Abû Hurayrah avait oublié le ḥadith ; ou l’on peut dire qu’il ne l’avait jamais entendu, auquel cas le récit est faible ; ou encore que la version rapportée par les deux Ṣaḥîḥ est la correcte, à l’exclusion de l’histoire de Buṣrah b. Abî Buṣrah.
Certes, ce sur quoi se sont accordés les Compagnons, les Successeurs et les imâms des musulmans, c’est le voyage vers la Mosquée du Prophète ﷺ ; celui-ci est recommandé, établi par le Texte et par le consensus. Lorsque l’homme se rend dans Sa Mosquée, qu’il y accomplit les prières légiférées, qu’il invoque la prière et la salutation sur le Messager, qu’il célèbre son éloge, propage ses mérites, ses vertus et ses traditions, et tout ce qui engendre l’amour, la vénération, la foi en lui et l’obéissance à son ordre, tout cela est institué et recommandé dans sa Mosquée ; tel est le but visé par la visite conforme à la Sharîʿah. Le voyage vers Sa Mosquée pour y prier et pour ce qui en découle est donc recommandé, d’après le Texte et le consensus.
Or, les propos de l’objecteur laissent entendre que le répondant interdirait le voyage vers la Mosquée du Messager d’Allah ﷺ et la visite légale, et qu’il aurait rapporté deux avis à ce sujet ; c’est sur cette base que certains – mus par une visée pernicieuse, ou par ignorance, ou par les deux à la fois – lancent leurs attaques ; cela est faux. Dans ses nombreuses réponses et ses ouvrages, le répondant a clairement établi que le voyage vers Sa Mosquée et la visite conforme à la Loi sont recommandés avec l’assentiment de tous les musulmans ; nul ne les a interdits. Telle est la position unanime des musulmans, même s’ils divergent sur certains détails de la visite légale : il est, en effet, des pratiques que certains recommandent et que d’autres blâment, comme évoqué ailleurs.
Dans les questions litigieuses, il n’est pas permis de revendiquer le consensus, et le point disputé n’a pas été présenté dans la réponse comme objet de divergence. Si donc l’objecteur a cru que le répondant avait rapporté un consensus sur l’interdiction de voyager vers Sa Mosquée et de la visiter selon la Loi, il se trompe ; rien de tel n’apparaît dans la réponse, laquelle confirme au contraire le voyage vers Sa Mosquée et la visite légale,
car il a fait de cette parole du Prophète ﷺ l’argument principal des parties :
« On ne scelle les montures que pour trois mosquées : la Mosquée sacrée, la Mosquée al-Aqṣâ et cette Mosquée-ci à moi. »
Le répondant a précisé que ce ḥadith compte parmi ceux dont l’authenticité et l’application font l’objet d’un accord unanime des imâms. Ainsi, si un homme fait vœu de prier dans une mosquée ou un sanctuaire, d’y faire retraite et de s’y rendre en voyage, autre que ces trois-là, il n’est pas tenu de s’en acquitter, d’après l’accord des quatre imâms. S’il fait vœu de voyager et de se rendre à la Mosquée sacrée pour le ḥajj ou la ʿumrah, il lui est obligatoire de s’en acquitter, selon le consensus des savants. S’il fait vœu de se rendre à la Mosquée du Prophète ﷺ ou à la Mosquée al-Aqṣâ pour y prier ou y faire retraite, il doit s’en acquitter selon Mâlik, ash-Shâfiʿî dans l’un de ses deux avis, et Aḥmad ; il n’y est pas tenu selon Abû Ḥanîfah, car, pour lui, le respect d’un vœu n’est obligatoire que lorsqu’il porte sur un acte dont la catégorie est déjà obligatoire en vertu de la Loi. Quant à la majorité, elle oblige à s’acquitter de tout vœu constituant une obéissance,
comme l’a établi al-Bukhârî dans son Ṣaḥîḥ, d’après ʿÂʾishah – qu’Allah l’agrée –, où le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui fait vœu d’obéir à Allah, qu’il Lui obéisse ; et celui qui fait vœu de Lui désobéir, qu’il ne Lui désobéisse pas. »
Or, le voyage vers ces deux mosquées est une obéissance ; c’est pourquoi il faut s’acquitter du vœu qui le concerne.
Quant au voyage vers tout autre lieu que les trois mosquées, nul parmi les savants ne l’a rendu obligatoire – telle est bien la teneur de la réponse – ; de même ash-Shâfiʿî – qu’Allah lui fasse miséricorde – dans l’avis où il ne rend pas obligatoire le voyage vers les deux mosquées