celui qui vient à la mosquée tout en visant la tombe que celui qui s’y rend en visant la mosquée. Tel est l’usage de la plupart des gens des générations tardives : ils appellent tout cela « visite de sa tombe ». Ce n’était pas, toutefois, le langage des Anciens, les Compagnons et leurs successeurs bien guidés ; le terme et l’intention qu’il recouvre ont évolué. Or, pour lui — paix et bénédictions d’Allah sur lui — il n’a pas été légiféré au résident proche de faire, dans la visite, ce qu’il a interdit au voyageur qui harnache sa monture, contrairement aux autres tombes.
On ne peut donc pas dire : « Sa visite sans entreprendre de voyage est prescrite, tandis qu’avec le voyage elle est proscrite », à l’instar de ce qui se dit pour les autres sanctuaires et pour les tombes des martyrs et des autres musulmans défunts. En effet, il n’a pas été prescrit aux habitants de Médine une forme de visite qui serait interdite aux voyageurs ; la communauté tout entière partage, où qu’elle se trouve, les devoirs qui lui incombent à son égard.
Certains ont même affirmé l’inverse : il est recommandé au voyageur, plus qu’aux gens du pays, de le saluer et de se tenir auprès de sa tombe. Or, puisqu’aucun acte cultuel n’est possible si ce n’est dans sa mosquée, cet acte est institué pour celui qui a scellé sa monture ; quant à celui qui ne l’a pas fait, son intention demeure, comme l’a indiqué Mâlik. Cette intention, qui consiste à viser la tombe sans la mosquée, Mâlik et d’autres l’ont expressément déclarée répréhensible pour les habitants de Médine, tant dans l’intention que dans l’acte : il leur est déconseillé, chaque fois qu’ils entrent ou sortent de la mosquée, de se rendre à la tombe. Mâlik a qualifié cela d’innovation, n’en connaissant aucun précédent chez les Anciens, et il l’a interdit, disant :
« Rien ne réformera les derniers de cette communauté si ce n’est ce qui a réformé ses premiers. »
Celui donc qui ne vise que la tombe et non la mosquée contrevient au ḥadith et au consensus. Il est en effet authentiquement attesté que le voyage vers sa mosquée est recommandé et que la prière qui y est accomplie vaut mille prières (1). Les musulmans s’accordent là-dessus et sur le fait que sa mosquée est la meilleure des mosquées après la Mosquée sacrée. Certains ont même soutenu qu’elle est supérieure à la Mosquée sacrée. Il est recommandé de voyager jusqu’à sa mosquée, et la prière qui y est effectuée possède un mérite particulier du fait qu’il s’agit de la mosquée du Messager d’Allah — paix et bénédictions sur lui — qu’il bâtit, lui et ses Compagnons, et dans laquelle ils priaient. Cette distinction était déjà acquise à la mosquée du vivant même du Prophète — paix et bénédictions sur lui — avant qu’il ne fût enseveli dans la chambre de ʿÂʾisha, et elle demeure après sa mort ; la supériorité de la mosquée n’est pas due au voisinage de la tombe, pas plus que celle de la Mosquée sacrée n’est liée à une tombe, ni celle de la mosquée al-Aqṣâ. Comment, dès lors, la Mosquée du Prophète — paix et bénédictions sur lui — ne serait-elle méritoire que par la présence d’une tombe ?
Quiconque pense que son mérite provient du tombeau, ou que le voyage vers elle n’est recommandé qu’à cause du tombeau, fait preuve d’une ignorance extrême, contredit le consensus des musulmans et ce qui est connu de la Sunna du Maître des messagers — paix et bénédictions sur lui. C’est là déprécier le Prophète, ses paroles et sa religion, le traiter de menteur dans ce qu’il a dit et annuler ce qu’il a institué, tout en croyant l’honorer. De même, les chrétiens rejettent bon nombre des informations que le Messie rapporta de la part de son Seigneur — exalté soit-Il — et de Sa religion, pensant que cela constitue une vénération pour lui et pour sa religion ; or, la véritable vénération des Envoyés consiste à les croire dans ce qu’ils ont annoncé.
(1) Une prière accomplie dans la Mosquée du Prophète équivaut à mille prières ailleurs.