Puis l’on dira, deuxièmement :
Supposons même que ceux de qui l’on a rapporté l’autorisation (al-jawâz) soient les meilleurs habitants de la terre. Le répondant, pour sa part, a rappelé les deux opinions et exposé la preuve de chacune ; quant à celui qui a défendu l’autorisation, le répondant l’a jugé excusable, car une assemblée de savants l’ont effectivement soutenue. Or ces contradicteurs ont violé le consensus des deux camps et ont affirmé qu’il est recommandé d’entreprendre le voyage dans le seul but de visiter les tombes. Ils ont donc soutenu qu’il est recommandé de voyager vers un lieu autre que les trois mosquées ; partant, disent-ils, le vœu d’effectuer un tel voyage devient obligatoire, selon l’avis de la majorité qui impose l’acquittement d’un vœu de piété, à l’instar de celui qui a fait vœu de se rendre à Médine ou à Bayt al-Maqdis. Tel est l’avis de Mâlik, d’Aḥmad et d’al-Shâfiʿî dans l’une de ses deux positions. Ces gens ont donc rompu l’unanimité des deux groupes ; non contents de cela, ils ont prétendu que cette violation même constitue un consensus, et ils ont voulu sanctionner quiconque adopte l’une des deux opinions – permission ou interdiction –, allant jusqu’à juger licite de le déclarer mécréant et de s’efforcer de le mettre à mort. Ces individus comptent parmi les plus grands gens d’innovation et d’égarement, tels les Khârijites, les Râfidites et leurs semblables : des ignorants qui s’opposent à la Sunna et au consensus des Anciens, et qui se montrent hostiles envers celui qui suit la Sunna et l’unanimité des Salaf, s’appuyant sur des pseudo-arguments fallacieux, comme des ḥadiths forgés ou des formules ambiguës qu’ils n’ont pas comprises.
Et l’on dira, troisièmement :
Le répondant a nommé, parmi ceux qui autorisent, trois savants : Abû Ḥâmid al-Ghazâlî parmi les shâfiʿites, Abû ʼl-Ḥasan b. ʿAbdûs et Abû Muḥammad al-Maqdisî parmi les ḥanbalites. Il a également mentionné, parmi les interdicteurs, Abû ʿAbdillâh b. Batta et Abû ʼl-Wafâʾ b. ʿAqîl. Or cette opinion n’est pas propre à ces deux derniers ; c’est aussi celle de Mâlik, qui l’a formulée explicitement à propos de la tombe du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – et d’autres encore. Les auteurs sus-nommés l’ont exprimée de façon générale.
Abû ʼl-Wafâʾ b. ʿAqîl dit, dans son ouvrage réputé intitulé al-Fuṣûl, également appelé Kifâyat al-Muftî :
Chapitre : « Si quelqu’un voyage pour visiter les cimetières, tels ces sanctuaires innovés – comme le mausolée de Kūfa, de Sâmarrâʾ, de Ṭûs, d’al-Madāʾin, ou d’Awânā [1] – ou encore les tombes de Muṣʿab b. ʿUmayr, de Ṭalḥa et de al-Zubayr à Baṣra, situées à la distance permettant la prière écourtée, il ne bénéficie pas des dispenses du voyage ; car préparer les montures en vue de ces lieux est prohibé, conformément à la parole du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue :
« Nul ne doit préparer les montures pour le voyage si ce n’est vers trois mosquées : la Mosquée sacrée, la Mosquée al-Aqṣâ et cette mosquée-ci. »
Cette interdiction empêche que ce déplacement soit considéré comme un voyage légitime, et user des dispenses relatives à un acte défendu n’est pas permis. C’est pourquoi le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit :
« Toute action qui n’est pas conforme à notre ordre est rejetée. »
La démarcation est donc déterminée par la Loi. Il poursuit :
« Si quelqu’un se rend dans l’un de ces lieux pour le commerce, et que la visite n’est qu’accessoire, il lui est permis de raccourcir la prière. Mais si la visite domine son intention, ou si les deux intentions s’équivalent, il ne peut profiter de cette dispense, car il s’agit d’un voyage interdit, semblable à un voyage pour commettre une désobéissance. »
Ainsi Ibn ʿAqîl a rapporté l’interdiction générale de voyager pour visiter les tombes, tout en se fondant sur la preuve invoquée par Mâlik :
« Nul ne doit préparer les montures pour le voyage si ce n’est vers trois mosquées. »
De même Abû Muḥammad al-Juwaynî et d’autres shâfiʿites ont clairement énoncé l’interdiction, de façon générale, d’entreprendre un voyage vers un autre lieu que ces trois mosquées, en raison de ce ḥadith, qui est sa parole…
[1] Awânā : localité d’Irak située non loin d’al-Madāʾin.