Quant au fait qu’un être humain demeure occulté, toute sa vie durant, aux regards de l’ensemble des hommes, cela n’a jamais eu lieu ; c’est là, au contraire, la caractéristique propre aux djinns qu’Allah a décrits en ces termes : « Il vous voit, lui et son clan, d’où vous, vous ne les voyez pas » (Al-Aʿrāf, 27).
Les voyageurs qui se rendent vers ces montagnes ne font en réalité que se diriger vers le repaire des démons ; les phénomènes extraordinaires qu’ils y constatent ne sont que les égarements par lesquels les démons les trompent, à l’instar de ce que ces derniers accomplissent auprès des idoles. En effet, ils abusent les adorateurs de ces idoles de multiples façons, au point que l’on pourrait croire que l’idole elle-même dialogue avec eux, et ils se montrent parfois aux desservants des sanctuaires, comme c’était le cas à l’époque de la Jâhiliyyah. On retrouve d’ailleurs beaucoup de faits semblables chez les chrétiens, mais un exposé détaillé de cela relève d’un autre contexte.
L’intention ici est de souligner que les Compagnons – tels qu’Abû Saʿîd al-Khudrî, ʿAbd Allâh ibn ʿUmar et Buṣrah ibn Abî Buṣrah – ont compris que le hadith s’étendait également aux lieux autres que les mosquées, comme le Ṭûr. Le propos de Buṣrah, bien connu dans les Sunan et le Muwaṭṭaʾ, rapporte qu’il dit à Abû Hurayrah, lequel revenait du Ṭûr : « Si je t’avais rencontré avant que tu ne partes, tu ne serais pas sorti ; j’ai entendu le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – dire : “On ne dresse les montures que vers trois mosquées : la Mosquée sacrée, ma mosquée-ci et la Mosquée al-Aqṣâ.” »
Quant à Ibn ʿUmar, Abû Zayd ʿUmar ibn Shabbah al-Numayrî rapporte dans son ouvrage « Akhbâr al-Madînah » – d’après Ibn Abî al-Wazîr, de Sufyân, de ʿAmr ibn Dînâr, de Ṭalq, d’un récit de Qazaʿah – que celui-ci vint auprès d’Ibn ʿUmar et lui dit : « Je désire me rendre au Ṭûr. » Il lui répondit : « Non ! On ne prépare les montures que pour trois mosquées : la Mosquée sacrée, la Mosquée de Médine et la Mosquée al-Aqṣâ ; délaisse donc le Ṭûr, n’y va pas. » (1) Ce même propos a été relaté par Aḥmad ibn Ḥanbal dans son Musnad.
Cet interdit formulé par Buṣrah et par Ibn ʿUmar, qu’approuva Abû Hurayrah, montre qu’ils ont compris du hadith du Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – qu’il renfermait bel et bien une interdiction ; c’est pour cela qu’ils la proclamèrent, sans se limiter à la simple négation d’un mérite.
Il en va de même d’Abû Saʿîd al-Khudrî – également rapporteur du hadith figurant dans les deux Ṣaḥîḥ. Abû Zayd rapporte : « Hishâm ibn ʿAbd al-Malik nous a rapporté, ʿAbd al-Ḥamîd ibn Bahram nous a rapporté, Shahr ibn Ḥawshab nous a rapporté : J’ai entendu Abû Saʿîd, et l’on mentionna devant lui la prière au Ṭûr. Il dit : “Le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – a dit : ‘Il ne convient pas de préparer les montures pour se rendre dans une mosquée où l’on recherche la prière, si ce n’est la Mosquée sacrée, la Mosquée al-Aqṣâ et ma mosquée-ci.’” » (2).
Abû Saʿîd a donc inclus le Ṭûr parmi les lieux qu’il est interdit de visiter en y préparant les montures, alors même que la formulation qu’il cita ne proscrit ce voyage qu’en ce qui concerne les mosquées ; il a ainsi compris qu’à plus forte raison les lieux autres que les mosquées sont concernés.