Il est donc recommandé d’entreprendre le voyage afin de visiter sa tombe, comme on le lit chez nombre d’entre eux : en parlant du ḥajj, ils disent qu’il est recommandé au pèlerin de visiter la tombe du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui.
Or, une telle visite n’est réalisable qu’au moyen d’un déplacement ; ils n’entendaient pas par là la visite d’un voisin, mais bien celle d’une personne lointaine. Il en ressort qu’ils ont déclaré recommandée la démarche consistant à voyager pour visiter sa tombe ; toutefois, ce qu’ils visaient réellement était le voyage vers sa mosquée, car ceux qui prient et ceux qui se rendent en visite n’arrivent qu’à sa mosquée ; nul n’accède directement à sa tombe ni n’entre dans son appartement.
On peut néanmoins objecter : en réalité, ce n’est pas là une véritable « visite » de sa tombe. C’est pour cette raison que certains savants ont jugé répréhensible de dire : « J’ai visité sa tombe », tandis que d’autres ne l’ont pas réprouvé. Les deux groupes s’accordent toutefois sur le fait que sa tombe ne se visite pas comme les autres tombes ; on ne fait qu’entrer dans sa mosquée. Par ailleurs, l’intention qui préside au voyage vers sa mosquée et celle qui préside à la visite de sa tombe diffèrent.
Ainsi, celui qui entreprend le voyage dans l’unique dessein de se rendre à sa mosquée pour y prier accomplit une pratique instituée par le Texte et approuvée par le consensus. En revanche, celui qui n’a pour but que la tombe, sans viser la mosquée, tombe dans le domaine litigieux : Mâlik et la majorité interdisent ce voyage, et beaucoup de ceux qui l’interdisent ne permettent pas d’y abréger la prière. D’autres le considèrent comme un voyage permis, bien qu’il ne soit ni recommandé ni rendu obligatoire par un vœu.
Quant à celui dont l’intention est de se rendre à la fois à sa mosquée et à sa tombe, il vise alors une chose unanimement reconnue comme recommandée ; cette situation n’était pas abordée dans la réponse : on y traitait du cas de la personne qui voyage uniquement pour visiter des tombes, sans vouloir accomplir un voyage légiféré tel que celui vers la Mecque, la mosquée du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — ou la mosquée al-Aqṣâ. Il n’était donc pas question de celui qui se rend à la mosquée du Prophète tout en ayant aussi l’intention de visiter sa tombe ; les savants ne se sont pas accordés pour qualifier un tel voyage de non-recommandé.
Chez les disciples de l’imâm Aḥmad, au sujet du voyageur qui se déplace pour visiter des tombes et de la faculté d’abréger la prière, on rapporte quatre avis :
- il abrège dans tous les cas ;
- il n’abrège jamais ;
- il n’abrège que pour la tombe de notre Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui ;
- il abrège pour les tombes de tous les Prophètes.
Celui qui ignore ces deux derniers avis s’embarrasse dans ces questions ; il doit connaître l’action possible et légiférée ainsi que l’intention qui l’accompagne, afin que se manifeste pour lui la différence, en acte et en intention, entre le Messager et les autres. En effet, le voyage dénommé « visite du Prophète » n’est, en réalité, qu’un voyage vers sa mosquée.
Il est établi, par le Texte et par le consensus, que le voyageur doit se proposer comme but son noble sanctuaire et la prière en son sein.
Dès lors, on pourrait dire : son interdiction de sceller les montures, sauf pour les trois mosquées, ne vise pas l’action de les sceller pour sa tombe, chose impossible ; il ne reste donc que le fait de les sceller pour sa mosquée, ce qui est légiféré, contrairement aux autres tombes qu’il est possible de visiter, rendant par là possible d’y harnacher les montures. Reste alors l’intention du voyageur, son vœu et la désignation même du terme « visite » dans son langage : vise-t-il uniquement la tombe, la mosquée, ou les deux ?
C’est ainsi que Mâlik répondit à celui qui l’interrogeait au sujet de celui qui a voué d’aller à la tombe du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui :
« S’il a voulu la mosquée du Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — qu’il s’y rende et y accomplisse la prière ; s’il a voulu la tombe, qu’il ne le fasse pas, en raison du ḥadîth où il est dit…"