Il fut ainsi témoin de l’état des Compagnons et des Tābiʿūn. Abû Hâtim ar-Râzî (1) dit : « Il compte parmi les notables de Médine et les plus anciens de leurs shuyûkh ; il occupa la fonction de qâḍî. On rapporte qu’il vit ʿAbd Allâh ibn ʿUmar et transmit d’ʿAbd Allâh ibn Jaʿfar – bien que l’authenticité de son audition de ce dernier appelle examen. Il mourut anciennement, peu après al-Qâsim ibn Muḥammad : celui-ci décéda en 121 H, tandis que lui mourut en 126 H. Il quitta Médine à plusieurs reprises : tantôt pour le ḥajj, tantôt lorsqu’il fut chargé de la collecte des aumônes, et une fois encore pour se rendre en ʿIrâq et à Wâsiṭ. Sufyân ath-Thawrî, Shuʿbah et les traditionnistes d’Irâq rapportèrent de lui. C’est lui qui transmit le ḥadith : « Quiconque introduit dans notre affaire ce qui n’en fait pas partie, cela sera rejeté » (2), par l’intermédiaire d’al-Qâsim, de ʿÂʾishah, du Prophète – qu’Allâh prie sur lui et le salue. À Médine, il côtoya Jâbir ibn ʿAbd Allâh, Sahl ibn Saʿd as-Sâʿidî et d’autres Compagnons ; il rencontra également les plus grands des Tābiʿūn, tels Saʿîd ibn al-Musayyab et les autres jurisconsultes médinois au nombre de sept. Il est manifeste qu’il ne leur aurait jamais désobéi sur une question faisant l’objet de leur unanimité ; il se peut toutefois qu’il ait divergé de l’avis d’Ibn ʿUmar, car ce que son fils rapporte de lui indique qu’il ne se rendait jamais à la tombe, ni en voyage ni autrement, mais qu’il en réprouvait toute visite absolue, position qu’adoptait la majorité des Compagnons lorsqu’ils comprirent l’interdiction du Prophète – qu’Allâh prie sur lui et le salue – à ce sujet, lui qui ordonna de prier et de saluer sur lui en tout temps et en tout lieu. Le Prophète – qu’Allâh prie sur lui et le salue – a dit : « Ne faites pas de ma tombe une fête. » Il a dit également : « Ô Allâh, ne fais pas de ma tombe une idole adorée. » Ces points ont été détaillés ailleurs. Pourtant, Saʿd ibn Ibrâhîm se distinguait, par sa piété, son adoration, ses jeûnes et sa récitation du Coran, au point de l’achever fréquemment en un jour et une nuit. Abû al-Ḥasan ʿAlî ibn ʿUmar al-Qazwînî, ainsi que d’autres savants et gens de religion, ont rapporté ces récits des Compagnons, des Tābiʿūn et de leurs successeurs, afin de montrer aux gens comment les pieux prédécesseurs agissaient en la matière ; un développement plus ample trouvera place ailleurs. L’objet, ici, est de préciser que ce sur quoi Qâḍî ʿIyâḍ a rapporté l’unanimité n’est nullement interdit : en effet, voyager vers sa mosquée et accomplir la visite – que certains nomment « ziyârah » et que d’autres répugnent à appeler ainsi – lorsqu’elle est effectuée conformément à la législation, constitue une sunna sur laquelle existe consensus, comme l’a affirmé Qâḍî ʿIyâḍ. N’entre pas dans ce cadre le voyage vers d’autres lieux que les trois mosquées, tel le déplacement vers les tombes des prophètes et des vertueux, ni le voyage effectué uniquement pour sa tombe lorsque la visite n’est pas légiférée mais innovée ; nul ne prétend qu’il y ait à ce sujet consensus pour la considérer comme sunna. Ce point, cependant, demeure obscur pour nombre de gens. Ainsi, quiconque désire connaître la religion de l’Islam doit méditer les textes prophétiques, connaître la pratique des Compagnons et des Tābiʿūn, ainsi que les propos des imâms des musulmans, afin de distinguer ce qui fait l’objet d’un consensus de ce qui relève de la divergence. Certes, la question de la visite comporte plusieurs points controversés, mais ils n’ont jamais divergé sur la recommandation de voyager vers sa mosquée, de prier et de saluer sur lui, et d’accomplir ce qu’Allâh a légiféré dans sa mosquée. Les quatre imâms et la majorité ne se sont pas non plus opposés sur le fait que voyager vers un lieu autre que ces trois mosquées n’est pas recommandé – que ce soit pour les tombes des prophètes et des vertueux ou pour tout autre endroit. (1) Il s’agit d’Abû Hâtim Muḥammad ibn Hibbân ar-Râzî. (2) Ḥadith authentique, unanimement rapporté, portant sur la condamnation des innovations.
(1) al-Jarh wa al-Taʿdîl, vol. 4, p. 79. (2) Rapporté par al-Bukhârî (n° 2697) et Muslim (n° 1718).
ذلك من الصحابة والتابعين. قال أبو حاتم الرازي «١» : وهو من جلة أهل المدينة وقدماء شيوخهم، كان على القضاء. وقد ذكروا أنه رأى عبد الله بن عمر، وروى عن عبد الله بن جعفر، وفي سماعه منه نظر، ومات قديما بعد القاسم بن محمد بقليل، فإن القاسم توفي سنة إحدى وعشرين ومائة وهذا توفي سنة ست وعشرين ومائة، وقد خرج من المدينة غير مرة تارة إلى الحج، وتارة كان قد استعمل على الصدقات، ومرة خرج إلى العراق وإلى واسط، فروى عنه سفيان الثوري وشعبة والعراقيون، وهو الذي روى حديث: «من أحدث في أمرنا هذا ما ليس فيه فهو رد» «٢» عن القاسم عن عائشة عن النبي صلى الله عليه وسلّم. وقد أدرك بالمدينة جابر بن عبد الله وسهل بن سعد الساعدي وغيرهما من الصحابة، ورأى أكابر التابعين مثل سعيد بن المسيب وسائر الفقهاء السبعة، ومعلوم أنه لم يكن ليخالفهم فيما اتفقوا عليه، بل قد يخالف ابن عمر فإنه ما نقله عنه ابنه يقتضي أنه كان لا يأتيه لا عند السفر ولا غيره، بل يكره إتيانه مطلقا، كما كان جمهور الصحابة على ذلك لما فهموا من نهيه صلى الله عليه وسلّم عن ذلك وأنه أمر بالصلاة والسلام عليه في كل زمان ومكان، وقال صلى الله عليه وسلّم: «لا تتخذوا قبري عيدا» . وقال: «اللهم لا تجعل قبري وثنا يعبد» . كما قد بيّن هذا في مواضع. مع أن سعد بن إبراهيم هذا في دينه وعبادته وصيامه وتلاوته للقرآن بحيث كان يختم باليوم والليلة كثيرا. وأبو الحسن علي بن عمر القزويني وغيره من أهل العلم والدين ذكروا هذه الآثار عن الصحابة والتابعين وتابعيهم ليبينوا للناس كيف كان السلف يفعلون في مثل ذلك، وبسط هذا له موضع آخر. والمقصود أن ما حكى القاضي عياض الإجماع فيه لم ينه عنه في الجواب، بل السفر إلى مسجده وزيارته التي يسميها بعضهم زيارة وبعضهم يكره أن تسمى زيارة على الوجه المشروع سنة مجمع عليها، كما ذكره القاضي عياض، ولا يدخل في ذلك السفر إلى غير المساجد الثلاثة؛ كالسفر إلى قبور الأنبياء والصالحين، ولا من سافر لمجرد قبره فلم يزر زيارة شرعية بل بدعية، فهذا لا يقول أحد أنه مجمع على أنه سنة، ولكن هذا الموضع مما يشكل على كثير من الناس. فينبغي لمن أراد أن يعرف دين الإسلام أن يتأمل النصوص النبوية، ويعرف ما كان يفعله الصحابة والتابعون، وما قاله أئمة المسلمين، ليعرف المجمع عليه من المتنازع فيه، فإن في الزيارة مسائل متعددة تنازعوا فيها، لكن لم يتنازعوا في استحباب السفر إلى مسجده واستحباب الصلاة والسلام عليه، ونحو ذلك مما شرعه الله في مسجده. ولم يتنازع الأئمة الأربعة والجمهور في أن السفر إلى غير الثلاثة ليس بمستحب، لا لقبور الأنبياء والصالحين ولا لغير ذلك.
(١) «الجرح والتعديل» (٤/ ٧٩). (٢) أخرجه البخاري (٢٦٩٧) ومسلم (١٧١٨).